[Interview] Monophona

Le 25 janvier dernier, à l’occasion d’une soirée thématique, la salle nantaise de Stereolux ouvrait grandes ses portes à la nouvelle scène luxembourgeoise. Aux côtés de Mutiny on the Bounty et Napoleon Gold, déjà connus de nos services, nous avons pu découvrir Monophona, joyau électro-folk, à notre grand dam, encore méconnu du public français. Le groupe réunissant trois musiciens aux horizons bien différents donne naissance sur disque et sur scène à une créature sonore hybride entre folk et musique électronique. Chaque album, dont le plus récent, « Girls On Bikes, Boys Who Sing », sorti fin octobre, propose une identité qui lui est propre. Il nous tardait ainsi d’en savoir plus sur les origines et le parcours de création de ces mystérieux Grand-ducaux.

crédit : Joel Nepper
  • Si vous avez opté pour Monophona, était-ce parce que Stereophonics et les Polyphonic Spree étaient déjà pris par des Américains ? Plus sérieusement, au-delà de la référence au phonographe, l’ancêtre de la platine vinyle, pourquoi s’être arrêté sur ce choix ?

Il n’y a aucune référence à ces deux groupes. En fait, Mono fait référence au nom de famille de la chanteuse (Muno) et Phona au prénom de Chook (Philippe). La sonorité du nom nous plaisait aussi, elle correspondait bien à la musique que nous souhaitions faire.

  • Claudine, tu viens à l’origine du folk-rock et Chook du drum and bass. Avec Jorsch, pouvez-vous me parler de vos influences respectives ? Comment les (ré)conciliez-vous au sein de Monophona ?

Claudine écoute beaucoup de singer-songwriter : des chansons à texte de Bruce Springsteen, à Tom Waits. Jorsch, c’était avant tout du Led Zepplin, Chook d’abord le hip-hop du début des années 90, puis le drum and bass.

  • Vous venez du Luxembourg : il semble parfois difficile pour un groupe de musique de vivre uniquement de sa renommée nationale. Est-ce d’autant plus ardu de percer quand on vient d’un petit pays comme le vôtre ?

De nos jours, il devient de toute manière de plus en plus difficile à percer : même si Internet offre beaucoup de possibilités, le public zappe de plus en plus vite. Le plus difficile est sans doute de construire une carrière dans la durée.

  • Vivre au Luxembourg, entouré de nombreux pays frontalier, ne vous a-t-il pas mis le pied à l’étrier, si l’on peut dire, pour vous exporter à l’étranger ?

Non, pas vraiment.

  • Quel est le pays, hors Luxembourg, où vous tournez le plus ?

C’est définitivement l’Allemagne. Notre label est allemand et presque toute notre promo est faite là-bas.

  • Laurent Garnier est la première personne influente à avoir su déceler votre potentiel, à avoir cru en vous. Comment l’avez-vous vécu ?

Pour nous, c’était une véritable surprise et un honneur de recevoir du feed-back de quelqu’un comme Laurent Garnier.

  • Vous avez trois albums à votre actif. Chacun avec des sonorités très différentes et très reconnaissables. Avez-vous cherché à distancier chaque sortie indépendamment des autres ?

Oui, le fait de faire deux fois le même disque ne nous a jamais vraiment intéressés. Nous avons tenté d’apprendre de nos erreurs ou de poursuivre des pistes annoncées par l’album précédent, pour voir où cela nous mène.

  • Votre premier album, « The Spy » évolue entre downtempo (électronique douce) et trip-hop (électronique plus jazzy, soul), le suivant, « Black on Black », apparaît plus poignant et habité avec des sonorités un peu plus profondes où la voix gagne en assurance malgré sa fragilité si caractéristique, quand votre dernier, « Girls On Bikes, Boys Who Sing », se veut bien plus rageur, voire plus rock. Quel a été votre cheminement créatif au fil de ces sorties ?

