[EP] Château Brutal – Sissi The End

Désormais objet d’études et de littérature, le rock’n’roll est pourtant, encore et toujours, une vaste plaisanterie, une blague d’adolescents qui n’a pas envie de grandir, une forme de théâtre populaire et décalée qui s’amuse avec la vie et se joue de la norme. Ainsi, chez les Lillois de Château Brutal, le rock’n’roll se vit comme une fête joyeuse et bordélique, dont les six titres agités, réunis dans ce nouvel EP, pourraient être la bande-son sexy et surtout collective.

Chateau Brutal - Sissi The End

Le duo Château Brutal manie avec aisance les fondamentaux de la musique du diable. Présenté comme un projet foutraque, Château Brutal s’appuie néanmoins sur les talents musicaux ravageurs de ses membres : ceux de Cusmar Brutal à la guitare et de Château Brutal à la batterie. Pour jouer vite, fort et à fond (mais pas que !), mieux savoir manier le manche et tâter du tom et de la cymbale. Garage, noise, hardcore, rhythm’n’blues se télescopent à grands coups de riffs et de gimmicks imparables.

« Plus on est de fous, plus on rit » pourrait être le leitmotiv de « Sissi The End ». Chaque morceau est l’occasion d’une nouvelle invitation pour des groupes partageant cette même approche gourmande et décomplexée de la rock’n’roll attitude : Where Is Nina?, Toybloïd, H.O.Z, Narco Terror…

La chanteuse de Where Is Nina ouvre le bal sur « Pussy-Si » en ravivant la flamme de Kathleen Hanna, des mythiques Bikini Kill. Les mots parlent d’eux-mêmes. Le ton est donné, au sens propre comme au figuré. Les bavardages inutiles n’ont pas leur place ici. Les morceaux dépassent rarement les deux minutes. Dans les années 90, les Beastie Boys étaient allés, eux aussi, à l’essentiel, dans leur génial EP punk hardcore « Aglio E Olio ».

« Sissi The End » pourrait être l’histoire secrète et non-officielle de la fameuse impératrice. Incarnée dans nos imaginaires par Romy Schneider, elle sourit bêtement sur la pochette. Vous l’aurez deviné : chez Château Brutal, les contes de fées ne sentent ni la rose, ni les bons sentiments. L’univers de Château Brutal serait bien plus proche des films de Russ Meyer que de ceux de Walt Disney. Les princesses baisent, pètent, jurent comme tout le monde. La dépression n’est d’ailleurs jamais bien loin. « Sissi face à son destin » : Manu, le leader du trio déjanté de Dunkerque H.O.Z, et Lou, formidable chanteuse des Parisiens de Toybloïd, ne sont pas là pour plaindre la pauvre princesse.

Il y a quelque chose d’animal, de sauvage, d’instinctif dans la musique de Château Brutal, bien que totalement maîtrisé. Avec Narco Terror, le duo se permet même une roucoulade blues sur « Si& Si », quelque part entre Tom Waits et Eugene Robinson d’Oxbow. « King Size » conclut avec force cet EP, soutenu par la puissance vocale d’une certaine Jenny qui aurait, semble-t-il, fricoté dans un projet parodique autour de l’ami Phil Collins !

Chateau Brutal

Le disque est ainsi à l’image de ces réseaux qui se tissent encore et toujours en France autour d’une scène rock alternative hexagonale, libre et décomplexée. Sissi The End fait figure d’amuse-bouche avant un album programmé pour 2016, que Château Brutal annonce, de ses propres mots, comme une année juteuse.

« Sissi The end » de Chateau Brutal est disponible depuis le 19 juin 2015.


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