[Live] Tomy Lobo, Foams et Trente à la Boule Noire

À météo mitigée, humeur maussade. Mains enfoncées dans les poches, capuche rabattue et regard absent, nous manquons de bousculer le parafait sosie d’un célèbre acteur et quelques touristes émerveillés par un soleil tardif qui, reconnaissons-le, sublime Montmartre. Il semble rare qu’un concert change une vie, mais fabuleux sont ceux qui vous extraient, un tant soit peu, de votre morosité. Pari gagné haut la main et à l’unanimité par Trente, Foams et Tomy Lobo en ce mercredi soir à la Boule Noire.

Tomy Lobo – crédit : Alice Tabernat

Quatre mots, deux paires d’antonymes qui résonnent encore dans notre esprit. « Triomphe – échec, brave – trouillard », déferlent sur le public, médusé, comme une pluie de petits couteaux aux lames aiguisées.  Bien que « Bleue Ma Tête » ne soit pas le premier morceau de la setlist, comment l’oublier ? À lui seul, il résumerait presque intégralement ce sentiment transmis par Trente. Un mélange de mélancolie, de colère voire de folie, ponctué d’instants paisibles.

Aussi connu comme talentueux réalisateur de clip et courts-métrages, Hugo Pillard affirme plus que n’interprète, une poésie délicate, juvénile, mais loin d’être naïve. Seul en scène, il oscille entre guitare, synthé, boîte à rythmes et tambour. Trente impose le respect, de ses moyens dépouillés naît une richesse créative fabuleuse. Nous ne pouvons que sourire lorsqu’un homme s’exclame que «  c’est mon fils ! ».

L’enfant légitime de Gossip et Hollysiz existe, il s’appelle Foams. Loin de vous l’idée de l’une de ces innombrables formations pop-disco kitsch à souhait, sortes de revival 80’s populaires. Si la version studio semble un brin fade, sans relief, Foams prend tout son intérêt en live, car alors il s’affirme plus rock que disco où les saturations cosmiques du clavier s’allient à la batterie, droite et efficace. Nous pourrions penser que les quatre musiciens aux visages dorés sont ici pour mettre en lumière Sophia, mais il n’en est rien tant le charisme et la puissance vocale de la leadeuse habitent le concert. La chanteuse rayonne et entraîne dans ses danses un public survolté qui jubile après avoir négocié un rappel. Cet enfant légitime est une nuée de paillettes.

Arrogant, nonchalant ou timide ? Le personnage de Tomy Lobo est un peu des trois ; un rêveur à la moue boudeuse. Sa musique pourrait donc être saisie comme la parfaite transcription de son humeur si les délicats moments d’accalmie sont suivis par de sombres tambours battant Tomy Lobo n’a pour autant rien de versatile. Une colère sourde nourrie les compositions, leur aspect viscéral est renforcé par l’interprétation habitée des musiciens comme pris dans un engrenage infernal.

S’en suivent d’intenses spirales instrumentales, la fosse est fascinée et saute presque inconsciemment. Les deux derniers titres du groupe et l’EP « Golden Birds » constituent la majorité de la setlist, néanmoins le rappel se termine sur « From Sun Comes Hope » et « Can’t Stop Crawling », issus du premier EP « Modern Man’s Gone », sortes de classiques d’un groupe en voie d’ascension.

En une soirée, nous avons visité trois univers différents, et pourtant tous nous ont émus par leur sincérité, mais avant tout par l’obstination et la hargne des artistes à défendre leurs projets si singuliers.

Étudiante passionnée par la création musicale et les beaux textes.

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