[Flash #19] Black Lilys, June Bug, Daniel Jea, Kiefer et Pogo Car Crash Control

Pour le 19e épisode de notre format maison, nous sommes partis en quête d’albums ambitieux, touchants, inattendus et passionnés, partagés entre pop, chanson, rock, folk et punk. La belle occasion de faire le point et de s’émerveiller de la diversité de l’offre musicale française indépendante en compagnie de Black Lilys, June Bug, Daniel Jea, Jérémie Kiefer et Pogo Car Crash Control.

Flash 19

Black Lilys – Boxes

30 mars 2018 (La Ruche – Le Label)

Il ne faudrait surtout pas songer un seul instant la mettre en boîte comme ces papillons que les naturalistes épinglent pour mieux les observer dans le détail. Éperdument libre et sauvage, la musique de Black Lilys sort enfin de sa chrysalide pour opérer sa métamorphe aussi enchanteresse que redoutable sur un premier album. Sœur et frère, Camille et Robin dévoilent un long format sensible et passionné, porté avec émotion par cette voix subtilement éraillée qu’on identifie instantanément. Entre la mélancolie des souvenirs et l’ivresse des parfums d’ailleurs, le duo lyonnais nous ouvre les portes de son univers folk pop comme on entre dans un monde miniature aux souvenirs d’enfance, celle des Indiens, de chasseurs de trésors et des grands explorateurs.


June Bug – A Thousand Days

15 mars 2018 (Pied de Biche Records / Araki Records)

Grands enfants espiègles de l’anti-folk, Sarah et Béryl, alias June Bug, s’amusent à dérégler le cadran conformiste d’une pop certes moderne, mais devenue parfois bien trop prévisible. Brisant les formats classiques pour en trafiquer, à grand renfort de riffs ingénieux et de jouets musicaux, toute la structure, le duo lillois surprend, étonne, mais surtout passionne avec « A Thousand Days », son nouvel album foutrement électrique. Les deux « freaks » s’éclatent dans ce hors-format tendrement chahuteur, qui loin de sentir le réchauffé, laisse s’échapper l’euphorie de ces musiques audacieuses et impertinentes qui nous font sentir vivants.


Daniel Jea – L’homme d’à côté

2 février 2018 (Lifelive)

Serein et toujours impeccable, Daniel Jea revient avec « L’homme d’à côté », son second long format en solo, trait d’union entre ses précédentes productions (l’intemporel « Exilés Volontaires » (2010) et le plus récent EP « DJ » (2015)). Marqué par une voix digne des plus grands narrateurs de la chanson française, le Parisien conjugue le charme et la maturité de dix pistes rock élégantes à une écriture à la Diabologum. De la chanson rock donc, qui se doit d’être écoutée avec la plus grande attention, le souffle suspendu et l’oreille alerte. Pour en saisir toute la justesse d’une interprétation déchirante, parfois étouffante de vérité. Enregistré en condition live avec une formule guitare et deux batteries, « L’homme d’à côté » nous invite à vivre l’instant présent et sans condition.


Kiefer – Manifeste

6 avril 2018 (La Couveuse)

Si les mots ont leur importance, l’interprétation compte tout autant. C’est sûrement ce qui résume le mieux l’identité musicale, artistique du vétéran Jérémie Kiefer. Premier volet d’une trilogie réaliste, son album « Manifeste » campe le regard touchant d’un poète du quotidien, qui prend ainsi la voie d’un documentaire, par son engagement sincère, authentique et sans fard. Un « Manifeste » fait maison, qui donne un peu de hauteur à la chanson française, les pieds pourtant bien sur terre. C’est un disque qui sent le vécu, qui délivre sans remords ni mélancolie ces petits détails infimes, mais précieux d’une Histoire personnelle. De toutes les chansons magnifiques de cet album, on retiendra la sérénité d’« Ombre jusqu’au bout » et cette délicieuse « Conversation » avec Pauline Drand.


Pogo Car Crash Control – Déprime Hostile

23 mars 2018 (Panenka)

Le groupe punk français le plus hardeux du moment sort son premier album. Bouillant, saignant et hurlant, « Déprime Hostile » de Pogo Car Crash Control ne s’encombre pas des formules de politesse quand il faut lâcher les chiens aux abois. Ceinturé d’explosif, le rock frondeur et frontal lourdement envoyé par les quatre compères ; Olivier, Simon, Louis et Lola ne fait dans le calcul, mais plutôt dans le décompte à la louche. Un album forcément irritable pour les amoureux de la mélodie, mais là n’est certainement pas l’ambition de ce grand défouloir, qui gratte les croûtes non cicatrisées pour mieux faire couler l’hémoglobine. Si l’écoute est déconseillée aux personnes fragiles, il est tout indiqué de les voir sur scène, l’expérience se révélant à chaque fois inoubliable.

Fred

rédacteur en chef curieux et passionné par les musiques actuelles et éclectiques

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