[LP] Chocolat Billy – Délicat déni

Se rapprochant dangereusement du piège de la hype, le math rock et autres dérivés instrumentaux, d’un rock devenu grabataire depuis des années, ont assurément le vent en poupe. Et il faut désormais beaucoup de personnalité et de détermination pour se démarquer de la masse. C’est le cas de Chocolat Billy, qui n’a d’ailleurs pas pris le train en marche, en dispensant depuis 2005 d’étonnants disques bruyants et bordéliques sur le label Les Potagers Natures. Avec « Délicat Déni », leur nouveau LP, les quatre musiciens bordelais se distinguent par leur étonnante facilité à digérer leurs influences multiples et bigarrées, tout en assumant un rendu haletant, versatile et coloré.

La liberté qui est celle de Chocolat Billy est certainement à chercher du côté du post-punk, celui des Pere Ubu et autres Delta 5, et même pourquoi pas du côté des New-Yorkais de The Talking Heads ou de Television, comme des Allemands de Can. Très loin de se retrouver dans la rigueur du post-hardcore qui irrigue une bonne partie du rock indé actuel, le groupe semble animé par un intense plaisir de jouer et d’expérimenter (et sans doute de se fendre la poire !) qui transpire dans le caractère communicatif et généreux de sa musique insaisissable. À voir le décalage et la dérision de certains titres de ce quatrième album, le groupe n’est d’ailleurs certainement pas là pour réciter la leçon des bons élèves de la classe indie, mais plutôt pour détourner les codes de l’alternatif et tordre le cou aux idées reçues. En cela, il rappelle les délirants et bruyants iconoclastes de Double Nelson. Hurler à la lune et déclencher une danse incantatoire, à faire se lever les morts « Subutex Mex-Nino Cosma », projeter le minimalisme synthétique de Suicide dans les motifs répétitifs d’un Neu, en invitant Billy Preston à venir jammer au piano ( « Élyséens »), s’emparer des B-Sides de « Daydream Nation » de Sonic Youth et les rejouer à l’envers dans une église désaffectée (« Délicat déni ») : pour se permettre autant d’excès et de digressions, il est forcément nécessaire de maîtriser sa propre matière musicale et de croire en sa bonne étoile.

Sur ce long format en sept actes, le risque était donc de produire une œuvre indigeste, bardée d’incohérences et de trous d’air. Avec beaucoup d’intelligence et peut-être d’ailleurs beaucoup de candeur et de simplicité, nos trublions du jour ont su trouver le savant dosage entre foisonnement, énergie et luminosité. Travaillant avec malice sur le moindre détail, capitalisant sur de délicieuses introductions comme pour « Petite idée du matin », ils nous entraînent dans cet habile train fantôme, où chaque porte est le départ d’une émotion nouvelle, face à des tableaux si étonnamment renouvelés. Mais soyons honnêtes, la qualité intrinsèque et principale de « Délicat déni » est, avant toute chose, de faire monter chez nous un désir irrépressible de retrouver ce gang sur scène. Nous avons déjà loupé la tournée de printemps, à quand la prochaine ?

crédit : Andy Moor

« Délicat déni » de Chocolat Billy est disponible depuis le 27 avril 2018 chez Kythibong et Les Potagers Natures.


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