[Live] Rock en Seine 2018

Noname, First Aid Kit, Parcels et Anna Calvi

C’est l’heure du bilan après cette nouvelle édition du festival Rock en Seine dans le Domaine de Saint-Cloud. Voici nos coups de cœur dans cette nouvelle version du festival, qui contrairement aux apparences, ne laisse pas toute la place au rap : si on a été en effet séduit par le hip-hop de Noname, on a également eu une dose salvatrice d’esprit punk avec Idles, d’ambiance dance avec Confidence Man, de soirée disco avec Parcels ou de délire psyché avec King Gizzard & The Lizard Wizard.

Idles – crédit : Cédric Oberlin

Noname, First Aid Kit, Parcels et Anna Calvi

Parmi les premières à monter sur la scène du Bosquet pour cette édition, l’Américaine Noname s’impose quasi directement comme l’une des belles surprises du festival. Hyper sereine derrière son micro malgré ses 26 ans, la jeune artiste propose un hip-hop à l’ancienne, revendicatif, mais également porté par une instru live classieuse : au diable les platines et autres boîtes à rythmes, Fatimah Warner de son vrai prénom s’entoure d’un band plutôt jazzy. Son flow, entre rap et spoken word, épouse ainsi parfaitement la rythmique de ses partenaires qui jouent de la batterie, de la guitare et de la basse pour mettre en scène sa première mixtape « Telefone », sortie en 2016 ou son album à venir « Room 25 ». Native de Chicago, à l’instar de Chance The Rapper, Noname se livre pleinement sur des textes introspectifs avec une folle générosité, mais face à un public dont elle attendait peut-être un peu trop : elle l’interpelle sans cesse pour qu’il lui donne plus d’énergie, et qu’il « danse pour elle » sans vraiment parvenir à le sortir de sa torpeur. Les quelques festivaliers qui se plient à ses revendications obtiennent ainsi presque un cri de hourra de l’interprète qui a fait preuve d’une grande simplicité et d’un charisme évident.

Propulsées sur la Grande Scène, les Suédoises de First Aid Kit ont été parfaitement au rendez-vous de l’évènement. Celles qu’on est habitué de voir chanter en version acoustique dans les petites salles parisiennes ont sereinement apprivoisé le vaste espace et porté leurs sublimes harmonies vocales sur les compositions de leur nouvel album « Ruins ». Les prêtresses folk ont même osé glisser une partition en mode quasi unplugged en regroupant tout le band derrière un seul micro devant un public respectueux. Les derniers singles « Rebel Heart » et « Fireworks » ont ainsi diffusé les bonnes ondes d’une musique qu’elles font tendre vers un brin moins de mélancolie, à la recherche de sonorités plus country. La prestance gracieuse des deux sœurs, bien aidées par les sublimes tubes de « Stay Gold », a permis une communion d’une ampleur encore inédite pour elles en France. Le tandem nordique démontre qu’il a bien franchi une étape en 2014 avec ce même disque aux accents lui plus celtiques, et qu’il peut maintenant se laisser porter par des ambitions encore plus grandes, en direction d’un nouveau public.

À quelques semaines de la sortie de leur premier album, les Australiens de Parcels sont venus confirmer toutes les attentes. Leur nu-disco a parfaitement animé la fosse de la Cascade, où la formation s’impose déjà en alignant les tubes dansants et vintages empruntés au génial EP « Hideout ». La renommée du groupe et la hype qui l’entoure surprennent quand on sait que seule cette poignée de sucreries studio est vraiment connue des fans. Ils ont été les premiers étonnés par la réaction électrique du public à en juger par les sourires incrédules des différents membres de la formation, qui s’est alors vite employée à rendre la performance d’autant plus épique. Il s’agit donc pour eux d’un début tonitruant en France à l’image de celui leurs cousins anglais de Jungle il y a quatre ans, et référence certaine des quelques nouveaux titres glissés dans la setlist pour pimenter la performance. Leur tout dernier single planant « Bemyself » emporte ainsi de nombreux suffrages, mais, à l’applaudimètre, c’est la collaboration jouissive avec Daft Punk « Overnight » qui embarque le plus de monde sur le dancefloor à la fin du show. Aucun doute que les refrains catchy de ces nouveaux Bee Gees, délocalisés à Berlin depuis quelques années, ne soient restés dans la tête de tous les festivaliers présents.

On avait laissé Anna Calvi sur scène à Paris il y a de longues années un été au Festival Days Off. La voilà de retour, quelques jours à peine avant la sortie de son troisième long-format, avec une question sur le bout des lèvres : que nous réserve-t-elle après cette absence ? Rassurés et séduits, les spectateurs de la Cascade ont découvert une rockeuse devenue brune et même plutôt badass. L’Anglaise s’assume de plus en plus guitare à la main et paraît toujours plus expressive sur scène : elle théâtralise sa performance telle une Annie Clarke et dévoile une belle volée de morceaux lyriques et puissants qui explorent la question du genre et de la sexualité. Une petite claque que justifie à lui seul « Hunter », nouveau single où c’est elle qui joue la chasseresse, comme prise d’une furie rock qui la libère de sa froideur passée. La setlist permet aussi quelques retours à des titres plus anciens et torturés, ce qui donne à l’artiste des couleurs de plus en plus variées, grandissant ainsi, disque après disque, pour notre plus grand bonheur.

Journaliste indépendant, chroniqueur passionné par toutes les scènes indés et féru de concerts parisiens

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