[LP] Calypso Valois – Cannibale

Découverte en 2016 avec le morceau clair-obscur « Le Jour », Calypso Valois sort un premier album élégant et vindicatif. « Cannibale » risque bien de vous manger tout cru.

Calypso Valois fait ses premiers pas d’auteure-compositrice-interprète en solo, mais dispose déjà d’une généalogie et d’antécédents remarquables. Fille des icônes eighties Elli Medeiros et Jacno, actrice chez Michel Gondry ou Olivier Assayas et ancienne membre du duo Cinéma avec Alexandre Chatelard, il était évident que la fille des Stinky Toys allait un jour entamer une carrière musicale sous son propre nom. C’est du côté de la pop synthétique, comme on sait la faire en France, qu’elle a décidé de se tourner. Ses textes audacieux lui permettent de se démarquer, tout en rejoignant une génération d’artistes représentée par Juniore, Aline ou Lescop.

Dans son premier album, « Cannibale », il est évidemment question d’anthropophagie. Calypso Valois n’a bouffé personne (enfin, on l’espère !), mais la métaphore intrigue. Rappelons que le cannibalisme est une pratique qui consiste à consommer complètement ou partiellement un individu de sa propre espèce. Utiliser et manipuler les gens pour arriver à ses fins, concevoir les relations humaines comme une nourriture à consommer et puis finalement à jeter : c’est l’angle qui se fait entendre sur le fil du disque et, bien sûr,à travers le morceau « Cannibales », qu’on imaginerait tout aussi bien interprété par Étienne Daho (d’ailleurs parrain de Calypso), ou encore sur le tube disco-binaire « Vis A Vie ». Mais c’est « Le Jour » qui ouvre l’album avant la traversée périlleuse qui s’ensuit.

Calypso Valois est la mante religieuse d’un univers qu’elle observe et retranscrit de sa voix pure. C’est un peu comme si la froideur pop de Lescop et l’éveil des sens évoqué dans « Les Nourritures Terrestres » de Gide se croisaient (« Apprivoisé »). Mais il faut se méfier de la bête qui rôde, et la pochette est là pour nous le rappeler. Promenons-nous dans les bois pendant que Calypso n’y est pas. Derrière la voix enchanteresse de l’artiste se cache une âme guerrière qui veut régler ses comptes, se venger. Nous n’aimerions pas être près du bassin d’eau décrit sur « La Baignade » ou rencontrer la « Méchante Fille » dont il est question à la fin du disque.

Mangeuse d’hommes, oui, mais également adepte du vampirisme. L’actrice semble avoir le talent d’absorber le meilleur chez ses collaborateurs, notamment chez le brillant producteur électro Yan Wagner. Un travail en duo et en osmose qui s’entend sur l’hypnotique et sobre « la Nuit ». La beauté de chaque morceau est troublante et baroque. Le souffle cristallin et la présence fantomatique de la chanteuse intriguent, comme sur la ritournelle « Surprise-partie » et le très pop « Amoureuse », évoquant un Sébastien Tellier de l’époque « Politics ». Grâce à cet album frais et enivrant, la French pop compte une nouvelle prédatrice dans ses rangs.

« Cannibale » de Calypso Valois, sortie le 13 octobre 2017 chez .


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Découvreur musical avide d’émotions fortes aussi bien sur disques qu’en concerts

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