[LP] Bertrand Betsch – Tout Doux

Bertrand Betsch est donc toujours là, fidèle au poste, délivrant avec toujours autant d’envie, d’admirables chansons à la sensibilité particulièrement touchante. Fier d’un nouvel album tout simplement délicieux, notre homme dévoile, en substance, de nouvelles facettes de son univers, autant animé par la fraîcheur du débutant que par la sagesse de l’expérience. Acteur malgré lui d’un mouvement, qui au cœur des années 90, avait insufflé un vent de liberté dans l’exercice d’une chanson française moribonde et boursouflée, l’artiste assume aujourd’hui pleinement des valeurs communes, avec des figures telles que celles d’Alain Souchon ou de Mathieu Boogaerts.

Au-delà des comparaisons que notre musicien a peut-être toujours portées comme un fardeau, il est nécessaire de faire abstraction de ce jeu médiatique pervers, pour ouvrir avec la candeur nécessaire nos oreilles, et nous laisser porter par cette œuvre pleine de charme, d’intelligence et surtout de vie. Bertrand Betsch souffre certainement du syndrome de certains sportifs français, qui dans l’ombre des plus grands tennismen de tous les temps ou des leaders en jaune du Tour de France, n’accèdent jamais à cette reconnaissance qui, pourtant, est à portée de main. Notre homme a ainsi toujours choisi de se concentrer sur l’essentiel, à défaut de cultiver son personnage et de minauder dans les émissions, en créant des albums entiers, denses et vraiment très personnels, qui s’inscrivent dans le temps. Lorsque nous plongeons aujourd’hui dans sa discographie, force est de constater qu’elle impressionne par sa justesse, sa cohérence, sa continuité. « Tout Doux » répond ainsi avec brio, par effet de miroir à son frère jumeau, « La chaleur humaine » (sorti en 2006 chez PIAS).

Que dire d’un morceau aussi fin et immédiat que « Ça vaut la peine », qui porte en lui toute la générosité et la malice de ce grand format. Un album dont la beauté se révèle dans son indéniable savoir-faire artisanal, et par extension par les vertus de petits joyaux comme « Le vide en soi ». Il est parcouru d’une vérité bluffante, qui résulte d’un face à face sans filet de l’artiste avec sa matière littéraire, avec ses instruments, avec ses douces mélodies, avec ses sentiments. Qu’il soit léger ou plus mélancolique comme sur « La beauté n’est pas pour tous », Bertrand Betsch trouve toujours au coin d’une rime, d’un arpège, cette lumière, cette humanité, qui le protège des excès et de l’emphase de certains de ces contemporains. « L’alibi » n’a pas besoin de plus de deux minutes, et d’autre chose que ce piano sans artifice, pour créer l’émotion. Après une telle mise en bouche, nous voilà prêts, pour nous laisser submerger par « Le creux et le plein » et son humeur electronica bricolo-bricolée tout simplement géniale.

Le tracklisting est une succession de surprise, qui nous rappelle à juste titre que la musique peut rester ce formidable terrain où de grands enfants choisissent de continuer à s’amuser, même après tant d’années. Ainsi Bertrand Betsch est proche de l’attitude décomplexée et joueuse d’un KIM ou encore d’un Jérôme Minière. Et même s’il n’est pas (c’est une certitude !) Lee Scratch Perry, il ose la voie du dub, pour donner de l’air et de l’espace au propos de « La Chamaille ». « Tout doux » se termine ensuite en toute simplicité sur « Tromperie ». Le temps est passé à une vitesse folle, des images et des sentiments très variés se seront succédés, télescopés dans notre tête, porteurs d’un plaisir renforcé au fur et à mesure des écoutes, faisant de « Tout Doux » un désormais fidèle compagnon de voyage, aussi modeste qu’incontournable.

crédit : François Nagir

« Tout Doux » de Bertrand Betsch est disponible depuis le 25 mai 2018 chez Microcultures.


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