[Interview] We Are The Line

Alors que « Through The Crack » annonçait la naissance d’un projet s’amusant du mystère, de la noirceur et d’apparences soit dissimulées, soit révélées au grand jour, We Are The Line s’apprête à poursuivre son épopée dans les méandres de l’obscurité et du questionnement de l’identité grâce à « Songs Of Light And Darkness », dont la sortie est prévue pour le 3 juin prochain. À l’occasion de la sortie du premier extrait de ce disque qui, on vous l’assure sans hésitation, n’a pas fini de faire parler de lui, nous nous sommes entretenus avec We Are The Line, ligne fulgurante et symbolique d’une errance humaine en ébullition.

crédit : Hubert Caldagues
  • Que s’est-il passé pour toi entre la sortie de « Through The Crack » et celle de ton nouveau disque, « Songs Of Light And Darkness » ?

Beaucoup de choses. » Through The Crack », du moins sa sortie et la promo qui l’a accompagnée, m’ont procuré pas mal de confiance en moi sur le plan artistique. Nous avons reçu un retour critique assez incroyable, très positif de la part de différentes personnes, professionnels et anonymes, tous précieux pour nous. Tu sais, je n’ai aucune formation musicale donc je ne me sentais pas super légitime, un imposteur en quelque sorte. Ce qui explique en partie le fait que je suis un groupe (rires) ! C’est extrêmement flatteur et encourageant quand on commence à te dire que ta musique fait partir loin, ou évoque tes propres idoles, que tu es un créateur. J’ai eu plusieurs vies, et celle-ci est celle que j’ai toujours eu peur de réellement mettre en place. Alors, pour répondre complètement à ta question, je pense que j’ai eu une sorte de confirmation qu’il fallait que je continue !

  • Comment a été reçu ton premier disque ? Les réponses que tu as pu lire ou entendre t’ont-elles influencé pour la composition du second ?

Extrêmement positivement. Au niveau auquel nous étions au moment où nous avons publié « Through The Crack », le fait d’être déjà disponible sur Spotify, c’était un sacré truc. Puis il y a eu les premières critiques, les premières radios qui passent tes morceaux, les interviews, tous pointant assez unanimement la qualité, l’ambiance oppressante et aussi les influences, bref tout ce que nous avions cherché à faire (tu as vu, je continue avec le nous, je suis pas totalement guéri (rires) ! ). Cela m’a fatalement donné confiance. Il y a eu aussi quelques critiques que je ne qualifierai pas de négatives, mais des remarques constructives, notamment sur l’aspect influence trop marquée, ou que le projet n’était pas forcément facile d’accès. C’est le genre de choses qu’on sait, qu’on admet et sur lesquelles il faut travailler tout en gardant de la cohérence et de la sincérité. Du coup, j’ai écouté (j’écoute tout en général) et, en lançant la production de « Songs Of Light & Darkness », j’ai fait en sorte d’intégrer ce qui me semblait en phase avec ce que je voulais faire.

  • Le titre de ce second EP fait immanquablement penser à « Songs Of Faith And Devotion » de Depeche Mode ; et on retrouve cette même idée de pousser la création musicale dans une direction très différente de ce à quoi tu nous as habitués. Quels étaient les enjeux de ces nouvelles chansons ? Comment as-tu abordé leur écriture ?

Ah ah, nous y faisons évidemment référence. Pour information, « Songs Of Light & Darkness » était supposé être le titre du premier opus (qui devait être un album). Puis, j’ai eu cette envie de raconter les choses différemment et de construire plus durablement un univers. Ce point n’est pas un détail, car c’est ce qui, aujourd’hui, nous permet d’être cohérent tout en évoluant. C’est l’un des enjeux, je pense, des artistes qui sont dans la même phase que nous, à savoir en développement, avec un début de reconnaissance. Depuis le début, je sais qu’il y aura plusieurs épisodes à toute notre histoire ; d’ailleurs, la plupart des titres sont écrits et au stade de « demo+++ » (à l’exception de « Man Of Misfortune », dont il n’y avait qu’un bout d’instrumental). Ce qui ne peut pas être anticipé, c’est l’accueil ; mais s’il avait été mauvais, je ne suis pas certain que nous parlerions du second. Là, nous avons eu l’inverse et cela m’a porté, donc il y a plus de lâcher prise, d’où l’évolution du son, tout en restant lié au précédent. J’assume.

  • En écoutant le disque, on sent une véritable passion pour les détails, pour des arrangements permettant de consolider l’atmosphère à la fois lumineuse et obscure dans laquelle on pénètre. Le travail en studio a-t-il été difficile ou, au contraire, les idées sont-elles venues naturellement et spontanément ?

