[Live] Frank Carter & the Rattlesnakes et Demob Happy à Stereolux

Les ambassadeurs de la Couronne britannique conservent leur ardente aura rock’n’roll au-delà des frontières. Preuve en est avec ce plateau royal et sauvage offert à Stereolux le 14 mars dernier, au cours duquel le groove déhanché a laissé place au chaos cathartique.

Frank Carter – crédit : Fred Lombard

On ne va pas s’attarder sur le set vite irritable de Woes à qui l’on conseillerait d’adopter le credo « Less is more. ». En l’occurrence, on a droit à « too much » : trop de roulement sur les fûts, trop d’accords de guitare balancés sans classe et surtout trop de chœurs doux-amers en contrepoint du chant principal. Que les choses soient claires, on aime aussi le punk quand il s’éprend de pop et qu’il raconte le quotidien d’adolescents entre campus et springbreaks, mais la copie est ici indigeste, à peine digne d’un mauvais teen movie.

On revient fissa pour Demob Happy qui foule pour la première fois les scènes françaises et l’on parie que ce ne sera pas la dernière alors que la sortie de son deuxième LP « Holy Doom » est imminente. Les trois musiciens sont chacun à leur place et, surprise, ça groove énormément. À l’instar de reines de l’âge de fer bien connues, Demob Happy réussit à allier puissance et sensualité. Dans la fosse, le public bat la mesure et ondule les hanches comme Matt qui pose une rythmique solide et cool à la basse tout en charmant de sa voix suave.

Tom et Adam assurent tout au long des titres des chœurs puissants parfois à la limite du cri pour rappeler qu’il s’agit bel et bien de sauvagerie comme le faisaient les aînés. Sans nostalgie, on pense aux power trios détenant la formule parfaite du rock garanti sans overdubs que Demob Happy a su, à force d’écoutes et de trituration de potards, également faire sienne. Des volutes psychédéliques s’invitent dans les mélodies, le public est ravi et on est pressé de découvrir cet attendu « Holy Doom ».

Précédé par sa réputation de bête de scène, Frank Carter fait salle comble. La rumeur disait-elle vrai ? Les vidéos vues sur le net représentaient-elles bien la furie à venir ? Alors que le plateau est plongé dans l’obscurité, l’impatience a ouvert les vannes à la joie rock’n’roll qui déferle parmi les rangs. La clameur de la foule est magnifique tandis que guitare, basse et batterie déroulent un tapis de feu sur lequel l’ex-frontman de Gallows, tour à tour, se cambre et bondit. Le punk est ici littéralement métallique tant les accords balancés par Dean Richardson semblent tout droit sortis d’un four de fusion et l’on pense aussitôt à la pochette de « Blossom » (2015) qui montrait des amplis en flammes.

C’est hargneux, incandescent et la fosse est secouée de spasmes brutaux. Frank Carter invite les filles à se lancer dans un crowdsurf général sur « Wild Flowers » tout en exigeant des mecs un respect total. On a droit à une leçon magistrale sur le thème : « Comment retourner une salle en moins de deux secondes ? ». Les extraits de « Modern Ruin » (2017) se font une joie d’être de la fête et gagnent haut la main le titre d’hymnes pouvant sans mal séduire le plus grand nombre. Preuve en est, « Vampires » et « Acid Veins» font clairement partie des morceaux les plus catchy que le rock ait offert depuis longtemps.

La machine s’emballe, groupe et public ne font plus qu’un quand Carter descend au milieu du chaos dans la fosse, micro en main. Poussant les spectateurs de ses poings, l’agité interrompt les musiciens pour lancer un circle pit autour de lui alors qu’il hurle le dernier couplet de « Jackals » rallongé pour l’occasion. C’est fulgurant, phénoménal… Frank Carter est un animal hors-norme pour qui la messe rock’n’roll passe par la communion des corps, la sueur, le chaos. Dean Richardson s’en sortira un peu moins bien sur « Paradise » lorsque sa Telecaster sera réduite au silence quand bien même il sera porté aux quatre coins de la salle.

Outre la furie, Frank Carter a l’intelligence de faire baisser la tension en s’adressant avec une belle honnêteté au public pour évoquer les victimes du Bataclan ou encore les proches en proie aux affres de la dépression que nous avons le devoir de sauver. Les intermèdes ne sont pas feints, s’étirent et sortent du lot des bavardages habituellement rabâchés sur scène. Carter salue les « vraies rockstars » que sont les techniciens et les équipes des salles où les Rattlesnakes sont accueillis. Acclamation.

Le répertoire est blindé et bien plus nuancé qu’on ne l’aurait imaginé. Le tempo fait une pause sur « Loss » qui souffle le chaud et le froid et le blues fait son apparition sur la ballade méchante « I Hate You », excellente déclaration de rage qui clôt dans l’effusion ce concert inoubliable.

On est venus pour l’exploit et on a été rudement servis, mais ne cantonnons pas Frank Carter à ce numéro d’équilibriste punk dans lequel il excelle. On a surtout pu apprécier ce soir une voix parmi les plus justes et les plus belles qu’il nous ait été donné d’entendre en live. Frank Carter transpire la soul par tous les pores de son épiderme tatoué. Une soul punk brute et bien vivante qui combat ses démons en puisant aux tréfonds de son âme.


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Accro à toutes les musiques. Son credo : s’autoriser toutes les contradictions en la matière.

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