[Interview] Oktober Lieber

Un peu avant leur set au festival Levitation France, nous avons rencontré Charlotte Boisselier et Marion Camy-Palou alias Oktober Lieber, dans leur loge pour une interview sur le fil. Elles nous ont parlé de leur « nouveau » projet qui a pris son envol un soir de mai dernier et qui nous donnera déjà une jolie galette, « In Human » à digger fin octobre. Un mois qui leur colle définitivement aux basques. Les deux Parisiennes partagent avec nous des références qui nous amènent, telle une frise historique, dans ce qui fut le cheminement créatif d’un projet électronique extrêmement enthousiasmant.

crédit : Erwan Iliou
  • Vous jouez au Levitation tout à l’heure. Au vu de votre style, je trouve plus surprenant que vous jouiez ici plutôt qu’a Scopitone (festival électro) qui a lieu ce même soir à Nantes. Savez-vous comment vous avez été repéré pour y être programmé ?

Marion : Oui, la programmatrice de Levitation nous a vues à Paris, en mai dernier au Ideal trouble festival.

  • J’ai entendu dire qu’un album était en cours. Pouvez-vous nous en parler ?

Marion : En fait, là, il est prêt. Il est déjà parti au pressage. Il sort dans un mois, en octobre. C’est un six titres sur le label Le Turc Mécanique, un label parisien qui est pas mal punk, assez rock voire noise. Un peu sauvage quoi.

  • Le nom de votre groupe vient de l’allemand. Entretenez-vous une quelconque connexion avec nos voisins germaniques ?

Charlotte : Ma première connexion avec l’Allemagne, c’est que j’en ai fait beaucoup à l’école. Mais je crois que je n’en ai pas gardé grand-chose. (rire)

Marion : Rétrospectivement, la techno, les clubs tout ça.

Charlotte : Certains groupes qu’on affectionne qui sont soit allemands, soit ont eux aussi des noms allemands.

Marion : On s’est demandé si on prenait un nom allemand ou français quand on commençait à travailler notre son. Quelque chose de pop et de techno. C’est tombé sur Oktober Lieber parce qu’on a commencé à faire de la musique ensemble au mois d’octobre et qu’on écoutait « October (Love Song) » de Chris & Cosey…

  • Vous jouez chacune dans deux projets distincts: Charlotte dans Ambeyance et Marion dans Deeat Palace. Comment vous est venue d’œuvrer ensemble au sein d’Oktober Lieber ?

Charlotte : Notre rencontre remonte à plusieurs années, lorsque j’ai intégré un des groupes de Marion en tant que musicienne. Depuis, on a régulièrement collaboré sur des projets théâtraux ou musicaux, tout ça dans un univers assez expérimental et underground. C’était assez naturel pour nous de finalement composer ensemble. Et, à côté de ça, on a toujours aussi eu nos projets perso ou solo.

Marion : J’ai toujours été dans des choses très bricolées en lien avec la musique pop, avec des chansons faites à l’arrache au niveau du son et complètement assumées dans un truc DIY. J’ai commencé à faire des tracks il y a deux ans dans une esthétique plus minimal wave et Charlotte m’a proposé ce projet, et ça s’est fait naturellement. C’était une collaboration qui est cool humainement et au niveau des rendus.

  • Votre parcours théâtral a-t-il eu une incidence sur votre jeu de scène ?

Marion : Non, pour le coup, c’est vraiment musical.

  • Vous avez eu l’occasion de faire plusieurs dates cet été. Quel est pour vous le moment le plus marquant ?

Marion : C’était au Ideal trouble festival, en plein milieu de la nuit. La scène était au même niveau que le public. C’était dans une ambiance suintante et déglinguée. On a joué en fermeture de festival et c’était explosif. Dans un contexte sonore un peu raide, dans une cave carrelée, éclairées avec des néons. On a été super bien reçu et c’est aussi à partir de là qu’on a eu des propositions. C’est à partir de ce festival qu’on a commencé à tourner. C’est là que tout a commencé.

  • Vous sortez d’une tournée estivale bien remplie. Est-ce que ça vous a préparé au show de ce soir ?

Marion :. Le set de ce soir, il est en lien avec l’album qu’on a finalisé il y a un mois.

