Menu

[Interview] Fuzzy Vox

Avec Fuzzy Vox, power trio venu de Joinville-le-Pont en banlieue parisienne, Hugo Fabbri, chanteur et guitariste, n’est pas prêt de prendre des vacances. Pas prêt de se (re)poser non plus depuis l’enregistrement de son dernier album en date, « No Landing Plan », à Hollywood, dans un studio qui a accueilli Bob Dylan ou encore Tom Petty. Prochains rendez-vous pour le groupe : la sortie d’un nouvel EP attendu à la rentrée et, avant cela, une halte Porte de Saint-Cloud fin août à Rock en Seine. En bon porte-parole, Hugo nous parle du plaisir de jouer en trio, des clips originaux et parfois bien barrés dans lesquels lui et ses compères Greg et Jérémy prennent un malin plaisir à figurer, de leur ville de 18 000 habitants et de la tournée. Dernier fait d’armes pour nos trois rockeurs : une parodie du film « Whiplash » avec Nicolas Ullmann dans le rôle de J.K. Simmons (l’odieux éditeur en chef du Daily Buggle dans la trilogie Spider-Man de Sam Raimi), à voir de toute urgence. Mais pour l’instant, place à l’interview !

crédit : Bob Norris

  • Au-delà de défendre une power pop très efficace, Fuzzy Vox, ce sont deux albums et un EP à votre actif. Entre le studio et les concerts, c’est depuis 2012 une aventure qui dure, qui tient bon et qui prend chaque année un peu plus de vitesse, non ?

On partage ce point de vue, chaque année avec tout le travail qu’on fait, toutes les nouvelles chansons qu’on enregistre, toutes les nouvelles personnes qu’on rencontre, on s’améliore, on devient meilleurs, on gagne en expérience. C’est une vraie aventure humaine, et de voir que ça se passe aussi bien en cinq ans de carrière ça fait ultra-plaisir, on prend notre pied de plus en plus à chaque concert, on est sur une bonne dynamique.

  • Fonctionner en trio, c’est parfois source de conflit ?

Eh bien justement non. C’est beaucoup plus facile d’être à trois dans un groupe, plutôt que d’être à cinq ou six, je me demande comment font tous ces groupes d’ailleurs ! À trois, tout est ultra rapide, la planification des répètes, l’écriture de nouvelles chansons… on est en rapport direct les uns aux autres, surtout parce qu’on est potes avant tout, donc tout va très vite. Et quand il y a des conflits, tout est très naturel : on se crie dessus une bonne fois pour toutes et on tourne la page. Ou alors on s’étripe, ça dépend.

  • Fuzzy Vox, c’est typiquement un nom geek pour des musiciens. Comment et surtout pourquoi avez-vous opté pour ce patronyme ?

À nos premiers concerts en 2011/2012, on jouait dans des bars et on n’avait pas d’argent pour s’acheter une vraie sono digne de ce nom. Du coup, on branchait ma voix dans un ampli guitare, et ça sonnait tout chelou, tout saturé. La voix (vox) était donc toute confuse, floue (fuzzy). Ça a donné le nom du groupe. Ah et on joue que sur des amplis guitares Vox aussi, c’est ceux qui sonnent le plus british-tranchant, le plus garage 60’s ; ça a dû nous influencer un peu !

  • Pour mieux vous situer, quels ont été les influences, les groupes qui ont nourri (et qui continuent d’inspirer) votre imaginaire d’artistes ?

En première place sur le podium, il y a bien évidemment The Jam, qui nous a autant influencés musicalement ; power-trio ultra énergique, de super chansons mod-punks ultra efficaces avec des mélodies kinksiennes inégalables et surtout le songwriting de Paul Weller ! – Qui a écrit d’aussi belles chansons depuis ? -, qu’au niveau du style ; costards sharp taillés sur mesure, chemises mod… Ça a été une révélation pour nous, et quand on a découvert Dr Feelgood, ça en a été une autre, héhé, on a été hypnotisés par le côté ultra sec de ce rhythm’n’blues acéré, on n’avait jamais entendu du pub rock avant. On a aussi beaucoup pioché dans tous les groupes anglais cool qui écrivent des vraies chansons, les Beatles, The Zombies, Supergrass, Franz Ferdinand… Enfin, on adore Ty Segall, King Khan, Death By Unga Bunga et tous les groupes garage actuels fun qui font le show sur scène.

