[Live] Juliette Armanet et Moodoïd aux Nuits de Fourvière

Pour cette édition 2018 des Nuits de Fourvière, le mythique festival qui a lieu tous les étés de juin à fin juillet dans les amphithéâtres romains de Fourvière sur les hauteurs de Lyon, nous avons la chance d’assister à une bonne dizaine de concerts. Le 20 juin dernier, c’était la sensation féminine de la nouvelle chanson française, Juliette Armanet, qui se produisait dans les théâtres romains.

Juliette Armanet – crédit : Fred Lombard

Avant que le phénomène pop et chanson française, Juliette Armanet ne s’empare avec fougue et panache de la scène, les enfants terribles de la pop rétro et psyché Moodoïd ouvraient la soirée pour défendre leur deuxième album paru plus tôt cette année, « Cité champagne ». Là où le premier opus, « Le Monde Möö » explorait de façon luxuriante la pop psychédélique la plus barrée et la plus vertigineuse qu’un groupe français ait produite depuis longtemps, ce deuxième album s’insère quant à lui dans la mode pour l’instant indétrônable de la pop rétro aux forts relents disco, soit une mise en bouche idéale pour le concert de miss Armanet. Malheureusement, le public amorphe, sans doute venu uniquement sur le nom de la jeune chanteuse, ne réagit que très peu à la pop sucrée et funky des Français, pour l’occasion présentée dans une nouvelle formule sur scène plaçant l’accent sur des choristes – magnifiques – toutes d’or vêtues. À tel point que l’auteur de ces lignes, ayant pourtant raté les premiers morceaux du concert, reçoit lorsque Moodoïd opte pour des chansons de leur premier et génial EP de 2013, un texto d’un ami placé en gradins et qui dit en substance « Tu es le seul à danser dans la fosse ! » : ambiance.

Pourtant, difficile de résister au voyage stellaire et sous influence de « Je suis la Montagne » ou à la frénésie bollywoodienne bariolée « De folie pure », qui devient sous nos yeux une jam mutante funky qui réussit au passage tout ce qu’a raté l’année passée Foxygen avec son dernier album. Le clou du spectacle de cette excellente entrée en matière est atteint lorsque le groupe, emmené par Pablo Padovani, convie le père de ce dernier, Jean-Marc, un illustre saxophoniste de jazz, pour jammer avec eux sur les morceaux restants de leur set, parmi lesquels la reprise très disco-funk du classique d’Yves Simon, « Au pays des merveilles de Juliet ». Si le public, un peu plus enthousiaste à la fin qu’au début, ne semble goûter que très peu à ce pourtant irrésistible torrent de fièvre musicale délurée, on vous assure que c’était top. Dommage pour l’ambiance, et pour le peu de morceaux des deux premiers disques, dont nous sont personnellement plus clients que des deux derniers, un peu trop sages à notre goût.

Mais voici donc que Juliette Armanet, ses musiciens, son piano et sa combinaison lamée argentée de l’espace débarquent à la nuit tombée devant un public conquis d’avance et très compact. Le succès monumental de son premier album « Petite amie », paru en 2017 et ressorti dans une version augmentée récemment, lui aura valu la tournée des grands-ducs : une tête d’affiche dans la plupart des gros festivals estivaux français et une cohorte de fans qui renouvellent considérablement la démographie des publics de concerts – on aura d’ailleurs rarement vu autant de femmes dans une fosse qu’à son concert de We Love Green cette année – lui assurent une Victoire de la Musique et une place spéciale dans le cœur de pas mal de Français qui s’intéressent aux nouvelles scènes. Et si nous ne sommes pas nous-mêmes les plus grands fans sur disque, force est de constater que l’écrin luxueux et nocturne des Nuits de Fourvière rehausse parfaitement son show bien réglé, quelque part entre Véronique Sanson, Catherine Lara, Elton John et Supertramp. Les textes sont vifs, les arrangements plutôt jolis et la voix souvent très en place. Les passages les plus dans le vent, très disco, font mouche auprès du public, qui connaît tous les tubes par cœur, « L’indien » ou « À la folie » en tête.

Spectacle gentiment déréglé aussi, puisqu’au moment – désormais attendu – d’inviter un des Alexandre du public pour chanter avec elle la chanson portant ce prénom, ce qui initialement était parfaitement prévu se voit vite rattraper par les aléas d’un public, d’une rencontre, et l’alchimie visible et très attendrissante entre le bel Alexandre du soir et une Juliette Armanet un brin friponne et très troublée fonctionne à merveille. Tant et si bien que quelques minutes plus tard, elle se révèle incapable de finir de chanter « Sous la pluie » jusqu’au bout, semblant complètement perdue et un peu tétanisée aussi. Elle promet de la rejouer à la fin, mais prise par le temps, elle ne le pourra vraisemblablement pas. Ce n’est pas grave, puisqu’elle se remet vite de ses émotions et nous en colle en retour une sacrée, d’émotion, au moment d’interpréter, seule sur scène avec son piano, la bouleversante « L’accident », sans doute sa plus belle et poignante chanson à ce jour. Un concert dont elle nous informe qu’il était sujet d’une captation, ce qui explique aussi sans doute une part de sa nervosité attendrissante. On a hâte de voir ce que cela va donner.


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cinéphile lyonnais passionné de musique

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