  • Est-ce qu’il y a certains groupes et musiciens qui ont inspiré votre musique ?

Charlotte : Au départ, c’est beaucoup la minimal wave sortie ces dernières années qui nous a inspirées. Et la scène montréalaise avec Marie Davidson, Bernardino Femminielli, Pelada, etc.

Marion : Oui, dans la minimale wave, Daily Fauli, Oppenheimer Analysis, DEUX… Puis des trucs plus technos comme Jeff Mills, Joey Beltram, Arpanet. On a trippé pas mal aussi sur les thèmes d’horror movies et la musique de Carpenter… Et dans les trucs actuels, y’a un label rennais qu’on adore, Lost Dogs Entertainment, avec des groupes comme Le Matin et Unglee Izi. Des gars qui sont en train de mélanger plein d’influences dans des formes super originales.

  • Comment vous sentez-vous maintenant à l’approche de la sortie de votre album ?

Marion : Plutôt excitées. On attend que le disque arrive. Hâte de l’écouter, de voir le rendu de la pochette, de l’avoir en main, tout ça…

Charlotte : Puis on a notre release party au Petit Bain le 31 octobre à Paris, avec Marie Davidson qui vient présenter son nouvel album et des DJ Set de Lamusa II, Marai et OKO DJ. On est assez excitées par cette date !

  • Avez-vous déjà une vision de ce qui arrivera ensuite ?

Marion : Je pense qu’on va avoir très vite envie de faire des nouveaux morceaux. Mais on va aussi essayer de sortir de notre style avec de nouvelles références et donner de la fraîcheur à ce que l’on fait. Pas faire un deuxième album identique.

  • Certains artistes technos ne sortent quasiment pas d’albums et vivent uniquement de passages dans des boîtes de nuit. Quelle est votre philosophie pour vivre de votre musique ?

Charlotte : Nous ne considérons pas vraiment comme appartenant à la scène purement techno. Notre musique est assez électronique, dance, mais aussi pop. On mélange tout plein de styles et on peut jouer dans beaucoup de cadres différents, pas exclusivement club.

Marion : On est plus live, mais on commence à faire des DJ set. C’est cool aussi. Après, à côté de ça, on travaille, mais notre priorité dans la vie c’est la musique, pour nous deux. Et puis on bosse dans des secteurs qui ne sont pas trop éloignés de notre passion.

  • Vous n’avez pour le moment aucun clip pour agrémenter votre musique. Est-ce qu’il y a un projet en cours ? Sinon pourquoi ce choix ?

Marion : Ce n’est pas un choix.

Charlotte : C’est un projet en cours, on est en train d’y réfléchir. On est en train de voir quand on le sort et comment.

Marion : Ça sera en lien avec la sortie de l’album. On n’avait pas encore de titre en ligne parce qu’on n’avait pas encore d’album. Du coup, on n’avait pas encore de vidéo.

crédit : Erwan Iliou
  • Il existe beaucoup de featuring dans la musique électronique. Aimeriez-vous en faire un et avec qui en particulier ou est-ce déjà le cas sur l’album à venir ?

Marion : On n’en a pas fait non pour l’instant, on n’a pas été sollicitées et on n’y a pas pensé spécialement … Là, on en fait tout à deux, on aime bien composer à deux, mixer à deux. Mais pour la prod, oui, ça pourrait être bien d’avoir un collab’ pour bosser les sons plus précisément.

  • Une dernière question que j’affectionne pour les fans de découvertes. Pourriez-vous nous donner le nom d’un groupe sur lequel se pencher dare-dare ?

Charlotte :  Le dernier truc que j’ai écouté c’est Yves Tumor… Je ne connaissais pas et j’ai trouvé son dernier album très riche, très hybride et hétérogène dans le bon sens du terme.

Marion : Pour moi ce serait Puce Mary…

Charlotte : Ah ben, ça tombe bien, elle a participé à une des tracks de l’album de Yves Tumor !

« In Human » de Oktober Lieber, sortie le 31 octobre 2018 chez Le Turc Mécanique.


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Parce que notoriété ne rime pas forcément avec qualité. J’aime particulièrement découvrir l’humain derrière la musique.

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