[Interview] Wild Fox

Jeunes pousses du garage français, c’est juste après leur passage très remarqué au festival Levitation France que nous avons rencontré les Angevins et locaux de l’étape, Wild Fox. Jouant avant les pointures californiennes The Soft Moon et The Brian Jonestown Massacre et les Bordelais de J.C Sàtan, le quatuor ligérien n’a fait aucun complexe en ouverture de la 6e édition du festival psychédélique français, devant une salle étonnamment bien remplie, à un horaire (18h30) qui n’attire d’habitude pas les foules. En compagnie de trois de ses membres, Jack, John et Luke – Josic étant alors happé par les chants de sirène d’une soirée déjà acquise à sa cause – nous avons évoqué leurs influences, leurs souvenirs d’une tournée estivale bien chargée ainsi que la suite de l’aventure.

crédit : Ernest Bouvier
  • Venant des terres angevines, est-ce l’aura du festival Levitation France qui a influencé vos références musicales ?

Jack : Je ne pense pas que ça les a influencés, mais en tout cas ça les a renforcés, ça, c’est sûr.

John : On a écrit du rock dès le début. Le rock est tellement large en fait. À l’origine, on faisait du rock plus blues, mais avec Levitation, le coté psyché est venu, mais pas que. Ça a renforcé le truc quoi.

  • Qu’est-ce qu’une participation à un festival comme Levitation apporte aux groupes locaux qui y participent comme vous ?

Jack : Déjà une belle visibilité. C’est un festival reconnu nationalement et internationalement venant d’Austin au Texas. On est plutôt heureux que ça se passe à Angers. C’est une fierté.

  • Kaviar Special disait dernièrement avoir dû préparer au mieux leur passage aux Trans Musicales et à Rock en Seine pour bénéficier de bonnes retombées et percées médiatiques. Comment avez-vous préparé ce passage à Levitation ?

Jack : Là on sort d’une résidence de trois-quatre jours au Chabada d’Angers. C’était le week-end dernier. On a passé ces jours avec l’ingé son, à bosser dans le grand studio, pour préparer les concerts à venir.

John : On a eu l’aide précieuse durant une journée de Raphaël Thuïa, du groupe angevin Després. Il nous a filé des bons tuyaux en observant notre live et nous apportant des pistes d’amélioration. Le Chabada est vraiment au petit soin et ça nous a aidés pour le live d’aujourd’hui.

  • Est-ce qu’un groupe de musique vous a pris un peu sous son aile, peut-être Després, pour vous aider dans la jungle du milieu musical ? Si oui lequel ? Comment vous aide-t-il ?

John : Ça arrive lorsqu’on fait une résidence, comme au Chabada. Avant, on avait déjà fait une résidence il y a 6 mois. On avait eu l’intervention de Baptiste Brondy, batteur de Lo’Jo. Là, on a eu Raph de Després. Mais on n’a pas eu de groupe a proprement parler avec nous, c’est d’abord des musiciens.

Jack : Après, il y a des groupes comme The Blind Suns qui sont toujours là quand on a une petite question ou besoin d’un coup de main. La scène musicale angevine est plutôt là avec nous.

  • Vous avez sorti votre dernier EP en janvier dernier. Où en êtes-vous dans votre projet ?

Jack : Où est ce qu’on en est ? On a fait une tournée cet été dans toute la France : une petite quinzaine de dates et là, on rentre en studio dans un mois, en octobre, pour enregistrer un nouvel EP qui sortira normalement en janvier voire en février.

  • Ce nouvel EP, comment l’avez-vous financé ?

Jack : On est totalement indépendant pour l’instant.

John : Pendant la tournée, on a amassé de l’argent qu’on n’a pas pris pour nous personnellement. On a mis des sous de côté pour tout financer, que ce soit l’enregistrement, le mixage et le pressage.

crédit : Erwan Iliou
  • Avez-vous trouvé un label ?

Jack : Non, pas encore. L’idée commence à germer un peu. On attend le bon moment.

John : On ne veut pas faire de conneries.

  • Sur quel support sortira-t-il ?

Jack : Sur CD principalement.

John : En vinyle aussi.

Jack : Beaucoup de streaming avec Deezer, Spotify… Sinon, oui il y aura aussi un petit pressage vinyle parce que c’est à la mode (rire).

John : On est distribué sur toutes les plateformes de streaming.

  • Comment gérez-vous les tournées pour conjuguer votre vie quotidienne et celle de musicien ? Et que faites-vous dans la vie ?

Jack : C’est un peu compliqué parce qu’on a 19 ans, on vient d’avoir le bac. On fait tous des petits boulots alimentaires, mais on essaye de mettre la musique en activité principale.

John : Oui, on taffe plus ou moins dès qu’on en a une opportunité. On fait des concerts, mais s’il y a un job et un concert comme Levitation et que le patron ne veut pas nous libérer, on le largue et on retrouve un autre taf après.

