[Live] MaMA 2016, jour 1

Nous avons fait le choix d’une soirée itinérante pour explorer la vaste programmation de cette première nuit du festival MaMA 2016. De Montmartre à Pigalle, dans cinq salles différentes, nous avons pris le temps de naviguer entre les ambiances pop soyeuses et intimistes de certains, les notes classiques et poétiques d’autres, ou radicalement dansantes entre rock et musiques électroniques. Revivez à nos côtés les concerts de Gaspard Royant, The Slow Show, Pfel & Greem, Emilie & Ogden, Fishbach et Lambert.

The Slow Show
The Slow Show

Article écrit par Etienne Poiarez, Charles Binick et Fred Lombard

Le frenchie le plus américain du moment, le bien nommé Gaspard Royant, est sur la scène de La Cigale, à l’occasion de la première nuit du festival MaMA 2016. L’occasion également pour lui de nous présenter son deuxième album, « Have You Met Gaspard Royant ? ». La réponse est sans équivoque, nous l’avons bel et bien rencontré, sautant dans tous les sens, prenant la musique et la scène à bras le corps et invoquant la fureur du vieux démon rock’n’roll. Frappant frénétiquement un tambourin sur son torse, l’artiste scande ses hymnes baignés de rhythm and blues et de northern soul dans son brillant smoking blanc, chic et rétro. Le crooner virevolte entre les guitares, les claviers et les choristes, sur les rythmes vivifiants de la batterie. Coup de grâce lorsqu’il demande au public de se mettre assis, pour quelques secondes intimistes avant l’ultime envolée. En bref, une prestation simplement jouissive !

Gaspard Royant

Il est venu de Manchester nous faire un éloge de la lenteur. Héritier de la classe et de la gravité de The National et du romantisme de Destroyer, The Slow Show ne laisse pas son nom par hasard. Le quintet slowcore voire chamber pop, emmené par le baryton Rob Goodwin, à la voix grave surprenante, accrocheuse et très émouvante, parvient, avec toute la générosité dont il fait preuve sur scène, à saisir et transmettre l’émotion et l’intensité de compositions mélancoliques et belles à pleurer de son projet. Nouvel espoir de l’indie rock sensible à l’anglais, délicat et élégant, The Slow Show séduit par son goût des mélodies lentes et poétiques. Dans un Divan du Monde complet et conquis, le quintette nous livre un concert diablement envoûtant et chaleureux en interprétant les douces partitions orchestrales de son très raffiné nouvel album « Dream Darling ».

The Slow Show

Surtout connus pour leurs hauts faits au sein du quatuor C2C, Pfel et Greem s’y sont liés au point de délester leurs formations d’origine (Greem vient d’Hocus Pocus et Pfel de Beat Torrent), devenant ce nouveau duo de choc sur scène, capable de nous offrir des saillies sensationnelles. Ils sont au turntablism ce que le champagne est à un diner mondain, sans fautes de goût. Et même à l’ancienne, avec cette passion pour la culture hip-hop. Durant leur set au Divan du Monde, Pfel & Greem passent en revue quelques reliques de la pop-culture musicale, nourries des samples des Daft Punk, de The Arrows (« I Love Rock’n’roll ») et même de Britney Spears. Oui, ça pique un peu à lire, mais nous sommes plutôt ici dans l’humour potache et la joie décomplexées. De même, lorsqu’ils invoquent « The Next Episode » de Dr. Dre, nous nous prenons finalement au jeu du remix. En bref, les deux producteurs alternent trap, future beat, hip-hop et même transe au sein d’un mix millimétré, sur lequel nous nous laissons aller. Un concert sans temps mort, efficace et concis. Un dernier mot les gars : « Do you want to dance? ».

Arrivés aux Trois Baudets, qui fête ce mercredi soir les dix ans du label indépendant canadien Secret City Records, il nous tarde de découvrir l’univers pop de la harpiste Emilie & Ogden. Sur scène, le cadre se veut très intimiste, éclairé sobrement par deux cages à oiseaux lumineuses. Accueillie chaleureusement par les festivaliers investissant les lieux jusqu’au dernier fauteuil rouge restant, Emilie Khan, affirme son jeu habile et poétique à la harpe, accompagnée pour la première fois d’un guitariste et d’un batteur sur scène. Nous aurons d’abord les yeux braqués sur les doigts agiles et filants de la musicienne revisitant avec talent son premier album, « 10 000 ». Nous découvrons également ce soir-là une chanteuse attachante, au regard rieur quand elle nous introduit ses musiciens et ses morceaux. Durant trois quarts d’heure, la Canadienne aux doigts de fée nous offre un set charmeur et doux, aux touches oniriques et élégantes. Notre seul regret concerne ce soir-là la mise en avant, bien trop appuyée de la section rythmique, venant çà et là masquer le jeu tout en délicatesse et cristallin de la harpiste montréalaise.

Emilie & Ogden

Nous n’avons jamais rien vu d’aussi Mortel. Fishbach était au MaMA pour sa dernière prestation en solo parisienne. Elle s’est produite dans une Chaufferie de la Machine du Moulin Rouge pleine à craquer, mais dont on ne sait pas si le public est venu pour le bar ou pour les concerts donnés par la sélection 2016 des iNOUïS du Printemps de Bourges, dont l’Ardennaise est la lauréate. Sur la petite scène aménagée, sorte de ring underground, l’artiste nous a rejoué son premier EP éponyme entre new-wave et chanson française, ainsi que des titres inédits de son album à paraître début 2017. Seule derrière son micro, simplement équipée d’une guitare et de son ordinateur, la chanteuse a démontré tout son charisme et sa prestance, jouant du regard et d’expressions fortes à l’effet galvanisant tout en chantant « On me nomme la mort, on me dit tue ! ». Habituée à ces performances solitaires, elle parvient parfaitement à occuper l’espace au son du titre « Béton mouillé » et « Night Bird », sa reprise de Bernard Lavilliers. Vivement sa prochaine tournée, la première avec un groupe !

crédit : Cédric Oberlin
crédit : Cédric Oberlin

Voilà un bien étrange personnage, somme toute un peu timide lorsqu’il prend le micro. Lambert est en effet abrité derrière son masque d’antilopiné, parlant à l’assemblée avec humour et sympathie. Avec les mélodies de « Stay in the Dark », son deuxième album paru en 2015, mais également des extraits de « The Lost Tapes », un EP paru en mai dernier, c’est finalement par les sentiments qu’il a le mieux communiqué avec le public du Carmen. Malgré ses compositions d’une infinie délicatesse, parfois épurées, le pianiste nous a emportés à travers de nombreuses envolées rageuses et belles à l’instar de l’impressionnant « Talk! ». Les émotions palpitaient littéralement au bout de ses doigts. Avec son modern classical, le magicien allemand tiraille le ciel et la terre dans une série d’œuvres pianistiques qui ne sont pas sans rappeler un certain Philip Glass. Tonalités furieuses et délicieuses çà et là, se joignent alors cette image plus pure de l’amour, intense et minimaliste. Sa prestation fut un véritable bain d’émotions, une humanité dans toute sa complexité et sa splendeur.

Lambert


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