[Live] Download Festival Paris 2018, jour 3

Peu de groupes à l’affiche en ce dimanche collent véritablement à l’image que l’on se fait d’une programmation metal. Pourtant cette journée fut bien, pour nous, la plus enthousiasmante du Download Festival Paris, édition 2018.

Frank Carter & the Rattlesnakes – crédit : Cédric Oberlin

À pas même vingt ans, les membres de Starcrawler ont signé chez Rough Trade et sorti un premier album éponyme stupéfiant. Nous aurions pu penser qu’étant programmés assez tôt, 14h, le groupe n’offrirait pas un concert à la hauteur de l’opus. Ç’aurait été négliger l’énergie qui l’anime. Tout juste montée sur scène, Arrow de Wilde, la leadeuse, se fond intégralement dans ses multiples personnages de scène, inspirée par ses lectures sur les troubles mentaux. Rien n’est risible, la prestation est menaçante, parfois inconfortable, presque cinématographique. Tandis que le bassiste affiche une moue imperturbable, le guitariste sourit aux photographes et prête sa guitare à un enfant, d’abord impressionné par l’instrument puis confiant. La prestation est certes fulgurante, mais les nombreuses pépites du groupe sont interprétées, du hit « I Love L.A » à « Train » sans oublier « Chicken Woman », et attirent les festivaliers peu familiers au groupe.

La dernière fois que nous avions acclamé The Struts, ils étaient programmés sur la plus petite scène du Download. Aujourd’hui, « Put Your Hands Up » résonne sur la Main Stage 2 et Luke Spiller, toujours aussi flamboyant et charismatique, séduit instantanément la foule plutôt disparate au début. La setlist n’est composée que de tubes en puissance, tous terriblement entraînants, les Anglais gratifient même le public de deux nouveaux morceaux issus de l’album à venir, « Fire » et « Body Talk ». Pour marquer les esprits, le frontman n’hésite pas à faire participer les spectateurs et les dompte mieux que quiconque, ils sont ravis de chanter et frapper des mains, et promettent au groupe de les saluer à nouveau si un prochain concert parisien se profile. Le concert se conclut assez vite sur « Where Did She Go », non sans oublier de rouler les « r ».  The Struts sont effectivement toujours méconnus en Europe, nous serions pourtant d’avis de parier sur leur succès prochain (« Pu Your Money on Me » chantent-ils).

Moins énervé que « My Love Is Cool », « Visions of a Life » est le second album de Wolf Alice et compose en grande partie le concert. L’ambiance est détendue, éthérée, idéale pour rêvasser. « Yuk Foo » et « Giant Peach » nous relèvent de la douce léthargie vers laquelle nous glissons et tranquillement nous nous en allons rejoindre les Suédois de Royal Republic histoire de se remettre les idées en place.

Voilà deux ans que les Suédois tournent pour défendre « Weekend Man », leur troisième opus, et semblent à peine éreintés comme en témoigne ce concert survolté. Vêtus de superbes vestes dorées les quatre rockers font danser sans la moindre trêve, les metalleux d’île de France ravis d’entendre résonner les premières notes du rutilant « When I See You Dance With Another ». Après avoir rejoint Per Andreasson à la batterie, Adam Grahn entonne « Make Love Not War » et prie l’auditoire de ne pas faire la guerre, ou alors de prendre soin à faire l’amour au milieu. « Addictive » est acoustique, l’humour délicat du groupe étant ainsi mis en lumière, mais le concert atteint son Zénith par l’enchaînement de « Baby », « Tommy-Gun » et la courte reprise de « Battery » (Metallica). Le moindre morceau est impeccablement chorégraphié et si le groupe n’a pas de riff heavy, il se dégage de la scène une énergie très lourde, assez proche de celle de The Hives.

Slaves ou Frank Carter & The Rattlesnakes ? Le choix s’annonce cornélien, mais nous décidons d’aller jeter un œil, sans mauvais jeu de mots, au tatoueur du Hertfordshire.  « Juggernaut » ne fait qu’office de préambule à la folie à venir, saine folie cependant, Frank Carter prenant toujours la peine de rappeler qu’aider une personne tombée lors du pit est un devoir. Chaque morceau est un motif idéal pour sauter, « Wild Flower » est dédié aux femmes, seules autorisées à slamer, et un superbe circle pit s’organise sur « Jackals ». Les musiciens sont surpris d’un tel engouement de la part du public, une véritable communion entre la scène et la fosse s’opère. Chacun exulte sur le riff lourd de « Devil Inside of Me », Frank Carter est plus fébrile qu’une pile électrique et termine son concert en hurlant sa colère via « I Hate You », sans oublier d’ajouter que nous sommes tous haïs par un tiers. L’ère du dandy tatoué est définitivement engagée, Frank Carter et ses serpents à sonnettes en son les très distingués leaders.

The Hives sont de retour et ont bien l’attention de l’affirmer. Les cinq Suédois frappent fort en débutant par « Come On » et « Walk Idiot », les bases du concert sont posées : nous ne nous reposerons pas un instant. Per Almqvist est vif et nerveux, n’hésitant pas à rapidement se joindre au public, il se promène sur les épaules, d’un spectateur, micro en main. Si sa prétention peut agacer, son salut au « président de la France » fera rire (et grincer des dents). La prestation est survoltée, les musiciens semblent animés par une force surhumaine tant l’énergie déployée est intense. L’unique bémol réside dans « Tick Tick Boom », à trop vouloir faire durer le morceau le chanteur perd l’attention du public et ce qui devait être une brûlante impatience se transforme en lassitude et gâche la fin du concert.

Quel groupe français débute son show par des wadaiko (tambours japonais), organise d’immenses wall of death, et conclue aux côtés de danseuses brésiliennes ? Mass Hysteria voyons ! Assis, nous observons de loin le splendide spectacle habité de noirceur et de haine, le groupe a beau avoir vingt-cinq de carrière, aucun musicien ne chôme. Au contraire, les Parisiens offrent un concert d’une force rare, jamais dépassée par sa dimension théâtrale.

Nous terminons cette troisième édition du Download parisien devant Dave Grohl et ses fameux Foo Fighters. Nous sommes peu coutumiers au groupe et pas très charmés par le metal populaire de « All My Life » ou « The Pretender » et décidons de battre quelque peu en retrait bien que les nombreux solos de Taylor Hawkins à la batterie fassent tout de même mouche. Après la reprise de « Under My Wheel » d’Alice Cooper et un medley d’entre autres « Imagine », « Another One Bites the Dust » et « Jump », Dave Grohl prend place derrière la batterie laissant Taylor Hawkin convier Luke Spiller pour interpréter ensemble « Under Pressure ».  Le duo est fabuleux, ni vaniteux ni dans la copie conforme de l’original, mais diablement excitant. Quelques jours plus tard, Dave Grohl confiera au NME que The Struts est le meilleur groupe qu’il n’ait jamais eu en première partie.

Riche d’un public grandissant, le Download France s’est à nouveau affirmé comme étant l’évènement rock incontournable d’Île-de-France au début de l’été. Chacun y trouve son compte et si les musiques dites « extrêmes » sont à l’honneur, le rock y est balayé dans son ensemble avec brio.


Retrouvez le Download Festival Paris sur :
Site officielFacebookTwitter

Étudiante passionnée par la création musicale et les beaux textes.

Partager cet article avec un ami