[LP] Thyladomid – Places

Cela fait déjà quelques mois que ce disque tourne sur notre platine, emporté par le morceau révélateur du même nom « Places », évoquant la majestueuse digression électronique de l’album « Kid A » de Radiohead. Depuis son QG à Cologne, en Allemagne, le musicien, producteur et DJ Charles Thiemann, alias Thyladomid, s’applique à mettre en œuvre une musique électronique hautement minimale, planante et délicatement addictive, dont ce long format accentue avec réussite la puissance évocatrice et climatique.

L’effet n’est pas immédiat, et il faut certainement quelques écoutes, pour pénétrer toutes les subtilités et les nuances sonores de ces compositions cycliques sans excès, toutes en progression et en développement. Si Thyladomid ne cherche pas sa voie dans le déviant et l’expérimental, c’est tout en douceur qu’il nous invite dans son univers personnel, à la douceur éthérée quasi permanente. Et si ces DJ sets sont, à l’évidence, beaucoup plus orientés vers le dancefloor, soutenus par des rythmiques massives et pénétrantes, son album met en lumière une attirance naturelle pour des objets pop évocateurs et cinématiques, mais sans négliger cette intention club originelle. Comme une sorte de voyage, c’est bien l’ensemble qui nous plonge dans un état contemplatif et rêveur. Certains morceaux friseraient même l’anecdotique (« Kollwitzplatz », « Labyrinth ») s’ils n’intégraient pas un continuum sonore extrêmement cohérent et homogène. Aéré par les splendides interventions vocales du chanteur Mâhfoud, ce LP prend de la consistance, s’humanise et dépasse aisément les limites créatives de la house minimale et répétitive. Il se conclut sur une intéressante abstraction downtempo, qui avec un peu plus de travail sur le son, aurait pu rendre jaloux les emblématiques Boards Of Canada sur leur propre terrain.

Beaucoup plus dans l’émotion que son prédécesseur, « Interstellar Destinity » (malgré de très beaux moments comme l’étrange « Outer Space »), « Places » affiche une palette sonore beaucoup plus élaborée, et une finalisation beaucoup plus ambitieuse. Il intensifie même son propos en se dirigeant du côté d’une techno expressive, que ne renierait pas Rone sur le très prenant « Reversed Soul » et encore plus sur le tournoyant « Lost In Istanbul ». Proche dans l’esprit du Français Noke, (dont nous pointions les vertus electronica de son excellent EP « Fields »), Thyladomid dépasse (enfin ?) son statut de bon élève de la classe minimale, pour devenir un concurrent sérieux et excitant de la nouvelle scène électronique européenne, dans le sillage des imposants Âme, Nicolas Jaar et autres Pantha du Prince.

crédit : Simon Erath

« Places » de Thyladomid est disponible depuis le 1er juin 2018 chez Traum Schallplatten.


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