[LP] Lissom – Lissom

Sur ce fond d’ocre que chaque matin envierait, Lissom se dévoile comme ce dernier : à tâtons, il prend le temps d’émerger, digne conquérant d’une beauté à faire pâlir tous les tableaux de Friedrich. Il assume son statut de grand romantique, ses éclatantes mièvreries aussi, ne se cache pas derrière x fioritures ou effets poussifs. Brut, fragile et poétique, l’album éponyme marquant la collaboration entre le producteur/chanteur britannique Ed Tullett et le pianiste/compositeur français Julien Marchal file tranquille sur les rives toujours plus intenses du spleen.

Nous entendons dans « Lissom » la houle des tambours. Un remous de notes qui ricochent encore et encore. Cette particularité à cœur ouvert est celle du pianiste Julien Marchal, qui avait déjà fait des émules avec sa série de compositions pianistiques « Insight ». Des sonorités épurées, calmes, presque liquides, composaient sa manière d’éventrer son piano pour en enregistrer le mécanisme interne, comme organique, quand de l’autre côté Ed Tullett faisait trembler une tout autre corde. Le falsetto dithyrambique du Britannique a déjà fait ses preuves sur des albums solos, mais aussi et surtout aux côtés de son ami et autre rossignol, Novo Amor, avec lequel il a sorti le somptueux « Heiress ». Le tout accompagné de cordes frottées habitées et dithyrambiques : l’agrément qui enrobe tout le poids précieux de l’album et dont « Mascaron » en est la quintessence.

Ni plus ni moins dévoilé par surprise, à défaut d’être retrouvé aux oubliettes, Lissom reprend la lancée musicale de ses auteurs, la signature lumineuse, légère et sombre de leurs précédents travaux. L’épure et la douceur des notes, avec la voix fragile et cristalline de chaque morceau, convergent vers un même sentiment transi, irrévocablement céleste et stagnant dans une éclatante plénitude. Par définition, « lissom » signifie quelque chose de flexible et souple, presque malléable : dans ce paysage musical, ce mot se jouxte parfaitement avec l’ambiance contemplative et mélancolique des huit scènes établies. Car outre l’agencement chatoyant des pistes, une noirceur s’invite aussi dans leurs paroles. Dès « Limbo », il est question de céder sa place à la mort et aux fantômes qui nous hantent. Et ainsi plus de tourments dans la suite, où la culpabilité, la légitimité, le deuil et les bris de cœur prennent place et interrogent également sur la place de l’artiste dans la création.

Julien Marchal (crédit : David Bross) et Ed Tullett

Le spleen dans tous ses états, tous ses extrêmes, que nous prenons avec splendeur, mais qui s’avère dans le fond si peu reluisant. Un branlement de combat interne, des envolées de notes en courbes solubles, une mise au point triste et élégiaque. « Lissom » est une pure ascension qui peut suivre toutes les aubes du monde.

« Lissom » de Lissom est disponible depuis le 22 août 2018 chez Whales Records.


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chroniqueur mélomane, amoureux des échanges créés autour de la musique indépendante

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