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[Flash #14] Jack Brown, Carmen Maria Vega, III Vagues, He Rents a Red Banjo et Untitled With Drums

La quête spirituelle est au cœur de ce quatorzième Flash, et ce, sous toutes ses formes. Que ce soit dans les désirs acoustiques d’artistes laissant libre cours à leur inspiration profonde ou à travers un rock froid et acéré, en passant par une pop électronique sûre d’elle et poétique, nul doute que personne ne sortira d’ici avec une vision du monde qui ne sera pas nouvelle ou, tout du moins, troublée. La preuve en musique !

[EP] Jack Brown – The Northern Kid

30 juin 2017 (autoproduction)

Pari osé de tenter de donner au country folk une place dans le paysage musical français ; pourtant, c’est bel et bien le style qu’a choisi le Nordiste Jack Brown avec « The Northern Kid », titre évocateur de racines qu’il s’amuse à délocaliser au fil de ses compositions. N’hésitant pas à convoquer l’Amérique profonde au sein de chanson sobres et immédiates, où une guitare et une voix suffisent largement à nous inviter au voyage entre les deux continents, il s’intègre aussi bien à la simplicité apparente d’une musique rurale fière de ses histoires et autobiographies (« The Northern Kid ») qu’au blues rock dépouillé et aride d’une invitation séductrice à la danse (« Dancing On Your Own »). Achevant son périple à travers deux pistes magnifiques et personnelles (le vibrant et profond « Vultures », regard tourné vers un ciel où les nuages forment les courbes de souvenirs que l’on conserve précieusement, notamment dans le dialogue qui s’établit entre deux voix au cours de son évolution ; puis le final « Freaky Town », posé et apaisé, dans un hôtel où tout demeure possible après une route à la fois longue et rédemptrice), Jack Brown explore l’acoustique avec un sens de la mélodie impeccable et une passion qui habite chaque accord et harmonie vocale. Et quelque chose nous dit que, sur un long format que l’on espère bientôt, la quête existentielle qui s’offre ici à nous ne sera que plus intense.

Carmen Maria Vega – Santa Maria

7 avril 2017 (At(h)ome)

Se retrouver totalement immergé dans un disque qui, selon ses premiers accords, aurait pu n’être qu’un simple ajout vite oublié dans la chanson française ; voilà la magie que Carmen Maria Vega pratique à travers le bien-nommé « Santa Maria », cette sainteté qu’elle s’octroie au fil de titres aussi bien personnels qu’ouverts aux interprétations et influences multiples qu’elle provoque chez l’auditeur. Car tout l’album est une quête de sens, aussi bien instrumentale que verbale ; invoquant des genres bien précis pour mettre en lumière ses textes tantôt crus, tantôt intimes, la Lyonnaise se permet de faire se percuter un rock assagi et chargé de sensations fortes (« Aigre-doux »), une course vers le soleil couchant pour trouver le refuge et la flamme qui réchauffera la femme dans son chemin vers la vérité de ce qu’elle est (« Le grand secret », avec la complicité de Mathias Malzieu). Carmen Maria Vega, voix forte et volontaire, invoque une autre idée de la francophonie dans une innocence chargée de doutes, de questions, de projets qu’elle ne souhaite plus mettre de côté, de choix qui deviendront un destin que l’on imagine allégé du poids de la crainte (le superbe et sincère « J’ai tout aimé de moi »). Confessionnel et protecteur, en plus de rapidement s’imposer comme initiatique, « Santa Maria » est le remède idéale à la solitude, la voix qui résonne de manière universelle pour exprimer tout haut ce que chacun de nous ressent tout bas. Troublant et vivifiant.