Comme nous l’avons déjà évoqué à la question précédente, nous avons tenté de réaliser des suites logiques, de nous engager dans un chemin évoqué dans le disque précédent et puis de partir dans la direction opposée. Parfois cette évolution est d’ailleurs inconsciente : nous travaillons sur différentes chansons et à fur et à mesure du processus le profil de l’album se précise.

  • Le nom de votre troisième album, « Girls on Bikes, Boys Who Sing », sonne comme un haïku (un petit poème extrêmement bref visant à dire et célébrer l’évanescence des choses) : pouvez-vous développer sur la signification et l’image que vous souhaitiez donner à ce titre ?

C’est intéressant l’idée du haïku, nous n’y avions pas pensé ! Il évoque les stéréotypes associés aux hommes et aux femmes entre autres… Le débat #MeToo montre que remettre en question ces stéréotypes peut toujours créer des controverses, même si on peut penser que nous aurions dépassé ces clivages depuis longtemps. Il faut imaginer que dans certains pays, on remet en question le droit des filles de faire du vélo ou des garçons à chanter. À quel point faut-il être lâche pour se sentir menacé par des choses aussi anodines ? Et lorsqu’on pense avoir passé un cap, on découvre une lettre ouverte comme celle signée entre autres par Catherine Deneuve et on reste incrédule. Cela m’a fait penser à une citation dont je ne connais malheureusement pas l’origine : « Les femmes trouvent des excuses à des choses qu’aucun homme n’accepterait jamais ».

  • Vous avez, en plus de vos trois albums, sorti notamment un 45 tours composé de deux reprises : l’une de Johnny Cash (« Folsom Prison Blues ») et l’autre de Morrissey (« Every Day is like Sunday »). Est-il difficile de réinventer de tels morceaux déjà mille fois repris ? Comment s’est imposé le choix de ces deux reprises ?

J’aime beaucoup ces titres. En général, j’aime expérimenter avec des reprises. Même si j’aime bien une chanson, je ne peux pas du tout trouver une bonne approche pour une reprise. Dans le cas de ces deux chansons, j’ai vite trouvé l’idée, même si Chook notamment n’a pas trop apprécié les originaux.

  • Pour vous, la musique électronique est-elle une évolution du rock comme le blues l’a été pour ce dernier ?

La musique électronique a bel et bien commencé il y a 50 ans avec des groupes comme Pink Floyd, mais je pense que ce n’est que dans les années 70 que Kraftwerk a posé les fondations pour ce qu’on connaît comme musique électronique de nos jours.

  • Avec l’arrivée en force du rap ces dernières années, une collaboration avec un MC vous plairait-elle ? Plus largement, avez-vous déjà songé à ouvrir votre projet à des artistes extérieurs au projet ?

Un MC pas forcément. Mais nous avons eu quelques autres artistes qui ont travaillé avec nous. Notamment sur « Tick of a Clock » où Pzey, le guitariste de Mutiny on the Bounty nous a rejoints.

  • Pour moi, vos trois albums sont indéniablement associés à la nuit. Pourriez-vous nous donner le moment qui, pour vous, serait adéquat pour écouter chacun d’eux ?

C’est vrai ! Le premier peut-être un dimanche soir, le deuxième le samedi dans la nuit – dans la voiture -, le troisième un lundi après-midi, vers 16h disons.

  • Pour nos lecteurs en quête de nouveautés musicales : quels albums indispensables nous conseilleriez-vous ? Un artiste luxembourgeois à nous recommander également ?

On avait bien aimé le premier album de Nick Mulvey, mais bon ce n’est plus vraiment une nouveauté. Mutiny on the Bounty qui a joué avec nous à Nantes est l’un des meilleurs groupes du Luxembourg, je dirais.


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Parce que notoriété ne rime pas forcément avec qualité. J’aime particulièrement découvrir l’humain derrière la musique.

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