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[LP] EMA – Exile in the Outer Ring

Continuant sa recherche inépuisable du malaise et de la lumière mêlés, EMA signe le disque de la rentrée, entre ténèbres et symptômes cliniques d’une rédemption et d’une guérison qui, c’est certain, laisseront toutes deux beaucoup de cicatrices. Un album aussi généreux que dérangeant, mais à la beauté froide et fascinante.

On ne pourra jamais reprocher à Erika M. Anderson, alias EMA, de ne pas faire ce qu’elle veut, quand elle veut et comme elle veut. De ses premières cassettes expérimentales aussi crues que labyrinthiques à la bande originale du film d’horreur indépendant « #Horror », la jeune Américaine ne demeure jamais dans le confort d’un style précis, dans la copie ou l’exploration d’expérimentations dont elle ne pourrait pas garder le contrôle. Et c’est bien cette complexité qui éblouit chacun de nous à la découverte de ses aventures passées, présentes et, maintenant, futures, grâce à « Exile in the Outer Ring ». Un opus qui revêt les atours instrumentaux à fleur de peau et enfilés dans les neiges paralysantes du long-métrage suscité de Tara Subkoff (relecture dérangeante et possédée de « Sa Majesté des Mouches », version filles de riches tournant rapidement au jeu de massacre incontrôlable et dans lequel l’ennemi n’est pas forcément celui qu’on croit ; à voir de toute urgence, si ce n’est pas déjà fait). Ainsi, ces onze nouvelles chansons obsèdent, remuent, étouffent ou inspirent une force intérieure que l’on ne se connaissait pas, portées par les méandres sonores insensés et subversifs d’une compositrice décidément passionnante.

« 7 Years », fausse introduction d’un calme que rien ne semble devoir tourmenter, s’imprègne pourtant déjà d’une force émotionnelle précieuse et authentique qui se distinguera, plus ou moins intensément, au fil des titres. Dans la même veine sobre et fluide, le sublime « Down and Out » se promène sur les terres d’Elliott Smith dans ses harmonies vocales, avant de voir son souffle coupé par la froideur saturée de « Fire Water Air LSD » et le revendicatif « Aryan Nation » (EMA présente d’ailleurs ces créations inédites comme des hymnes politiques parfaitement assumé et donc difficiles d’accès, mais dont le message est pourtant d’une efficacité redoutable). Oscillant entre les déferlantes d’un rock industriel cataclysmique et percutant (« 33 Nihilistic and Female ») et la tendresse d’une étreinte où l’obscurité est reine de nos âmes (« Receive Love » et le final, parlé et comme provenant d’une autre dimension, plus spirituelle et psychique, que représente l’originel « Where the Darkness Began »), Erika M. Anderson bouscule les apparences, enlaidit la beauté afin de la rendre, paradoxalement, toujours plus attirante. À ce titre, les deux moments épiques et pénétrants de ce voyage turbulent et imprévisible, « Breathalyzer » et « I Wanna Destroy », se transforment rapidement en mantras que l’on se répète en boucle, sans jamais pouvoir les oublier. Du grand art.

EMA dessine ses chansons autant au fusain que grâce sang coulant dans ses propres veines, ressuscitant ainsi les créatures tapies dans les coins les plus reculés de la psyché. Ce qui fait de « Exile in the Outer Ring » une offrande exceptionnelle et intemporelle, effrayante pour certains mais revigorante et confidente pour d’autres. Comme si nos craintes, nos phobies, nos démences intérieures avaient, enfin, leur propre langage. Une œuvre rare, qui nous laisse sans voix.

« Exile in the Outer Ring » d’EMA, sortie le 25 août 2017 chez City Slang Records.

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