[Live] Rosaire et You Said Strange au Bras De Fer

Des pépites se cachent dans les petites salles de concert. Des jeunes groupes y fourbissent leurs armes et donnent le vertige à des spectateurs curieux et avides de nouvelles expériences. Ce soir du 7 juin, au Bras de Fer, Rosaire et You Said Strange ont maîtrisé leur sujet et rendu honneur à leurs excellents albums respectifs.

You Said Strange © Fred Lombard 22
You Said Strange – crédit : Fred Lombard

Défiant les plus ponctuels, les gars de Rosaire amorcent pied au plancher leur set alors que le public est encore clairsemé. Le tout neuf « Crystal Eyes » dans les bagages, les quatre musiciens célèbrent les voyages en des terres sublimées qu’on imagine aisément irriguées par un fleuve mythique : Mississippi. De leur port d’attache (Saint-Brieuc) au Delta, il y a plus d’un pas, mais Louis, Simon, Guirec et Lucas nous embarquent sans mal vers les grands espaces à la recherche du crossroad où Robert Johnson aurait donné son âme au diable.

Pour autant, le groupe ne donne pas dans le blues faussement vintage et poussiéreux. Les accords sont puissants et l’atmosphère s’emplit des mélodies aériennes tirées d’une guitare 12 cordes pendant que basse et batterie nous retiennent au sol tels des lests nous empêchant de dériver. La voix de Louis est sûre et retient l’attention, qu’elle soit douce et posée ou bien rageuse. L’énergie est présente et le flegme des musiciens n’empêche pas la sueur de gagner les visages.

« The Opening » et son duo guitare-voix vite rejoint par une section rythmique à toute épreuve s’inscrit sans faute et pour longtemps dans un coin de notre cerveau. Puis c’est au tour de « Mimi » d’attirer notre oreille. On imagine très vite le potentiel de ce morceau puissant sur les nombreuses scènes que va fouler Rosaire. Le riff est massif et, à l’instar d’autres titres entendus ce soir-là, on imagine la silhouette d’un zeppelin de plomb se dessiner dans l’air. La révérence semble habile (sans être pesante) et Rosaire livre son répertoire au rock’n’roll qui n’en finit pas de nous surprendre. Les années passent, les modes se succèdent, il reste intact et flamboyant, toujours célébré par des jeunes gens avides d’exulter et de danser, le cœur léger, une guitare électrique à portée de main. En bout de course, la solennité des morceaux est débordée par un trop plein de joie tandis que groupe et public se mêlent sur un crescendo final haut en tension.

You Said Strange entame sa performance sur fond d’accords amples et lancinants des guitares tandis que les coups sur les fûts sont justes et souples. Le groupe expose rapidement l’un de ses atouts de taille à travers un chant à deux voix qui donne à l’ensemble une couleur inconnue et irradiante.  Sous le calme apparent, la tension est comme un lion prêt à bondir dans l’arène. Les musiciens prennent un malin plaisir à maintenir la porte fermée sur laquelle la bête se jette pour l’abattre de ses griffes. Mais point de violence et de fracas lorsque l’énergie est libérée. C’est le soleil qui soudain nous éblouit alors que nous prenons de la hauteur au son d’envolées fulgurantes et saturées.

Les transitions sont d’une grande qualité et la prestation parfaitement équilibrée. « Salvation Prayer » est présenté en avant-goût de sa sortie le lendemain et les nouveaux morceaux font tous mouche auprès du public. L’exercice est pourtant délicat. La patience des spectateurs est mise à l’épreuve, mais chacun savoure ces montées à l’issue espérée et pourtant inattendue. « Brain » est absolument remarquable et mérite la reconnaissance du plus grand nombre tant il rend honneur au meilleur du rock psychédélique. Les complaintes accrochent et caressent et les accords sont puissants sans être lourds.

Apothéose du nouveau LP, « The Way to the Holy War (Jesus) » démontre la même fulgurance en réussissant à s’étendre et se distordre, ralentir et accélérer sans jamais ennuyer. L’exploit est de taille. On perçoit comme un clin d’œil à la « Messe pour le temps présent » de Pierre Henry quand la 12 cordes shootée aux effets de ses nombreuses pédales balance des bips rétrofuturistes pendant que les autres instruments se frayent un chemin dans une jungle sonore et moite. Le passage sur scène rend parfaitement compte de la beauté lyrique et ébouriffante de « Salvation Prayer », album monumental que se doivent de découvrir les amateurs de pop sauvage et non formatée.


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Olivier

Accro à toutes les musiques. Son credo : s’autoriser toutes les contradictions en la matière.

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