  • Vous avez un clip très bien produit par les étudiants de l’ESRA. Comment s’est déroulé le tournage ?

Jack : Avant d’être des étudiants de l’ESRA (École Supérieure de Réalisation Audiovisuelle à Paris), c’est surtout des amis. Il y avait une ambiance familiale sur les quatre jours de tournage. Le soir, on faisait la fête et la journée tout le monde était au boulot. Tout le monde a été très investi… Et le clip nous a coûté que dalle !

John : Enfin, ça nous a coûté des clopes, des bières et de l’essence. C’est ça le prix du clip, et avec un peu de bouffe aussi.

  • Quelles relations entretenez-vous avec la ville de Paris ?

Jack : On a joué en première partie de The Altered Hours et Anton Newcombe en DJ set en mars dernier.

John : Anton Newcombe joue ce soir d’ailleurs avec les Brian Jonestown Massacre. On a fait ça en mars au Supersonic, un club parisien près de Bastille. On a été très très bien reçu par le public parisien, la salle était remplie. Du coup, on a comme projet d’y retourner sous peu et aussi de plus en plus souvent.

Jack : On a fait une date au Bus Palladium aussi, mais ce n’est plus comme avant. Ce n’est plus « à chaque fois qu’il y a un concert, c’est blindé ». Maintenant, si tu veux jouer au Bus, il faut ramener ton propre public. Au final, on a quand même eu un public de gens venus pour nous, alors qu’à Paris, il y a six mois, on ne connaissait personne.

John : On a joué quand même un 14 juillet, la veille de la Finale de Coupe du Monde et il y avait du monde !

crédit : Erwan Iliou
  • Vous avez rodé votre show tout l’été avec une série de concerts. Comment cela s’est-il passé ? Avez-vous connu des déconvenues ou au contraire des bonnes grosses surprises ?

Jack : La bonne surprise, c’est qu’en 15 jours on est rentré dans une bulle, c’était nous quatre avec notre musique et l’un de nos deux ingés son.

John : La bonne surprise aussi, c’est que pour un ou deux concerts (Cherbourg et Préfailles) loin de chez nous, il y avait des gens qui chantaient les paroles de nos morceaux. On n’y avait jamais foutu les pieds pourtant, on n’y connaît personne et des gens chantaient nos chansons ! C’était incroyable.

Jack : La déconvenue, c’était plutôt l’attente. Il y a la route puis l’attente, parfois longue, avant de jouer…

John : Tu arrives, tu fais les balances, mais tu joues que dans quelques heures, du coup t’attends. Après, c’est pour tout le monde pareil.

Jack : À part ça, c’était que du plaisir. Il faisait beau, on était au bord de la mer…

  • Quel serait pour vous l’événement qui serait votre consécration de rockeur ? Pourquoi ?

John : Qu’est-ce que c’est que le rock déjà ? Que tu sois amateur, dans le public ou musicien, rockeur, c’est une attitude. Après c’est différent de rockstar.

  • Alors qu’est-ce qui serait le symbole, pour vous, d’être une rockstar ?

John : Quand on aura fait le million de vues sur YouTube par exemple.

Jack : En France, on pourra se considérer comme de petites rock stars avec un million, ce n’est pas dégueu.

Luka : Après, quand il y aura soixante mille personnes qui nous attendent au Stade de France, là on dira peut-être… (rire)

John : Je ne sais pas. Être la tête d’affiche d’un gros festival style Rock en Seine. En étant tête d’affiche, tu sais que tu as pris ton envol.

Jack : Oui, tu sais que t’as marqué des points là.

  • Auriez-vous un artiste/groupe avec qui vous aimeriez bien faire un featuring ?

Jack : Pas du tout.

John : On n’y a pas réfléchi. Avec qui on pourrait faire un featuring ? Ce n’est pas forcément les gens qu’on aime bien, mais des groupes. C’est compliqué de se retrouver avec huit grattes. Il nous faudrait juste un chanteur solo ou Ibrahim Maalouf qui vient faire un peu de trompettes sur un morceau.

Jack : Quelqu’un qui viendrait jouer du sitar. Mais qui personnellement ? Je ne sais pas.

  • Quel est le groupe qui vous a donné la plus grosse claque lors de votre tournée et sur lequel vous nous conseilleriez de nous pencher ?

John : Qu’on a rencontré ? Moi je ne dirais pas pendant la tournée, mais MMNQNS qu’on a rencontré quelques mois avant. Moi je répète toujours que MNNQNS ça déchire !

Jack : On les a vus à Angers en mars avant qu’ils n’explosent. Eux, pour moi, c’est le rock français d’aujourd’hui.

  • Est-ce que vous allez vous présenter vous aussi au tremplin Ricard Live Music qui a été remporté par les MNNQNS cette année ?

John : Ouais, on y pense !


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Parce que notoriété ne rime pas forcément avec qualité. J’aime particulièrement découvrir l’humain derrière la musique.

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