[Live] Mahalia, Tshegue, Concrete Knives et L’Impératrice au Printemps de Bourges

Chaque année, au Printemps de Bourges, on a très voire trop souvent l’embarras du choix avec des propositions musicales plus tentantes les unes que les autres avec des plateaux inédits, des newcomers qui montent plus vite que la musique et des têtes d’affiche internationales qu’on ne reverra pas forcément de si tôt en France. Mais parfois quelques noms sur une affiche décident pour nous de la suite de notre itinérance musicale. C’était le cas de la grande soirée (six groupes) programmée ce jeudi 26 avril, au 22 avec Lomboy, Mahalia, Tshegue, Concrete Knives, L’Impératrice et Irène Drésel. Entre curiosités, inconnues et retrouvailles, on a sans aucun doute passé, dans la double salle “découvertes” du Printemps de Bourges, l’un des meilleurs moments de cette 42e édition.

Tshegue
Tshegue

Au 22, les soirées liées à la nouvelle scène internationale ne manquent ni d’heureuses surprises ni d’admirables révélations. L’expérience commence quasi immédiatement avec la pop tripée et mélodique d’une formation franco-japonaise en tous points intrigante. Avec son infusion de sonorités propres à la pop culture du pays du soleil levant et le chant vocodé hypnotique de la Belge Tanja, transcrit en karaoké japonais en simultané, Lomboy emporte très loin. Avec ses projections vidéos synchrones où se mélangent des animations 3D glitchées ou avec des effets de zoom, des scènes de sitcom japonais, le groupe binational devient un objet de fascination. Les sous titrages asiatiques mettent quant à eux un doute sur la langue exprimée par sa chanteuse tant on hésite entre l’anglais et un semblant de japonais. Peut-être est-ce un peu de chaque. Tokyo spleen with french touch.

À la croisée de la neo-soul, du R’n’B et du folk, la jeune Anglaise Mahalia envoûte incroyablement.Sa voix porte, c’est indéniable mais avec une passion et une générosité sans commune mesure. Au pad ou à la guitare acoustique, l’élégante chanteuse au flow bien capable de rivaliser et de se hisser bientôt à la hauteur de ses références s’accompagne d’un bassiste au groove élastique. La chanteuse de Leiceiter joue avec les mélodies avec une tendresse et une générosité absolue où la franchise et le sens inné des rimes s’imposent sans forcer, en douceur, et même a cappella, devant un auditoire muet d’attention. Une révélation admirable, un immense coup de cœur qui a tout pour suivre la voie de sa brillante compatriote Izzy Bizu. Une claque majeure dont on entendra forcément de nouveau parler dans les prochaines semaines.

Le feu, la lave. La Parisienne et native de Kinshasa, Faty Sy Savanet, ravive le rock de tous horizons en appelant le public à la transe, et immédiatement à la danse. Impossible de résister à ce chant, presque guerrier, qu’elle pousse avec ferveur, seule au devant de la scène, ou à l’unisson avec ses musiciens, expressifs et habités par le même entrain communicatif. Un acte afro-punk percussif, collectif, contagieux et généreux. Même sous des lumières bleues, Tshegue réchauffe l’atmosphère et emporte les spectateurs berruyers dans une virée aux confins du desert touareg comme sur d’autres routes non balisées. Un acte de possession solaire qui témoigne de la forte connexion entre la culture d’Afrique et la nouvelle scène française. Jusqu’ici un sans faute dans la programmation !

De retour avec un nouvel album,« Our Hearts », plus de dix ans après ses débuts, la formation caennaise Concrete Knives poursuit son exode tribal entre pop expressive et groove rock venu d’ailleurs. Plus bâtisseur que éclaireur aujourd’hui, le projet mené tambour battant et cœur vaillant par Morgane Coals et Nicolas Delahaye emprunte avec intelligence intacte aux musiques d’Afrique de l’Ouest dans un acte touchant parfois presque à la musique progressive par ses mélodies allongées, développées, façonnées avec rigueur et une certaine patience, parfois au post-punk avec le tranchant d’un couteau à beurre, forcément normand. La spontanéité est bien au rendez-vous, le plaisir partagé et de fil en aiguilles, d’un set montait tranquillement en intensité, sans se presser, le sextette normand s’éveille, intensifie sa présence scénique au contact de la foule et parvient à se faire une place au chaud dans le cœur des spectateurs et Morgane d’y plonger pour mieux le faire continuer à battre… plus fort.

Ombragée sous son grand chapeau bleu nuit, Flore Benguigui, devenue L’Impératrice en 2015, laisse planer l’amour sur une musique discoïde hyper sensuelle, ultra sensitive, qui caresse les émois du funk et les ébats de la french pop. La formation parisienne irradie de joie, d’élégance et d’un groove bien à elle une salle qui passée minuit devient le dancefloor des rêves les plus fous. D’un safari lunaire aux douces idylles fortuites, la maîtresse de soirée et de nos nuits de Printemps ravive d’un déhanché vigoureux les passions noctambules. Et disparaît pour mieux mettre en avant la géniale formation disco pop qui guide notre voyage, menée par le presque effacé chef d’orchestre Charles de Boisseguin derrière cette symphonie spatiale intemporelle et pourtant si actuelle. On ne peut résister à l’attraction magnétique d’un tel phénomène !

Neo-muse d’une techno animale et dévorante, Irène Drésel investit la scène du 22 avec une scénographie florale digne des mariages divins. Elle vient célébrer un mariage : celui de l’image animée et du son, entre techno new age et futurisme. Aux pétales de roses, ses épines : c’est là toute la nuance de l’œuvre de la productrice et plasticienne française travaillant au corps ses compositions associées aux boucles visuelles de Flokim Lucas, aussi attirantes que redoutables. Présents à ses côtés, Sizo del Givry aux percussions et Ola Klebanska à la flûte à bec, plus souvent en coulisse, complètent cette configuration électronique à part, guidant peu à peu les festivaliers de son paradis florissant vers le prochain after. La nuit ne fait pour certains que commencer.


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Fred

rédacteur en chef curieux et passionné par les musiques actuelles et éclectiques

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