[Live] Solidays 2018

Pour ses 20 ans, Solidays s’était drapé de ses plus beaux atours, les places étaient sold out depuis plusieurs semaines, l’affiche était un savant cocktail de vedettes populaires et d’incontournables indés, agrémenté de quelques éventuelles surprises pour relever le tout. Tout nous aurait paru impeccable si seulement l’ambiance avait été un brin plus… électrique.

Shame – crédit : Pauline Montel

Trois jeunes rappeurs belges et une horde d’adolescents fougueux connaissant chaque texte sur le bout des doigts donnent le ton de cette vingtième édition de Solidays. Primero, Loxley et Swing commencent de façon offensive en interprétant d’entrée de jeu « Apollo » bientôt suivi par « Met la Gomme » et deux inédits issus du futur projet « Sapiens » à paraître en octobre prochain. Le bonheur communicatif de L’Or Du Commun est agréable, donnant au concert un aspect bon enfant, le public aussi nous fait sourire. Avec sa moyenne d’âge de dix-sept ans et ses tenues étudiées dans le moindre détail pour obtenir cet effet négligé mais propre, juste ce qu’il faut de singulier pour se distinguer de la norme sans trop s’en éloigner, la foule tente de pogoter, et ce qui se voulait être énervé n’est en réalité qu’un joyeux désordre sautant, de quoi exaspérer un puriste de l’art.

Si Indochine rencontrait Alice et Moi et se parfumait d’un spleen innocent, alors naîtrait une potentielle réplique de Requin Chagrin. La dream pop des Français est charmante, belle et estivale quoique légèrement répétitive et après quelques morceaux nous ne portons plus de réel intérêt aux titres à part entière, mais voyons ce concert, dernier de la tournée, comme une seule et même chanson, un « Grand Voyage » (dernier morceau de la setlist).

Seul un groupe britannique aurait pu nous extraire de l’ambiance (trop) sage et propre de ce début de festival. Chose faite avec Shame ! Enfin… avec le groupe, mais sans son public. Effectivement peu de spectateurs se sont aventurés jusqu’à la scène Domino pour acclamer les quatre Britanniques qui ne boudent pas leur plaisir de jouer à Paris. À peine monté sur scène, Charlie Steen enlève son t-shirt et se jette à corps perdu dans la foule clairsemée. Les trois premiers rangs pogotent sans ménagement, les bières volent, les guitaristes ont un sourire en coin, ce n’est sans doute pas leur concert français le plus ardent, mais le public majoritairement composé de curieux les accueille avec joie. Les Londoniens nous gratifient même d’un morceau inédit, sans titre pour l’instant.

« Des mots crus », « des paroles coup de poing », « une claque inattendue », voici à peu près les impressions générales (et préfabriquées) qui se dégagent de la masse agglutinée devant Eddy de Pretto. Accompagné par un batteur, l’homme semble d’abord minuscule sur scène, puis rapidement sa présence envahit l’espace et sa nonchalance dompte un auditoire pantois. À la manière de Juliette Armanet ou Tim Dup, Eddy de Pretto est un artiste sorti de nulle part avec de belles mélodies et des textes poétiques, mis en avant par une industrie musicale cherchant à (re)trouver des terrains délaissés. Et ça fonctionne. Le public est intergénérationnel, parfois peu sensible à la variété. Mais avec son flow et sa prestation impeccablement chorégraphiés, l’auteur et interprète du désormais célèbre « Kid » sait secouer et conduire « le grand public » vers des cavités plus indées sans trop l’extraire de sa zone de confort qu’est l’avis populaire.

