[Live] Chapelier Fou et Samifati à La Barakason

Beats et loops en vue ce jeudi 29 mars à la Barakason. Chapelier Fou et Samifati ont fait le plein et la joie d’un public ravi d’embarquer pour des destinations inconnues.

Chapelier Fou – crédit : Fred Lombard

En guise d’introduction à cette soirée qu’on devine sans mal tournée vers les sonorités synthétiques, Samifati ne perd pas de temps et embarque rapidement la salle comble. Le duo séparé par un écran aux visuels kaléidoscopiques s’affaire sur des pads et le synthétique se mêle à l’organique lorsque surgit un violon à l’inspiration celte. L’instrument est au cœur des compositions du groupe qui les a fait entendre de l’Afrique à l’Asie. Le voyage se poursuit sur scène, mais c’est bien au-delà de la planète bleue que le public est transporté.

De l’infiniment petit vers l’infiniment grand, les beats gagnent vite en intensité donnant à cette première partie des airs d’after débridée. Le tour est joué et l’osmose des mélodies virevoltantes des cordes avec la puissance des pulsations ravit les cœurs. Tour à tour house, drum’n’bass et même l’europop se bousculent et prennent place tandis que des mélodies asiatiques chatouillent les tympans et que des visuels rappelant le wax africain hypnotisent la foule qui s’exclame comme possédée.

L’attirail de Chapelier Fou mis en place, la féerie peut commencer. D’une douceur étincelante, les harmonies n’en sont pas moins vertigineuses. Les machines délivrent des sons d’une autre dimension intrigants plus que puissants et on ne sait si le public se recueille ou plane. D’une beauté à couper le souffle, la clarinette apporte un souffle prodigieux comme une respiration au cœur de l’obscurité que transpercent de leurs mélodies envoûtantes deux violons et leurs archets.

Entre ses deux acolytes (Maxime Tisserand et Ultra Chaton), Louis Warynski jongle d’une machine à l’autre sans oublier au passage de précipiter les beats à l’aide d’un joystick planté sur le devant de la scène. La magie de « Muance » (octobre 2017) est absolument intacte et le plaisir de se perdre dans le dédale des entrelacs synthétiques et organiques construit depuis le premier EP de Chapelier Fou en 2009 est toujours présent.

La transposition sur scène de cette dentelle sonore pouvait sembler délicate, mais est une véritable réussite. L’œuvre de Chapelier Fou a voyagé sous toutes les latitudes et s’est amplifiée grâce aux expériences menées dans d’autres sphères artistiques (audiovisuel, art contemporain). Ce soir, le public savoure la chance d’assister à un concert merveilleux, magistral sans être pompeux. Les transitions entre les morceaux sont d’une déroutante simplicité quand on pouvait craindre une distance froide. La chaleur est présente jusque dans les bribes de funk électronique rappelant les bips du mythique Pong. Loin d’être sages, les machines semblent se détraquer et l’on s’imagine dans un magasin de porcelaine hanté qu’aurait décrit avec (m)alice Lewis Caroll, véritable créateur du Chapelier Fou. La clarinette s’enflamme dans une improvisation aux intonations slaves avant qu’une ronde psychédélique ne soit lancée puis interrompue par des accords de musique de chambre lancinants.

On devine un hommage fervent et discret à Debussy, Glass et Perrey qui serait chahuté par l’irruption de beats electro intempestifs et déchirant l’espace-temps à la recherche de mondes parallèles. Le psychédélisme est ici monochrome, mais pas moins fabuleux. L’épopée conduite par les trois musiciens prend son envol alors que la rythmique devient énorme et que l’on voit disparaître au loin un cortège de notes et de sons dans une quête insatiable de nouvelles contrées inexplorées. Puis le calme revient, l’euphorie laisse place à la légèreté. L’archet sur les cordes d’un violon nous accompagne vers un horizon inconnu, mais déjà familier. C’était beau. C’était très beau.


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Accro à toutes les musiques. Son credo : s’autoriser toutes les contradictions en la matière.

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