  • Vous venez de Joinville-le-Pont en banlieue est de Paris. Quels avantages voyez-vous ou avez-vous par rapport aux groupes parisiens, surabondants dans la capitale ? Un meilleur soutien local ? Plus d’espace pour répéter ?

Je pense que quand tu es un groupe de banlieue, tu ne pars pas du principe que tu dois forcément « conquérir Paris », tu vois ce que je veux dire ? C’est une autre mentalité. Plein de groupes parisiens restent coincés à jouer dans les mêmes salles pendant des années sans jamais tourner nulle part. Nous, dès qu’on a pu s’acheter un van, on l’a fait et on a cherché à jouer dans le plus d’endroits possibles partout en France ; je sais pas combien de PMU on a du faire avant de sortir notre premier album haha ! Et de fil en aiguille, on s’est fait un public un peu partout, on a rencontré plein de gens qui nous ont aidés par la suite, ont cru en nous, etc. Et puis, on avait la GameCube dans le van avec Fifa 2006, donc on était au top. Et puis oui, c’est beaucoup plus facile de répéter en banlieue, et puis les gens sont plus sympas tout simplement. Tous les concerts qu’on a faits, même au Danemark, en Suède, en Espagne, on les a commencés en disant « We’re Fuzzy Vox, we come from Joinville-le-Pont », je pense pas que les gens comprenaient, mais on s’en fout, haha.

  • Vous faites preuve d’une vraie originalité couplée d’une authenticité transpirante dans vos innombrables clips sur les Internet. Entre celui participatif de « Man of Solution », « 1789 » en live devant un public très très chaud, celui de « Told You Before » tourné devant un fond vert ou le tout récent « I Want Drums » avec Nicolas Ullmann et ses quatre fins alternatives, vous vous inscrivez pleinement dans l’ère (du divertissement) numérique. Peut-on exister en tant que groupe en 2017 sans une certaine maîtrise les réseaux sociaux, sans apporter du contenu neuf et original régulièrement ?

On passe beaucoup de temps à réfléchir à nos clips, à essayer de trouver des bonnes idées que personne n’a jamais réalisées… c’est du boulot, mais on pense que c’est nécessaire pour survivre en 2017, vu que l’image est (hélas !) devenue plus importante que la musique. Mais bon, c’est le jeu, il faut vivre avec son époque, et puis même si c’est du boulot, c’est quand même ultra marrant de faire un clip, nous on adore ! Faut juste se creuser la tête pour choper des bonnes idées. On est aussi super bien entourés : notre ami réalisateur-photographe Yann Buisson a fait un travail de dingue sur le dernier clip « I Want Drums »

  • Aussi, pouvez-vous me parler de cet autre clip génial : « Distracted », tourné en Californie à l’occasion de l’enregistrement de votre dernier album en date, « No Landing Plan » ?

L’histoire est simple : on est restés un mois entier à Los Angeles, pour enregistrer « No Landing Plan », on avait trois semaines d’enregistrement, on ne pouvait pas avoir un jour de plus. Y’avait donc une grosse pression, donc on a passé tellement de temps à se démener sur l’enregistrement afin de donner le maximum, d’avoir les meilleures prises de guitare, de basse, de batterie (on faisait tous les jours 8h – 22h non-stop) qu’on a dû utiliser les week-ends pour tourner notre clip à LA et à Las Vegas avec notre pote Gaspard Carpenter. En gros on n’a pas dormi, haha.

  • Ce nom d’album, « No Landing Plan », c’est tiré d’une histoire vraie ?