Alors que la majorité des festivaliers sont soudainement animés d’une énergie les poussant à courir vers la scène Paris pour espérer apercevoir Nekfeu, nous nous dirigeons tranquillement vers le concert de Nasser. Trois silhouettes sombres se détachent sur un fond rouge, la formation marseillaise interprète de nouveaux morceaux tirés de « The Outcome » et d’anciens, plus connus. Le show est hypnotique, les projections se marient à merveille aux mélodies entêtantes, elles vous agrippent les tripes et vous poussent à vous mouvoir presque inconsciemment. Les musiciens sont habités par leur musique et donnent l’impression de créer le set de toute pièce en direct. Nous ressortons de là sonnés, convaincus d’avoir vécu un voyage, plus qu’un concert, unique et inégalable.

Aujourd’hui seule sur scène et équipée d’une zappette permettant de contrôler sa boîte à rythme à distance, Jain a des faux airs de superhéroïne. Ravie d’applaudir à nouveau la pop sucrée de l’auteure de « Makeba », la foule s’est compactée devant la scène si bien que le seul espace disponible pour respirer et bouger sans ne gêner personne est derrière la régie. Certes nous ne voyons rien, mais le son nous suffit. Le concert est agréable, pas très surprenant – surtout après Nasser – mais les nouveaux titres, moins exposés, ont le don de satisfaire les festivaliers, bière en main.

crédit : Pauline Montel

Pas de bonsoir, mais le vif et efficace « Écoutez-moi » résonne. Il est une heure, l’ambiance est moite, pailletée et les clubbeurs se serrent pour entrevoir ne serait-ce qu’un membre de Bagarre. Eux qui jouaient en 2016 tôt dans l’après-midi devant un public bon enfant, ne cessent d’attirer aujourd’hui un public toujours plus amoureux des mélodies soutenues et de paroles pleines d’assonances, où chaque mot est à sa place. Les spectateurs perdent littéralement leur souffle, car chanter, sauter, porter les slamers et danser sur chaque morceau tout en prenant soin de son verre relève de l’exploit. Les cinq Parisiens s’échangent les rôles, Mus interprète avec délicatesse « Miroir » tandis que « Diamant » et « Béton Armé » déchaînent les passions. Ce soir, nous serons certes morts au club et serons rentrés tant bien que mal, mais nous n’aurons pas dansé seuls.

Le samedi s’annonçait être la journée la plus paisible du festival, nous pensions commencer en douceur aux côtés de Her, nous avions négligé la taille du public que le groupe attire. L’intro soul de « We Choose » ouvre le set bientôt suivi par « Neighborhood » et « Icarus ». Derrière le sourire des musiciens, nous sentons que tout est réglé au moindre détail, rien n’est laissé au hasard, cette recherche de la perfection se ressent même dans les costumes impeccablement repassés. Her réussit le pari de proposer une interprétation vivante de ses titres sans ne jamais ouvrir de brèche à l’improvisation. Le concert est à fleur de peau, il navigue de façon déterminée entre émoi et finalement félicité. Dès que nous nous éloignons de la scène, les sentiments se dispersent calmement, avec volupté.

Financé avec la participation du public, Mademoiselle K a pu nous offrir un superbe cinquième album, « Sous les brûlures l’incandescence intacte ». Avec son rock brut et son franc-parler, la jeune femme attire instinctivement l’attention. Ici se marient élocution de titi et poème d’Hugo, maîtrise absolue de la guitare et aura de bête de scène, morceaux en français et en anglais. Bien sûr les titres phares « Ça me vexe » et « R U Swiming » resserrent les rangs, mais les dernières pépites n’ont rien à leur envié tant la plume et l’interprétation sont rugueuses, sincères.

Nous continuons notre soirée devant Django Django. Le tournant un brin électro engagé par le groupe n’est pas sans rappeler les Doors et Temples. Les Anglais ne sont pas très communicants, cela ne serait qu’une futilité, leur musique vit seule et circule entre les auditeurs. Même l’interprétation de « Surface to Air », sans Self Esteem, est géniale. Les Britanniques nous ont définitivement conquis.

