[Interview] Les Gordon

Avant la sortie de son nouvel EP « Atlas » chez Kitsuné, et à quinze jours de son concert donné dans le cadre des Bars en Trans, le beatmaker et producteur electronica rennais Les Gordon nous parle de ses influences, de ses envies et des émotions qu’il essaye d’insuffler dans ses compositions.

crédit - Flavien Prioreau
crédit : Flavien Prioreau
  • Les Gordon, qui es-tu ? Pourquoi ce mot pluriel pour parler de toi ? Es-tu plusieurs dans ta tête ?

Alors, je vais le répéter une fois de plus, mais « Les Gordon » s’épelle à l’anglaise (rire). C’est une référence à Douglas Gordon, vidéaste et plasticien, car j’ai pu faire les Beaux-Arts. J’ai voulu garder une référence à l’art et à la culture, et « Les », c’est un prénom anglais pour faire un clin d’œil aux artistes britanniques qui ont été très influents pour moi, comme Four Tet, Gold Panda, Mount Kimbie et bien d’autres. Je trouvais que le tout sonnait bien, alors j’ai gardé ce nom d’artiste, mais j’ai capté seulement après que les Français le prononçaient au pluriel !

  • Quand on remonte le fil lointain de tes sorties musicales, on découvre d’abord des bijoux folktronica sur l’EP « White Land », qui progressent doucement et délicatement vers des sorties electronica voire ambient avec l’EP « Diadème ». L’EP « Saisons » a ensuite montré ton attachement pour les structures instrumentales autant que la chill music, confirmé par « Les Cheveux Longs ».
 Ton prochain EP, « Atlas », est fait de nouvelles atmosphères propices à l’évasion et de voix découpées, cisaillées pour être reproduites dans tes machines. J’ai l’impression que ton univers est finalement alimenté par ton passé musical pour s’ouvrir toujours plus à de nouvelles expériences sonores et créatives. À travers ton regard, ta vision d’artiste, as-tu l’impression de t’inscrire dans cette évolution ?

Je pense que mon projet solo me sert à beaucoup expérimenter, en fonction des choses qui alimentent ma création. Par exemple, sur « White Land », j’ai eu une grosse influence venue de musiciens comme Bibio et Teen Daze. J’avais une certaine volonté de créer ce son doux et brut de la guitare sans motif rythmique. Depuis, je ne cesse de chercher à forger mon son, qui a pu trouver une direction vers « Saisons ». J’ai besoin de ne pas forcément me répéter dans chaque EP, même si ma patte musicale est reconnaissable. Un groupe comme Radiohead m’a beaucoup influencé sur son parcours, comme par exemple lorsqu’il a sorti « Kid A », un album aux antipodes de ce que leurs fans attendaient. C’est pour cette excitation de créer et d’essayer de se renouveler que je vis au quotidien.

  • J’ai également le sentiment que ta musique a gagné en universalité, en partage et en chaleur sur tes dernières productions : une musique plus expressive, plus entraînante, plus lumineuse et immédiatement dansante. C’était le but recherché ?

Le but était surtout d’affiner de plus en plus ma production sur Ableton Live ! Je veux être de plus en plus précis sur la palette d’émotions que je veux partager. Je veux rendre cela accessible au gens et qu’ils puissent ressentir le chagrin, la nostalgie, mais aussi l’espoir et la gaité.

  • Beatmaker, producteur, compositeur, musicien, artiste… De tous ces dénominateurs communs, lequel te représente le plus ?

Beatmaker et producteur sont mes casquettes actuelles. Musicien depuis que je suis jeune, producteur depuis que j’ai pu apprendre à manier les bases du mixage ; après, beatmaker pour le côté très nerd sur live.

  • Chose, semble-t-il, nouvelle pour toi : tu as présenté une série de collaborations avec « Croquis N.1 », il y a un mois, en compagnie notamment de Michael Liot, de We Were Evergreen, et Lenparrot, alias Romain Lallement. Qui a provoqué ces rencontres ? Comment est née cette envie d’ouvrir ton univers à d’autres artistes ?

J’ai toujours eu la volonté de partager ma création avec d’autres ; ce qui est une émulation et une motivation pour ne pas tourner en rond chez soi. La volonté de collaborer, c’est venu l’année dernière en rencontrant Lenparrot en concert. Je me suis dit que ce serait cool de collaborer sur une production que j’ai créée. Par la suite, j’ai pu le faire avec d’autres de mes amis artistes. Je vais continuer ce processus de collaboration, car ça donne quelque chose d’inédit.

Les Gordon - Atlas

  • Ton nouvel EP, « Atlas », est prévu pour le 11 décembre prochain chez Kitsuné. Les six pistes qui le composent évoluent entre chill, electronica, world, folk, musique orchestrale et même rnb. Le nom de cet enregistrement, « Atlas », est tout sauf anodin. Nous destine-t-il à un voyage des sens et des émotions ? Est-il finalement propice au dépaysement ?

« Atlas », oui, c’est dans la continuité de ma démarche de faire planer un peu les gens lorsqu’ils écoutent mes musiques. Je les invite au voyage, effectivement. Chaque track représente un voyage, une peinture. Je mets en place une histoire sur chacun de mes EPs.

  • On retrouve depuis quelques EPs déjà, dans tes compositions, des présences vocales très concises et partitionnées que tu reproduis à loisir sur ton launchpad. Où trouves-tu ces bouts de voix, et comment les choisis-tu ?

À la base, j’ai commencé à trouver les premières voix pour mes productions sur Internet, à partir d’a capella de chanteurs et chanteuses connus. Mais, pas à pas, j’ai pu acquérir des a capella personnels grâce à des remixes que j’ai pu faire, et aussi les fameuses collaborations.

  • À côté de ta carrière solo, on t’a connu membre du duo pop-rock parisien Mondrian avec Roman Oswald, au milieu des années 2000 jusqu’à l’année dernière ; projet devenu en 2015, SNGPR (pour Singapour) et laissant place à une french pop « chill out ».

J’ai, en effet, plusieurs projets en dehors de Les Gordon, comme SNGPR avec un ami de longue date, qui s’appelait à la base Mondrian et qui est devenu SNGPR avec l’évolution du chant en anglais vers le français et un côté un peu plus electronica. J’ai un autre projet qui s’appelle Leska avec mon ami Thomas (Douchka), qui est dans une veine très electronica.

  • Tu es au cœur de la programmation de Bars en Trans avec Hello Bye Bye et Brülin, le vendredi 4 décembre prochain, au bar « Le Backstage ». Doit-on plutôt s’attendre à un live band ou à un DJ set de ta part ? Et cette date permettra-t-elle de découvrir « Atlas » en avant-première ?

Je serai seul sur scène pour présenter de nouvelles chansons présentes effectivement sur « Atlas ».

crédit : Flavien Prioreau
crédit : Flavien Prioreau

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rédacteur en chef curieux et passionné par les musiques actuelles et éclectiques

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