[EP] III Vagues – Les Déferlantes

28 juillet 2017 (NoniPoprod)

Le mouvement, cet état aussi bien physique et matériel que moral, entre émotions incontrôlables et besoin d’aller toujours de l’avant, sans reculer, sans hésiter. Avec les Lillois de III Vagues, ces instants de mobilité croissante se précisent à chaque nouvelle chanson, entre précipitation contrôlée (« L’état des liens ») et ralentis apaisants et caressants, entre pop et électro tendre et attirante (« Si c’était à refaire Pt. 1 et Pt. 2 », fil conducteur des inspirations personnelles qui ont poussé nos musiciens à donner vie aux relations difficiles, aux liens si fragiles et aux efforts à fournir pour vivre pleinement chaque relation, chaque désir afin d’éviter la rupture). Quête sentimentale et amoureuse où le regret se voit supplanté par l’espoir, quoique fragile, d’une discrétion nécessaire pour survivre et ne pas ressembler aux autres, « Les Déferlantes » viennent se fracasser sur les digues harmoniques bâties solidement par nos compositeurs, invitant la langue de Molière à donner au fantasme de l’union une réalité palpable (« Dernier round »). Ainsi, les éléments artificiels forment une base solide aux divagations mélodiques de III Vagues, avant que les guitares ne sonnent le glas du désespoir (« L’averse »). Un EP charmeur et sensuel, grâce auquel on reprend confiance en des émotions longtemps rejetées mais pourtant fondamentales.

[EP] He rents a Red Banjo – Tiny Song Book

20 septembre 2017 (autoproduction)

Autre artiste lillois ne jouant pourtant pas sur les mêmes terres, Jean Bernard Hoste, alias He rents a Red Banjo, s’inspire de décennies entières dévouées à la musique pour insuffler à « Tiny Song Book » une âme, un corps que l’on peut presque toucher, sentir se mouvoir sous nos doigts. Journal intime d’un esprit ne pouvant décidément pas vivre sans saisir une guitare, quels que soient l’heure où le lieu, l’homme préfère dévoiler ses complaintes avec une sagesse qui se révèle dès la première écoute, des arrangements discrets et précieux de « Day After Day » au fantômatique et spacieux « Space Country Girl », entre route 66 et zone 51, le songwriter soigne chaque note, chaque intonation et phrasé pour ne laisser frémir que la sève la plus pure d’un folk sans frontières. On n’aura ainsi aucun mal à comprendre l’hommage rendu à l’écrivain J.G. Ballard sur « Another Dead City », la comparaison entre la crudité de celui-ci et la sécheresse urgente et piquante de He rents a Red Banjo étant une incontestable évidence. Une preuve supplémentaire que les instruments organiques sont toujours porteurs de certains des plus beaux hymnes à l’humain et à sa chance d’exister ici bas, pour danser et se mouvoir sans se laisser emporter par les troubles de la ville et de la bienséance (« Winter cha-cha-cha », superbe dialogue entre enlacement et angélisme). Et de sourire, tant et plus, face à ce concentré de vérités que l’on aimerait entendre encore plus, au fil de nos désespoirs et de nos déceptions.

[EP] Untitled With Drums – S/T W/D

20 janvier 2017 (autoproduction)

La souffrance comme les états d’âme conduisent à une colère contenue mais explosant dans des élans rock et saturés qui sont autant mélancoliques qu’imagés. Issu de l’inspiration inédite de Untitled With Drums, « S/T W/D » démarre sur les chapeaux de roues avec le sismique « The Sun », astre noir qui éclipsera chaque lueur, chaque flamme rassurante et revigorante. Grâce à une dextérité et une rage rares et folles, le quintet de Clermont-Ferrand s’inspire aussi bien des voix du grunge que des progressions inéluctables du post-rock, donnant ainsi à « Pushaway » les attraits d’un trou noir dans lequel on se voit inexorablement plonger, sans résistance possible, ou à « Sequestrated » la place du maître d’un navire perdu dans la tempête et où chacun de nous, avec peine et rage, rame sans pouvoir s’arrêter. Marche vers un inconnu en apparence vidé de toutes ses espérances, l’EP est pourtant un formidable exutoire à l’oppression, une boussole nécessaire dans les brumes d’une ville polluée et viciée. Un rock lourd et pesant, mais qui s’élève vers les hautes sphères dès lors qu’il lâche la bride des créatures inconnues qu’il garde en laisse, patiemment, avant l’attaque (« Nothing Left »). Orageux et ténébreux, « S/T W/D » se savoure comme un poison acide mais menant aux hallucinations les plus purificatrices.

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