[EP] Daphné Swân – Éventail

Avec un réalisme bercé de poésie, d’humour et d’implication personnelle, Daphné Swân signe un premier EP à la fois audacieux et méticuleux, entre constat acide-amer et espoir.

Les chemins que l’on choisit d’emprunter ne mènent, heureusement, pas tous au même endroit. Certains d’entre nous s’égarent, d’autres se soumettent à une destination qui, pourtant, ne leur conviendra pas ou, dans le pire des cas, les empêchera de concrétiser leur rôle dans le marasme ambiant. Daphné Swân vient du droit : de cet univers où la justice ne tient qu’à un fil, où toutes les preuves conduisent parfois à l’erreur ou à la révélation. Mais, en choisissant d’épouser sa musique, la compositrice a compris que l’impact de ses mots tiendrait beaucoup mieux sur les scènes que dans un tribunal. « Éventail », le bien-nommé, déroule ses évidences, ses interrogations et ses conclusions avec une fausse légèreté, s’ancrant beaucoup plus dans l’étude de mœurs que dans le simple plaisir mélomane. Une réflexion à travers l’écoute et l’appropriation.

Dès « 16/9 », Daphné Swân s’inscrit dans une écriture incisive et, cependant, immédiatement passionnante. Jouant de ses origines, de son physique et du regard que le commun des mortels, dans sa grande sagesse, aime résumer selon des critères totalement tendancieux, elle s’affirme, s’épanouit au moyen de genres qu’elle s’approprie en communiquant avec eux, en exploitant le meilleur de l’instrumentation et du verbe. Elle se mue en une observatrice dont l’acuité est aussi bien sensorielle qu’humaine : « La cour des animaux », lente descente vers la bêtise et les opinions faciles et pourtant mortelles, prépare ce que « J’ai décidé » prouve comme la révélation d’une évidence, d’une volonté d’être libre. Cette même liberté que l’on retrouve au cœur du précieux « Puisque c’est ça ! », révolte contre la bienséance et les voies toutes tracées qui emprisonnent l’individu. De même, « Après moi » accepte les conclusions d’une destruction programmée, l’homme nuisant à sa propre descendance et à son fragile bien-être. Mais Daphné Swân est, avant tout, une muse posée sur le fil électrique surplombant une planète complexe, tout en regardant vers le ciel et en espérant des jours meilleurs. Il suffit alors de s’évader, de laisser Bashung murmurer à son oreille une reprise poignante de « Madame rêve », carte de visite incomparable d’une femme désireuse de croire en quelque chose de bon, de généreux.

« Éventail », dessin au fusain de caractères entre souffrance et libération, impose Daphné Swân comme la lectrice assidue d’un environnement qui pourrait, si l’on n’y prend pas garde, s’autodétruire. Mais, plus que tout, elle charrie les idées et les points de vue comme autant de repères dans le vide abyssal d’un progrès réduit à peau de chagrin. Et on se sent revivre, une dernière fois peut-être, mais pleinement.

crédit : Marianne Hell

« Éventail » de Daphné Swân est disponible depuis le 27 avril 2018.


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