[EP] November Polaroid – 6 a.m.

Quand la poésie du silence et d’atmosphères proches du vertige se conjugue en un seul et même disque ; November Polaroid a donné vie à un être bravant les limites du folk et de mélopées attirantes, complexes mais immédiatement poignantes. Une épopée intemporelle, intime et fiévreuse, qui ne cesse de susciter autant d’émotions que d’admiration.

November Polaroid 6am

Une dérive. Lente, douce, inexorable. Des secondes suspendues, désespérément accrochées au fil fragile d’une existence dont les bouleversements sont autant de mélodies saisies dans l’air, au cœur d’une brise musicale aussi fraîche que chargée d’anecdotes. Et cette sensation de chute, au ralenti, en contemplant les années qui s’effacent et défilent. Une métamorphose. Une chrysalide. Une créature comme on en voit peu, voire jamais. November Polaroid défie la notion de pesanteur grâce à « 6 a.m. » ; l’heure où la nuit et le jour se rejoignent, où la torpeur doit laisser la place à l’action. Mais surtout, l’instant final d’une nuit blanche passée à écouter ce disque n’hésitant à aucun moment, sous sa délicatesse, à nous tourmenter et à dévoiler au grand jour nos fantômes, ces spectres obsessionnels de nos erreurs et de nos faux pas.

Les cinq chapitres de « 6 a.m. » nous content une histoire. Celle d’une absence, d’une aventure à la fois cathartique et solitaire. D’un départ. « Stories and Poetry » frôle la mélancolie et installe la toile encore vierge d’une révélation qui ne se produira qu’en se confrontant à la désillusion et à l’impuissance. Superbes vagues folk chargées d’écho et d’harmonies vocales précises et envoûtantes. Saisissant et immortel. Plus loin, sur « To the North », l’obstacle humain se révèle sous son impitoyable réalité : « The lights are out and your mind is a mess. The Monsters are coming. » Ces frayeurs qui peuvent paralyser mais qui, ici, sont écrasées par le poids d’un spleen ravageur et confident. « Silent Ship » marche vers la résignation et l’éblouissement d’une révélation encore sous-jacente, alors que « We Are Strangers » et « And Miles to Go » caressent et se fondent en une mue salvatrice. Les chœurs de November Polaroid, liés par le sang aux instrumentations lumineuses et denses qui les mettent en valeur, sont les implorations d’âmes en peine et en proie au besoin viscéral de sortir du marasme, entre angélisme et douleur. Jusqu’à la libération par l’art, ici sous sa forme la plus cristalline et pure.

Il est temps de s’éveiller. De s’évader du songe que « 6 a.m. » berce de sa magnificence et de ses désillusions. Plus rien ne sera comme avant. Tout est nouveau, inédit. Certaines douleurs sont indicibles ; d’autres ont enfin trouvé leur purification par le prisme empli de conviction et de cicatrices psychiques que November Polaroid a fait défiler devant nos yeux et les siens, afin de mieux trouver l’inspiration et le repos. Et nous, de nous lever, êtres dont les larmes tombent et résonnent dans l’immensité du vide de nos quotidiens. Une bande-son qui fait tourner la tête et perdre ses repères ; mais dans laquelle on ne peut s’empêcher de replonger, afin de mieux l’enlacer et la laisser nous égarer.

November Polaroid

« 6 a.m. » de November Polaroid est disponible depuis le 13 janvier 2018.


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Raphael

En quête constante de découvertes, de surprises et d’artistes passionnés et passionnants.

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