[Live] MONO, A Storm of Light et Jo Quail au Hard Rock Cafe Lyon

C’était au Hard Rock Cafe que de nombreux amateurs de post-rock se sont réunis pour assister au concert du quatuor japonais MONO, ce vendredi 12 octobre, avant la sortie de son prochain album  » Nowhere Now Here » prévu pour janvier prochain. Un décor qui étonne un peu à première vue, mais qui accueille de temps en temps des groupes de la scène post-rock locale. Arrivés en avance, nous avons pu voir Taka, guitariste du groupe, contempler l’église Saint-Bonaventure et en avons profité pour lui demander la setlist. Armés d’une précieuse feuille A4, nous entrons dans la salle pour la première artiste, Jo Quail.

MONO – crédit : Camille R.

Seule sur scène avec un violoncelle électrique et quelques pédales d’effets, la jeune Anglaise réussit à créer seule un son extrêmement lourd. En tapant sur la touche de son étrange instrument, elle imite la grosse caisse d’une batterie et des battements de cœur. En passant son archet entre la touche et le chevalet, elle reproduit les sons de la respiration humaine. Les quatre morceaux qu’elle a joués étaient quatre tableaux, allant du corps à l’esprit, de l’esprit au paysage, avec des rythmes répétitifs et hypnotisants. Si sa prestation était très courte, Jo Quail est parvenue à transporter son public où elle le voulait, quelque part entre une plage d’Angleterre et son rythme cardiaque. Sa puissance scénique est à l’image de son curieux instrument qu’elle tient comme une sculpture. C’est après nous avoir présenté ses inspirations multiples qu’elle a quitté la scène, souriante, nous invitant à venir la voir pendant le reste de la soirée.

A Storm of Light s’installe. Ne connaissant pas du tout le projet, nous voulons leur donner toute notre attention et apprenons par le public que le chanteur-guitariste du groupe a tourné quelque temps avec Neurosis et s’occupait des projections lors de leurs concerts, mais que « c’est trois crans en dessous quand même ». Notre patience est vite récompensée par du gros stoner hyper lourd. Voulant cependant ménager nos tympans pour MONO, nous sortons rapidement de la salle le temps d’une mini-interview improvisée avec Jo Quail.

Jo Quail nous invite à à sa table et commence à nous parler de Pett Level, une plage anglaise aux vagues nerveuses dominée par une falaise, lieu d’une grande puissance à ses yeux. Nous discutons ensuite de ses inspirations majeures, en commençant par Arvo Pärt et Debussy. Elle dit aussi s’inspirer de la sculptrice Barbara Hepworth dont les œuvres arquées, ouvertes et liées par des cordes évoquent la forme de son violoncelle. L’instrument de Jo Quail présente un corps bien plus chargé que celui des violoncelles électriques « classiques ». La touche et le chevalet sont soutenus par une grosse armature perforée qui mélange les courbes de l’instrument classique aux cavités des œuvres de Hepworth. Nous lui demandons enfin si elle considère faire partie d’un registre particulier dans lequel s’inscriraient des artistes comme Ólafur Arnalds ou Nils Frahm, qui revisitent à leur façon leurs instruments et le « modern classical ». Mais Jo Quail ne peut pas et ne veut pas encore s’incruster dans un genre musical, elle adapte d’ailleurs le choix de ses compositions selon son public et l’environnement dans lequel elle joue.

Trêve de bavardage. Si le public sort, c’est que MONO s’installe. Le nouveau batteur arrange ses cymbales et le groupe, enfin prêt, ouvre son concert avec « After You Comes the Flood », titre qui nous rappelle une réalité bien japonaise et premier extrait de leur album à paraître. Décharge immédiate d’une lourdeur dissonante, on voit immédiatement que leur nouveau batteur sait taper et fort. Une frappe qui soutient l’évolution du groupe vers un son plus violent.

Cette violence était présente dans les premiers albums du groupe, notamment dans « One Step More and You Die », mais le groupe s’en était éloigné, s’inscrivant progressivement dans un certain cliché de la troisième vague du post-rock que certains appellent « crescendocore ». Mais MONO se renouvelle depuis plusieurs albums, variant la composition des morceaux et leurs ambiances, qui relèvent moins de la contemplation que d’une exposition forcée au sublime. Vient « Death in Rebirth », extrait de l’album qui tranche le plus vers le sublime en question, « Requiem for Hell ». Ce morceau, dont l’accélération soudaine donne une force rare à la musique du groupe, synthétise à nos yeux leurs vingt ans de travail. Le volume redescend, et Tamaki Kunishi, la bassiste du groupe, chante l’introduction du morceau suivant. Parfaitement juste, elle reprend sa basse et le groupe continue de faire sonner son album à venir. Ils achèvent une heure et demie de performance avec deux anciens morceaux, « Halcyon (Beautiful Days) » et « Ashes in the Snow », revisités avec leur nouveau son. Jo Quail remonte sur scène pour les accompagner sur le dernier morceau. Après avoir repris ces deux classiques, les deux guitaristes sont restés seuls sur scène, faisant hurler leur guitare pendant de longues et douloureuses minutes, insoutenables pour certains, à l’image des thèmes qu’aborde désormais le groupe dans ses œuvres.

Et parlons-en de ce son. Souvent qualifiés de faire du post-rock « gentil », c’est à un mur de son que les membres de MONO nous ont confrontés hier, un mur de guitares brillantes mais noyées, écrasant par son volume et ses saturations. De la même façon, le nouveau batteur est bien plus énervé que son prédécesseur. C’est parce que MONO « sonne » en live que leurs albums sonnent, et les musiciens semblent accorder à leurs concerts une qualité supplémentaire au studio, celle d’un volume extrême et du calme qui suit, pour proposer une expérience entière à qui veut bien les voir. Par ce mur de son, MONO se rapproche du shoegaze mais aussi des racines du post-rock et des groupes emblématiques du genre, épicentre dont il fait aujourd’hui partie.


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Et pensive, j’écoutais ces harpes de l’éther.

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