[Live] Twin Arrows et Slift au Point Éphémère

Il est des groupes que l’on souhaiterait rester à jamais confidentiels, de merveilleux trésors dont on aimerait que la précieuse existence ne soit jamais révélée pour les garder, d’une certaine façon, toujours près de nous. Certes, les voir grandir est agréable, mais… ils n’écumeront plus les petites scènes, l’aspect underground se dissipera, ils ne seront plus notre. Mais ce n’est pas grave, ce soir les Twin Arrows sont en tête d’affiche au Point Éphémère en ce vendredi 26 janvier, jour de sortie de leur troisième album.

Twin Arrows – crédit : Alice Tabernat

Un grondement sourd s’échappe de la scène. Impossible d’ignorer la présence de Slift tant les trois membres produisent un vacarme d’une puissance rare. Si de prime abord les accords psychés des Toulousains tendent plus vers une masse sonore informe, les mélodies s’extraient petit à petit dévoilant des compositions d’une richesse certaine. Ici la guitare saturée et aiguë fait office de perle lovée au sein des riffs compacts soutenus par la basse et la batterie. Bien que ce concert soit le dernier de la tournée intitulée « Iberian Tour », aucun musicien ne paraît éreinté. Au contraire, une transe prend possession du concert. Le public semble frileux, attentif, mais en retrait comme si un geste de travers pouvait mettre fin à cet état second, ce qui, reconnaissons-le, est malheureux, car rien ne serait plus beau qu’un public déchaîné pour saluer la confusion organisée portée par Slift.

Porteur d’un rock garage fier, téméraire et sauvage, aux antipodes du stéréotype The Kooples, chic, mais pudique, Twin Arrows revient en ce début d’année fort d’un troisième opus de huit titres, « Barbecue the Planet ». Vêtus de combinaisons de pilotes, les musiciens prennent place et instantanément nous conduisent dans un univers fantastique et sombre aux mélodies lourdes. Tandis qu’Éléonore Michelin, au chant, maintient le show d’une main de maître aux côtés du bassiste, Alex Saumon règle les problèmes techniques qui privent l’auditoire de guitare une dizaine de minutes durant.

Plus lancinantes que sur « Hell and Back », le précédent album, les nouvelles compositions ont une allure grave, comme la calme tension affichée par Alison Mosshart en concert. Les titres s’étirent, moins criés, mais toujours aussi viscéraux, leur humour douteux dirait « menés de front par une amazone hors pair », nous dirions simplement sublimés par l’incroyable voix chaude d’Éléonore, unique interprète légitime de ces paroles. Chaque texte est un conte, une petite histoire un brin farfelue et à la touche baroque apportée par l’orgue électrique.

Si la release party est en partie centrée sur « Barbecue the Planet », les irrésistibles « Wasted » et « Half-Face Crook », issus du deuxième album, retentissent à la fin du set pour le plus bonheur de la salle comble, suivis de « DNA Abomination » qui finalement s’inscrit bien dans cette cadence fulgurante. Les bières se terminent rapidement et les pogos débutent, brusques, mais festifs. Le groupe sur scène rayonne. Puis les projecteurs se tamisent, le bassiste archet en main joue les premiers accords de « Mocking Moon ». L’archet donne au titre son esprit gracieux et dépouillé, qui se répand entre les spectateurs à bout de souffle. Les cinq musiciens nous entraînent vers un univers inconnu, poétique, paisible. Ainsi se termine la soirée.

Un peu sonnés, il nous faut un moment pour revenir à la réalité et comprendre que, contre toute attente, aucun rappel ne pointera son nez ce soir, et ce en dépit des ferventes acclamations du public. Nous nous allons, encore sur notre faim, mais charmés, rêver d’espace et de voltiges aériennes.


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Étudiante passionnée par la création musicale et les beaux textes.

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