[Live] Let’s Eat Grandma au Supersonic

On avait quitté Let’s Eat Grandma fin 2016 avec « I, Gemini », bizarrerie pop sortie tout droit de l’imagination débordante de ces deux adolescentes de Norwich. Deux ans plus tard, on les retrouve grandies par un nouveau disque peut-être elle plus abouti et à la maturité acquise, que nous avons déjà pu écouter en version studio et sur scène grâce à un court passage dans la salle parisienne du Supersonic le 17 avril dernier.

Lets Eat Grandma par Cedric Oberlin 6
crédit : Cédric Oberlin

Première variante notable, les deux quasi-jumelles entrent sur scène après avoir lancé leur batteuse en solo sur l’inédit « Whitewater ». Une nouvelle acolyte comme symbole de nouvelles intentions et productions. Du fait de leur jeune âge, on comprend vite qu’avec deux ans de plus, nous ne faisons plus tout à fait face au même duo. Désormais fixées derrière leurs synthés, les Anglaises jouent avec plus d’expérience et de naturel.

Délaissant la mise en scène réglée au détail près qui faisait le mystère de leurs débuts, elles se laissent entraîner par l’ambiance résolument dansante du virage électro-pop de « I’m All Ears ». Un disque qui devrait les amener dans une autre dimension, puisque les deux sœurs d’âmes intègrent de nouvelles runes à leur sort dans une logique plus électronique, à l’image de la personnalité de leurs collaborateurs comme SOPHIE, ou Faris Badwan (The Horrors). Nos nuques se laissent prendre aux rythmes des singles les plus marqués par cette nouvelle empreinte : les beats appuyés de « Hot Pink », entre folie club et pop expérimentale, ou du plus récent et indescriptible délire de « Falling To Me », titre schizophrène intégrant des séquences partant dans absolument tous les sens.

Fraîchement mis en ligne sur la toile, la synthpop du catchy « It’s Not Me » suit dans la même veine et achève de convaincre les nombreux curieux du Supersonic, tandis que d’autres titres inédits viennent se glisser dans la setlist comme « I’ll Be Waiting » ou encore le piano-voix « Ava » qui apporte un contraste édifiant dans la folie électronique qui a précédé. Il ne manquait en fait plus que « Cool & Collected » pour amener une ultime nuance : sur ce titre attendu en juin avec tout le reste de l’album, Let’s Eat Grandma s’essaye à l’indie-rock en mettant des guitares en avant.

La scénographie reste néanmoins plus aboutie quand il s’agit de reprendre les morceaux d’« I, Gemini », toujours joués dans une symbiose intrigante, notamment grâce à ces longs cheveux coulants sur leur visage et qui contribuent à une impression de mimétisme. C’est peut-être ça qu’il va manquer désormais, cette présence quasi mystique, comme celle de deux apprenties sorcières réalisant des expériences musicales, et qui collent moins à l’image qu’elles se donnent sur scène aujourd’hui. L’un des moments forts reste ainsi « Deep Six Textbook », chanson sombre jouée à deux claviers et couverte en bande-son d’un beat lent, pour un instant plus planant, noir et profond.

Pour cette nouvelle partie du set, elles s’agitent et dansent de concert, chantent par à-coup, mais toujours en harmonie, leurs voix de moins en moins juvéniles s’entremêlent avec une fougue hypnotique entre tonalité cristalline et flow RnB. Dommage que toute la richesse instrumentale de ces morceaux n’a pas pu être réintroduite contrairement à leurs performances précédentes : si le saxo était présent à côté de la flûte pour se plonger dans l’univers d’« I Gemini », le xylophone a lui été samplé pour l’occasion. Quant à « Eat Shiitake Mushrooms » censé introduire le charango, il n’a pas été joué.

Rencontre entre deux albums et donc deux mondes, la performance offre tous les éléments pour assister à un concert incohérent, bizarre qui laisse un sentiment de fascination. On aime se perdre dans leur dédale musical, que le tandem paraît toujours mieux maîtriser. Ainsi les deux Anglaises s’offrent un ultime retour vers « I’m All Ears » avec le titre de plus de dix minutes « Donnie Darko » qui les voit se mettre à la guitare, allongées à même le sol, avant de se relever pour lancer les synthés. Dommage que le set limité à 45 minutes avec sept petits (mais longs) titres nous laisse un peu sur notre faim… Pas le choix donc, on y retournera la prochaine fois !


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Charles

Journaliste indépendant, chroniqueur passionné par toutes les scènes indés et féru de concerts parisiens

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