Ce nom d’album, ça veut dire qu’on ne compte pas s’arrêter là. Nous, on a tout lâché pour en être là où on en est aujourd’hui et on n’est pas prêts d’abandonner. La moyenne de vie d’un groupe de rock à guitares, c’est trois albums. Nous on va prouver qu’on peut encore exister en jouant du vrai rock’n’roll en live sans bandes électroniques derrières pour combler les pains pendant ton concert. On joue sans filet, on a mis nos vies dans ce groupe, bref, on a décollé sans projet d’atterrissage. Merci à Thomas Florin pour la métaphore, d’ailleurs !

  • Vous avez enregistré cet album au Dave’s Room Studio à Hollywood. Une façon pour vous de vivre un rêve américain ?

Ouais c’était dingue ! Tellement de stars sont allées enregistrer dans ce studio : Bob Dylan, Tom Petty… la liste est longue et elle fait mal à la tête. Y’a un matos de dingue, un piano à queue, des Wurlitzer (modèle de piano électrique à 64 touches utilisé notamment par Supertramp et Pink Floyd, NDLR). Y’a même le producteur des Queens of the Stone Age qui est venu avec des bières pendant une séance, c’était fun ! Après le studio ne fait pas tout. Les deux producteurs avec qui on a choisi de travailler sont exceptionnels : Andy Brocard et Ryan Castle, pour ne pas les citer. Ils avaient la même idée de production que nous, et savaient exactement où ils voulaient aller pour faire en sorte que l’album sonne le plus fat possible à l’écoute, qu’il rende compte de l’énergie qu’on déploie en live pendant nos concerts. On pense qu’ils s’en sont vraiment bien sortis, on est ultra fier du résultat.

  • Vous vous apprêtez à sortir un nouvel EP « Ba-Da-Boum » en octobre dont l’excellent single « I Want Drums » est extrait. Que doit-on attendre de ce nouvel enregistrement et quel serait l’ingrédient nouveau que vous avez mis à l’intérieur ?

On a un nouveau batteur, Jérémy, qui s’est intégré au groupe depuis un an et demi, et il y a une nouvelle couleur qui se dessine, on a pris un tournant un poil plus Supergrass période « In It For The Money », je pense. L’ingrédient nouveau, c’est qu’on a arrêté de faire des compromis pop, sur ce nouvel opus. C’est du pur rock’n’roll à fond les ballons, y’a plus de ballades, notre nouveau batteur nous a interdit d’en faire, haha. Le groove est différent, ça sonne plus chaud, plus Dr Feelgood.

  • Vous monterez le samedi 26 août un peu après 22h sur la scène Firestone de Rock en Seine. C’est quoi la formule magique de Fuzzy Vox pour réchauffer l’atmosphère à la nuit tombée ? Doit-on s’attendre à une explosion d’amour sur scène et dans le public ? Paris est-il prêt à tomber sous vos bombes rock incendiaires ?

On voit pas Rock en Seine comme une fin en soi, pour nous c’est un concert comme les autres. La formule magique : c’est d’être vrai, d’être nous-mêmes, qu’on joue devant cinq ou 20.000 personnes, ça ne change rien pour nous tant que l’énergie initiale, la première étincelle est là, entre nous trois, sans rien de superflu, que l’essentiel ; guitare-basse-batterie, rien d’autre. C’est ça la formule magique, le reste n’est pas important ! Ce qu’il faut juste savoir, c’est qu’on a un objectif, un but : foutre le feu à ce concert, dégager le plus d’énergie possible aux gens qui viennent nous voir, et sans mentir, juste avec une guitare, une basse, une batterie et du rock’n’roll. Et ça va marcher plus que n’importe quelle boîte à rythmes électronique ou DJ foireux, on vous le garantit. Le reste, on s’en carre l’oignon !

crédit : Yann Buisson

Retrouvez The Fuzzy Vox sur :
Site officielFacebookTwitterBandcamp