[LP] mariaFausta – Million Faces

En ouvrant ses inspirations classiques à bien d’autres styles musicaux, et en prouvant ainsi que les arts, aussi distants soient-ils, sont faits pour communiquer entre eux, mariaFausta signe un disque d’une beauté envoûtante et délicate, véritable collection d’expériences mélodiques et chorales qui frappe par sa précision, sa complexité et son incroyable capacité à transmettre un savoir intense et complet à un auditoire immédiatement sous le charme.

Avec un minimum de savoir-faire mais, surtout, une immense générosité, il est aisé de mélanger des instruments qui, au premier abord, n’auraient jamais été faits pour se rencontrer. Pourtant, n’est-ce pas là l’essence même de la musique ? Des rencontres, des tentatives, des essais quasi-expérimentaux pour trouver le juste équilibre entre l’ancien et le moderne, entre le bois et l’acier ? Avec « Million Faces », la compositrice, violoniste et chef d’orchestre italienne mariaFausta se fait la figure de proue de ces élans qui, lorsqu’ils sont maîtrisés et rendus accessibles, ouvrent grandes les portes de la beauté à des auditeurs attentifs et passionnés. Ces millions de visages, ce sont les siens. Ce sont ses goûts, ses apprentissages, ses besoins quotidiens de faire naître la lumière en introduisant cordes, guitares et machines dans un seul et même corps. Une figure sans cesse mouvante, mais toujours émouvante.

Il suffit de se plonger dans la complexité et la multitude de pistes du formidable ‘Look Over » pour rapidement comprendre que rien ne sonnera jamais comme prévu. En quelques précieux instants, mariaFausta introduit son propos, son texte instrumental et verbal, de la plus belle des manières. Et, durant les quarante minutes de l’opus, elle n’aura de cesse d’explorer chaque style en y apportant son regard et son savoir-faire : du folk aérien et porté par de superbes nappes de claviers du splendide « The Last Train » aux échantillons vocaux et ambiances blues de l’inoubliable « Legend », en passant par les sonorités rauques et martelées de « Rememberin’ Me » (dont les soixante premières secondes demeureront pour longtemps parmi les plus inventives jamais entendues sur un disque) et les expérimentations de sa conclusion, « Inside Rememberin’ Me », les panneaux de la scène théâtrale que nous sommes invités à admirer changent continuellement, exposition onirique et merveilleuse de la fusion des airs populaires et des spécificités orchestrales. Dans ce contexte, « Loneliness » est d’une intimité sincère et bouleversante, notamment dans ses ultimes accords durant lesquels violon et piano se murmurent leurs secrets avant de nous les révéler. De même, « Love Song » et « In The Room » transforment un format sobre en ode criante de vérité.

Mais ce qui frappe le plus sur « Million Faces », c’est le timbre si particulier de mariaFausta. Perdue entre les affres d’une soul à fleur de peau et sur le fil, et la dimension ample et dynamique d’un chœur puissant, elle joue de ses prouesses et s’immisce dans ses chansons en vivant chaque mot, chaque strophe, chaque refrain. Tous ces éléments qui font de cette collection de onze hymnes à la Muse un objet essentiel et à écouter de toute urgence, tant il fait de bien à nos esprits et à nos pensées. La musique dans toute son implacable diversité et sa constante ouverture aux innovations techniques ; une pièce maîtresse appelant la modernité tout en conservant l’individu au centre du système. Exemplaire.

crédit : Gianmarco Vetrano

« Million Faces » de mariaFausta est disponible depuis le 12 novembre 2017.


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