[Live] Download Festival Paris 2018, jour 1

Pour sa troisième édition française, l’imposante caisse enregistreuse – registre « musiques extrêmes » – de Live Nation s’est arrêtée au Plessis-Pâté où les dos brûlés des spectateurs ont fait le bonheur des pharmaciens. Outre son fort aspect économique et son affiche moins fournie que son congénère clissonnais, le célèbre festival british a une fois de plus mis à l’honneur des artistes aussi surprenants que diversifiés, tous visiblement heureux de jouer pour « Paris » et son public de « motherfuckers ».

Ghost – crédit : Cédric Oberlin

Qui de mieux que Billy Talent pour accompagner la bière du quatre-heures ? Sorte de mise en bouche des festivités à venir, les Canadiens déclinent une setlist impeccable à un rythme olympique. Pour le plus grand plaisir des fans, les tubes s’enchaînent de « Vicking Death March » à « Devil on my Shoulder ». La recette est classique : des refrains faciles à chanter, une basse ronronnante, des rythmes pour taper du pied et quelques solos bien rodés de guitares, que l’on oubliera aussi tôt écouté. De sa voix de gorge, Benjamin Kowalewicz s’énerve sur son micro, comme s’il redoutait de perdre l’attention du public, ce dernier n’ayant pourtant pas le temps de s’ennuyer, car trop obnubilé à l’idée de reprendre chaque parole de « Rusted from the Rain » ou encore « Fallen Leaves ». En somme, Billy Talent offre un concert honnête, plus pop rock que punk, révolté juste ce qu’il faut pour recouvrer en douceur la joie du pogo.

L’ère du kepon français façon Fête de l’Huma est dépassée. Vive Pogo Car Crash Control ! L’idée de punk français en français évoque, d’ordinaire, l’image d’un groupe d’anarchistes aux cheveux poivre et sel avec un arrière-goût de tabac à rouler froid. N’en déplaise aux puristes, eux sont jeunes, énervés et souriants. Ils se roulent par terre, tirent la langue, suent. Les paroles de « Consensuel », noyées dans la masse sonore, témoignent de la puissance du groupe, aussi déterminé à servir un set de qualité que Rocky de remporter un ultime combat. Ce n’est pas un simple pogo, mais bien un wall of death qui se déclenche sur « Conseil » avant que le chanteur ne slame et communie avec le public sur le refrain de « Crève ». Nous retrouvons le côté radical, tranchant du punk, des textes violents et soignés, mais jamais cette prétention d’être plus social, plus engagé qu’un autre groupe. Pogo Car Crash Control est là pour faire de la musique : se prendre trop au sérieux serait une perte de temps.

Lorsque Chris McMahon s’excuse, après une entrée remarquable, de son manque d’énergie, on penserait à une blague. Il semble pourtant sincère, nous vous laissons imaginer le degré de dynamisme de Thy Art Is Murder suite à un long repos. Bien que l’on ne saisisse jamais les paroles, normal pour un groupe de deathcore répondrez-vous, une colère pure se dégage de la scène. Nous n’avons rien à ajouter d’autre que secouer vigoureusement sa tête plus d’une demi-heure s’avère par la suite douloureux.

Amis de l’élégance, fuyez ! Nous arrivons haletants au concert des pirates écossais Alestorm et tentons de nous mouvoir dans une foule compacte et décidée à festoyer malgré un son de piètre qualité. Les basses sont trop élevées, la voix de Christopher Bowes trop faible, parfois indissociable des autres instruments. Drôle d’image que de voir un homme crier derrière son micro sans en véhiculer une puissance certaine. Néanmoins, le public rend aux titres leurs forces en scandant, avec ferveur, chaque refrain. Si l’idée d’un rassemblement de piliers de bar levant leurs bières au moindre « drink » prononcé vous effleure, hottez-lui son enveloppe glauque. À l’instar des clips du groupe, l’ambiance est joyeusement païenne. Que Dieu nous garde, l’ensemble de la setlist tourne autour de la molécule d’éthanol, de « Nancy the Tavern Wench » et sa mélodie un brin dramatique à l’évidente reprise de « Hangover » (morceau de l’oubliable Taio Cruz). Même les navires en détresse appellent l’alcool, « The Sunk’n Norwegian ». Tandis qu’un improbable canard en plastique tangue sur la marée humaine, l’incontournable « Drink » et le très distingué « Fucked With an Anchor », issu de la dernière cuvée, concluent cette fantasque orgie musicale.

Notre périple au pays de la discrétion, loin des sentiers battus du blasphème, se poursuit sur la Mainstage 2 en compagnie du Cardinal Copia. Des voix cristallines s’échappent de la cathédrale néo-gothique, revue et corrigée à la gloire de Papa Emeritus, trois guitaristes, deux claviéristes, le bassiste et le batteur entrent sous les applaudissements. Les rangs de Ghost se sont épaissis et les artifices sont plus flamboyants que jamais comme en témoignent les diverses pluies de billets et d’étincelles, parfaits pour habiller la tournure glam-pop entamée par le groupe sur son dernier opus « Prequel ». Bien que « Mummy Dust » ou « Faith » soient encore teintés de heavy metal, certains morceaux récents sont très aseptisés.  Les plus frappants sont « Square Hammer » et « Dance Macabre », certes entraînants, mais d’un kitsch incontestable, sorte de Bon Jovi adouci. L’apparition de Papa Emeritus Zero au saxophone dynamise « Miasma », seul morceau uniquement instrumental du set. À ce moment précis le concert prend tout son intérêt avec l’enchaînement de « Year Zero », « Spöksonat », « He Is » et « Mummy Dust ». L’essence de Ghost, heavy édulcoré aux refrains forts et aux guitares lourdes, repose dans ces quatre morceaux à l’ambiance paradoxalement sombre et universelle. Au moment du rappel, le Cardinal Copia entonne « Monstrance Clock » soutenu par l’ensemble de ses fidèles aux mains levées. Tous communient une dernière fois et célèbrent avec conviction le plaisir féminin.

Concert d’adieu pour Ozzy Osbourne, du moins sur le papier. S’il est moins spectaculaire que ses confrères suédois, le Prince des Ténèbres répond aux attentes du public en interprétant ses nombreux succès, de « Mr.Crowley » à « War Pigs ». Il s’efface cependant quelquepeu derrière Zakk Wylde, son guitariste et célèbre acolyte. Nous ne retiendrons de ce concert que la bonne humeur qui habite l’auditoire et l’ennui exprimé face aux longs solos de Zakk. Finalement l’incontournable « Paranoïd » résonne et si Ozzy Osbourne nous a semblé, tout au long du show, avoir vieilli prématurément, il n’en est plus rien.


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Étudiante passionnée par la création musicale et les beaux textes.

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