Tout avait commencé avec un « One Way Trigger », balancé en avant-première, et qui avait déchiré le web.

« It’s a grower » avait-on pu lire. Entendez par là le genre de morceaux qu’on finit par apprécier au fil du temps. Entendez par là une foirade totale, mais qu’on se refuse encore à admettre, en espérant que les écoutes répétées la rendront supportable.
Le titre, sans être folichon, n’est même pas si mal, mais son habillage gameboyesque le ridiculise. Cette drôle d’impression, comme lorsque l’on croise une fille beaucoup trop maquillée et qu’on se dit qu’elle pourrait être belle au naturel, sans tout ce fard putassier. Certes Casablancas nous avait déjà habitués à des escapades électros, mais rien ne pouvait nous préparer à ça.
On aura beaucoup lu aussi qu’il fallait accepter l’évolution d’un groupe, comme si le fait de proposer quelque chose de différent par rapport aux albums précédents était une fin en soi, et après tout tant pis pour la qualité du résultat.
Certes les Strokes évoluent beaucoup avec « Comedown Machine », c’est même un bond gigantesque de deux décennies puisqu’ils passent des 60’s aux 80’s. Mais peut-on ainsi vraiment parler d’évolution le fait d’aller repiquer des plans à un genre musical qui, grâce à son revival, a un peu plus le vent en poupe en ce moment ? Les Strokes avaient initié le revival 60’s, ils se contentent de monter avec opportunisme dans le wagon des 80’s.
Mais la vraie question qui compte est celle-ci : cette évolution pouvait-elle survivre à l’abandon de ce qui faisait la force des Strokes ? À savoir la frénésie électrique de leur musique, mais aussi la puissance de Casablancas au chant, éclipsée à la faveur d’une voix de tête rapidement épuisante, des feulements d’un gros matou plus vraiment effrayant ?
Délestés de ces forces, la chute est trop raide, et le reste des qualités des New-Yorkais ne suffit plus à tenir la barque.
On a là une collection de chansons bancales et sans panache, jamais très passionnante, et souvent gâchée par des arrangements synthés pas franchement du meilleur effet, comme sur « Partners in Crime » (improbable combo textures clavier moche et miaulement agaçant au chant).
Les guitares ne sont pas complètement absentes du disque, mais, même lorsqu’elles pointent le bout de leur nez, peinent à convaincre. Ainsi le second single, « All The Time » fait également penser à une fille, mais d’un autre genre que la première. Sur ce titre « à l’ancienne », on a cette impression de coucher avec une ex alors qu’on sait bien que c’est une mauvaise idée. Le moment n’est pas agréable, et le tout semble simulé, avec son refrain presque caricatural et pas très excitant.
On en vient à se demander si les Strokes n’ont tout simplement plus rien à offrir dans la formule que l’on connaissait, même si « 80’s Comedown Machine » relance un début d’érection avec un morceau qui n’aurait pas été ridicule dans Is This It. Seul vrai moment de magie, « Call it Fate Call it Karma », douce ballade amère, étrange et hypnotisante, à l’ambiance hawaiienne passée à la moulinette vintage. À nous faire presque oublier les 30 minutes déroutantes que l’on vient de passer.

Les Strokes ne sont-ils pas finalement un groupe qui n’en est plus un ? Qui n’a simplement plus envie ? « Angles », sorti il y a deux ans, avait déjà posé cette question. Casablancas avait alors enregistré ses parties voix de son côté, sur les bandes envoyées à distance par ses bandmates. Ajoutez à cela les problèmes de drogues du guitariste Albert Hammond Jr qui ont publiquement accentué la cassure au sein du groupe, et on peut se demander si tout ça n’est plus qu’une façade. Si le groupe s’amuse encore vraiment. Nous, en tous cas, plus tellement.