Le concert de Shaka Ponk aurait presque été agréable si cette terrible reprise de « Smell Like Teen Spirit » mielleuse à souhait, théâtrale et pompeuse, n’avait pas été entonnée. Nous préférons fuir le festival quelque temps après Chinese Man, David Guetta a cette année décidé de s’attaquer à « Seven Nation Army », autant vous dire qu’un stade de supporters de foot aurait au moins l’avantage d’être plus chaleureux et ne lancerait pas d’intempestifs « Est-ce que vous êtes chauds ce soir ? ». Nous n’étions pas venus assister à une pâle copie du chauffeur d’ambiance du camping du coin.

Telle une reine, Faty s’avance à pas feutrés (et dorés) sur la scène. Très complémentaire avec les autres musiciens de Tshegue, la leadeuse semble vite prise par une transe contagieuse. Parfois son regard dompte la foule, parfois il se perd dans les boucles des percussions. Sa voix grave, décidée enrichit considérablement cet afropunk percutant, à la fois guerrier, triomphant et pourtant généreux.

Après nous être régalés de la gourmandise Polo & Pan et leur exquis sample de « Sirba » (Vladimir Cosma), nous nous engageons d’un pas hésitant vers Thérapie Taxi et son interminable parterre de fans. En l’espace de quelques mois, le trio a rencontré un succès inattendu, si bien qu’il se retrouve booké sur des scènes maintenant trop petites. Les paroles gentiment mordantes sont religieusement chantées par la horde de jeunes spectateurs agglutinés devant Adélaïde et Raph. Chaque morceau est ponctué par les cris aigus des premiers rangs, qui s’intensifient lorsqu’une femme embrasse le chanteur, et finalement couvrent la sono ne nous permettant pas de ne saisir ne serait-ce que quelques bribes de « Hit Sale » et « Salope ».

Dès les premières notes de « Julia », Jungle annonce la couleur : le concert sera onirique et vaporeux. Si le concert est paisible, il n’est pas soporifique, au contraire les délicates harmonies du groupe sont captivantes, les musiciens n’ont pas besoin de bouger dans tous les sens pour mettre leurs titres en avant. Le nouvel album n’est pas encore paru, mais les quelques nouveautés se fondent à merveille dans l’ambiance perfectionniste, mais décomplexée du set, nous remarquerons notamment l’impeccable enchaînement de « Happy Man » et « Platoon ». Un rêve éveillé.

Un public épars, pour ne pas dire vide, et deux rockers à l’allure la plus distinguée et rock’n’roll qu’il soit. Ceci pourrait être un court résumé du concert de The Kills. Nous sommes de prime abord étonnés par le peu de spectateurs, mais à l’entrée d’Alison Mosshart et Jamie Hince, tous nos doutes s’évaporent, peu importe la taille de la foule devant le duo américain, ils sont géniaux. Tandis qu’Alison Mosshart tourne en rond avec son aura de louve, le regard malicieux, Jamie Hince semble inatteignable sous ses lunettes de soleil et ses mocassins blancs. Les irrésistibles « Doing It to Death » et « Black Baloon» provoquent du remous dans les premiers rangs, mais c’est la reprise de Saul Williams, « List of Demands (Reparations) », qui retient le plus notre attention. Le nouveau titre ne perd rien de son intensité en live, son aspect dépouillé, brut, s’affirme comme le parfait lien entre « Heart of a Dog » et « Pots and Pans ».

Nous terminons notre journée près du tubesque concert de Two Door Cinema Club. Le dimanche reste la meilleure journée de cette vingtième édition de Solidays, l’affiche certes intéressante et diversifiée n’était pas véritablement à la hauteur de nos attentes, mais peut être sommes-nous trop exigeants. Nous retiendrons l’intelligente idée des courtes interventions de sensibilisation avant chaque concert, que ce soit sur la précarisation des travailleurs du sexe ou les conditions d’accès au soin pour les migrants. La place de la lutte politique contre le sida est toujours centrale et abordée de la meilleure de façon pour que chaque festivalier se sente concerné.


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Étudiante passionnée par la création musicale et les beaux textes.

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