Ce sens du détail est, chez moi, essentiel ; là, pour le coup, c’est un trait de ma personnalité. Cela, d’ailleurs, épuise mon entourage. L’enfer est dans les détails et je ne sais pas faire autrement. Je crois personnellement que c’est la seule façon de construire durablement les choses. Et pour ma part, tant que je ne suis pas convaincu, je ne lâche pas et j’ai cette même exigence avec mon travail. Du coup, si tu rajoutes à ceci le fait d’être en confiance, et bien ça donne le fait que tu pousses dans des directions non tentées précédemment par peur, que tu casses des fois complètement un morceau pour qu’il soit plus en phase avec ce que tu as envie de produire, la direction dans laquelle tu veux aller. C’est le cas; par exemple; de « An Hymn For Them All ». C’est incontestablement plus simple de faire tout ceci qu’au début : c’est comme un muscle, tu l’exerces, il devient plus efficace. Le défi prochain sera d’oser encore plus, dépasser certaines limites.

  • Même si « Songs Of Light And Darkness » reprend là où « Through The Crack » s’est arrêté, on sent une nette différence, une ambition beaucoup plus grande. Ce second chapitre raconte-t-il une histoire en particulier, celle qui suit son prédécesseur ?

Aïe, toujours aussi difficile pour moi de confier ce que j’ai voulu mettre dans les textes, mais sans trop rentrer dans les détails des intentions… Oui, ce second chapitre raconte une histoire en particulier, Là où « Through The Crack » faisait une sorte d’état des lieux, une brèche. Il s’agit aujourd’hui, peut-être, de s’affirmer un peu plus, de choisir, d’assumer, ne pas renoncer, histoire de laisser rentrer un peu plus de lumière. Mais définitivement, nous voulons sortir de l’ombre et nous nous y employons…

  • Le premier extrait du disque, « Darkness Above », laboure sur les terres de l’indus et épouse totalement ce genre, sans pour autant le copier. On connaît déjà tes influences, mais tu parais avoir absorbé et digéré ces dernières pour donner vie à ton propre langage, à tes expérimentations personnelles. Penses-tu que ton écriture ait évolué entre « Through The Crack » et « Songs Of Light And Darkness », et si oui, de quelle manière ?

Pour ce qui concerne l’évolution d’écriture (j’inclus le travail de production dans l’écriture : personnellement, c’est un tout pour moi et c’est aussi lié au fait que j’ai les différentes casquettes), donc concernant cette évolution, je crois que oui, il y a un truc psychologique qui s’est réellement débloqué. Je crois que cela ne touche d’ailleurs pas que l’aspect musical, mais aussi visuel (d’ailleurs, je pars en vrille sur Instagram (rires) ! ). Du coup, j’ose plus pousser dans un sens ; puis, quand je reviens quelques jours après sur le travail effectué, je sens plus rapidement si c’est cohérent. Cela n’empêche en rien que je puisse me planter, bien sûr, mais la direction est plus assumée et, fatalement, plus personnelle.

  • De même, on distingue une certaine déconstruction de la mélodie pour ne conserver que ce qu’il y a de plus abrasif, ce qui valorise encore plus les notes les plus distinctes. Chaque piste est-elle, pour toi, représentative de ce paradoxe lumière/ténèbres ?

Il s’agit bien d’une lutte constante. Et il est vrai que, dans chaque morceau, il y a cette dualité, plus ou moins évidente, le morceau le plus flagrant étant « An Hymn For Them All ». Il y a définitivement une approche plus directe dans cet EP. Toute à l’heure, tu soulignais le sens du détail, des arrangements pour servir une atmosphère ; et bien, je pense que nous sommes bien dans cela, de l’instinct combiné au souci du détail, puis on se réveille avec tout ce boucan.

  • Le disque est aussi, d’une certaine façon, obsessionnel ; comme une catharsis, si l’on peut dire. En quoi l’état moral dans lequel tu es revêt-il une importance dans tes compositions ? Est-ce à mettre à part, ce qui résumerait l’écriture à un simple processus de création, ou les deux sont-ils liés ?

C’est totalement une catharsis. Et, tout comme le sens du détail est important chez moi, la sincérité l’est aussi. Comme dit plus tôt, tout ceci est pour sortir de l’ombre, revendiquer. Après tout, l’art, c’est avant tout de l’expression : soit on délivre notre vision du monde, soit ce qu’on est. Je suis un jusqu’au-boutiste. Tout à l’heure, je t’expliquais que les morceaux étaient créés avant la sortie de « Through The Crack », puis nous avons lancé la production après la sortie du clip d’ »A Cold Place ». Tout est fait avec un souci de la cohérence et de la sincérité. Tout ce qui s’est passé ces derniers mois me procure une nouvelle énergie, et pourtant il y a tout ce bordel que je trimbale.

  • Là encore il y a la dualité, l’envie d’en découdre et faire sortir tout ça. Je n’ose pas imaginer comment ça va se jouer sur scène. Confiant pour la sortie de « Songs Of Light And Darkness » ?

On ne peut jamais totalement l’être, dans notre domaine. C’est un vrai parcours de longue haleine. Mais on travaille dur et, sans rentrer dans le discours promo, cet EP est définitivement plus abouti. Alors nous allons continuer à pousser dans le même sens. Bien sûr qu’il y a la peur de se planter, mais qui n’essaie pas ne sait pas. On sent, depuis la sortie de « Through The Crack », que des étapes sont passées.


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