[Live] Alcest et Vampillia au CCO de Villeurbanne

Pour la troisième fois en 4 ans au CCO, et la quatrième si on compte sa première partie pour Anathema l’an dernier au Radiant Bellevue, Alcest était de retour à Lyon le 27 septembre dernier pour un concert exceptionnel de sa mini-tournée « Kodama », où le dernier et merveilleux opus des Français était joué dans son intégralité. Pour les accompagner, ils avaient choisi les Japonais Vampillia, avec lesquels le groupe a tissé une amitié en tournée au Japon au cours des dernières années. Récit.

Vampillia – crédit : Lukas Guidet

La salle est bien remplie sur les coups de 20 heures lorsque trois des musiciens du combo japonais Vampillia prennent place dans la pénombre de la scène pour une longe intro mélancolique, instrumentale et très post-rock, en trio clavier (piano), guitare et violon électrique. Les mélodies poignantes enflent et se teintent d’un peu de vigueur avec la guitare gorgée d’effets ; on est quelque part entre Sigur Rós et Joe Hisaishi. Après une dizaine de minutes, les autres musiciens arrivent et le groupe se retrouve doté d’un batteur – et pas des moindres, Toyohito Yoshikawa étant passé par un autre groupe d’Osaka, Boredoms – d’un deuxième guitariste (proche de Merzbow et Yellow Swans), d’un bassiste et surtout d’un chanteur très impressionnant, qui chante, grommelle, gémit, glapit, rit, souffle, pousse sa voix de sifflet et vocifère tour à tour dans et hors de son micro. Dès que le groupe est ainsi au complet la donne change, et le post-rock planant et mélancolique à la MONO se mue rapidement en une musique imprévisible, libre et indéchiffrable, croisant des embardées furieuses de black metal à des rythmiques de math rock ou de post punk, avec des ponts très swing ou jazzy, et des crescendos d’une puissance redoutable.

On a parfois du mal à délimiter les morceaux ou les mouvements, ou à savoir quand et si applaudir, mais la performance met tout le monde d’accord dans le public, tant c’est maîtrisé, avec un son irréprochable où, pour une fois, le violon n’est pas noyé dans le mix. La fin du concert est particulièrement dantesque, le groupe avançant inexorablement dans un style de plus en bourrin et technique, le chanteur se frappant le visage avec ses mains et son micro, grimpant sur les épaules du photographe Lukas Guidet pour faire un tour en fosse, ou posant le pied sur l’épaule d’un mec au premier rang. Le sommet d’absurde étant atteint en toute fin du concert par le bassiste, qui pose son instrument, enlève son haut, exhibe ses (petits) muscles, va chercher sur le côté de la scène une poubelle vide, écarte la foule, place sa poubelle dans la fosse, recule de trois pas et… plonge dans la poubelle devant le regard médusé et hilare du public. Fin du concert totalement improbable.

Après une pause d’une vingtaine de minutes passées à squatter le premier rang en compagnie d’une poignée d’irréductibles fans (coucou, Lukas !), Neige, Winterhalter et leurs musiciens de scène depuis 2010, Zero (Pierre Corson) et Indria arrivent sur scène, se présentent modestement – la discrétion est la marque de fabrique de Neige et ses comparses d’Alcest, dont presque tous jouent ou ont joué au sein du groupe de shoegaze Les Discrets – puis entament la version live intégrale de leur excellent dernier album, « Kodama ». Le seul reproche que l’on pourra faire à ce concert, disons-le d’emblée, c’est le réglage du son pas tout à fait au point sur la chanson-titre qui débute le show, et c’est dommage, car c’est une des meilleures du disque. Sur ce morceau, les guitares et la batterie dominent un peu trop le mixage et si l’on n’est pas familier du refrain « oh-oh-oh oh oh, oh-oh-oh oh oh », on peut être un peu perdu dans une composition par ailleurs alambiquée et massive. Mais le public étant largement constitué de fans du groupe qui connaissent tous les morceaux par cœur, ce défaut est bien vite oublié. Le groupe enchaîne sans un mot avec « Éclosion », morceau un peu moins évident sur disque qui prend toute son ampleur en live avec des plans vraiment remarquables, puis avec la magnifique « Je suis d’ailleurs » et sa partie de batterie hallucinante. Après cette trilogie, Neige s’adresse de nouveau au public, comme à son habitude sincèrement ému et timide, en un mot humble, puis le concert reprend. « Untouched », bien que jolie, marque moins – comme sur l’album, mais le véritable morceau de bravoure est atteint avec le très attendu « Oiseaux de proie », le chef d’œuvre de l’album et un des morceaux qui ont fait exploser la carrière du groupe à l’international.

Malgré des problèmes techniques entre les morceaux qui font rire le groupe et en particulier Zero, le morceau se déroule implacablement avec ses vocaux hurlés et ses riffs assassins : une tuerie. « Onyx », brève instrumentale planante très post-rock achève le set consacré à « Kodama », et le groupe enchaîne sans attendre – l’album étant relativement court – avec un premier morceau de son répertoire plus ancien. Ce sera d’ailleurs « Souvenirs d’un autre monde », de son premier album du même nom, époque la plus violente musicalement du groupe. Viendront ensuite les plus attendues « Autre temps » et « Là où naissent les couleurs nouvelles », du merveilleux album de 2012, « Les Voyages de l’Âme », mais la surprise réside dans le choix de deux titres issus d’ « Écailles de Lune », à savoir « Percées de lumière » et surtout la somptueuse ballade post-rock / shoegaze « Sur l’océan couleur de fer », une merveille absolue du groupe, qui ravit l’audience – à tel point qu’un très sonore « OH PUTAIN ! » se fait entendre sur les premières notes du morceau, arrachant un début de fou rire à Neige. Le rappel se fera, comme de coutume désormais, avec la chanson maîtresse de l’album mal-aimé « Shelter », « Délivrance », un titre de plus de dix minutes que le groupe sait toujours sublimer en fin de concert. Constant dans la générosité et l’excellence, Alcest a une fois de plus délivré un concert émouvant et sans faute.

Photographies par Lukas Guidet : www.lukasguidet.com


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cinéphile lyonnais passionné de musique

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