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[LP] Hurray for the Riff Raff – The Navigator

En choisissant de nous faire voyager dans un monde parallèle, là où les apparences sibyllines sont terriblement trompeuses, Hurray for the Riff Raff s’offre le luxe de créer un opus intemporel, où la nostalgie convole en justes noces auprès d’une modernité magnifique et rare. La rencontre parfaite du passé et du présent, sans contrainte, avec la liberté totale d’une artiste affranchie de ses influences.

Le parcours d’Alynda Segarra, alias Hurray for the Riff Raff, est semé d’embûches et de choix artistiques tous plus surprenants les uns que les autres. Un peu comme si la musicienne, ayant décidé de parcourir des terres inconnues pour se chercher, se perdre et éprouver, s’était en quelque sorte mise à nu afin de recevoir, tout en grâce et en pureté, pour ne pas dire de plein fouet, chaque mesure harmonique que de nombreux styles instrumentaux pouvaient offrir à son inépuisable inspiration. Peut-être était-il temps pour elle d’enfin – même si le titre de son nouvel album, « The Navigator », aurait tendance à prouver le contraire – poser ses valises, trouver des attaches qu’elle aura amplement méritées. Pourtant, notre globe-trotter préférée n’aura jamais été autant attirée par le grand large, les tempêtes, les terres neuves d’un art qu’elle seule semble à même d’interpréter. Elle doit naviguer, c’est un fait ; et, pour cela, elle nous adresse un ultime au revoir, transition idéale entre ses pérégrinations antérieures et ses ambitions futures.

Introduit à la perfection par le chant fédérateur « Entrance », chœur marin aussi émouvant que propice au voyage, « The Navigator » est un conte réaliste ; celui d’une femme que rien ne retient, mais qui cherche avant tout à dépasser ses limites dans la sobriété et la justesse. Entre pistes concises proches de l’americana et du folk le plus tendre (« Life to Save », « Halfway There »), moments plus envolés et entraînants (« Hungry Ghost » ou la tendresse chorégraphique et ethnique du formidable « Rican Beach ») ou apaisement de sa conscience survoltée (« The Navigator » ou l’intemporel et onirique « Fourteen Floors », au final nous précipitant vers d’autres terres), Alynda Segarra laisse briller ses humeurs, ses joies, ses souvenirs, en tournant son regard vers ce qui doit être autant que ce qui a été, vers ceux qui l’ont suivie et la soutiennent (incomparables dernières secondes de « Pa’lante »). De ce fait, le disque revêt une admirable cohérence, une histoire en douze chapitres ayant chacun leur importance. Elle, semblant pourtant chez elle sur une pochette que l’on pourrait aisément qualifier d’uchronique, a rarement eu autant le désir d’aller par-delà les frontières. Une quête ancestrale, une recherche de racines et de nouveaux terreaux pour porter son songwriting si délicieux et fascinant (l’envolée frénétique de « Finale »).

Les arrangements qui parsèment « The Navigator », cordes et guitares sensuelles et caressantes, rythmes discrets et sensibles, achèvent d’offrir à la voix de la compositrice un écrin idéal à sa désinhibition, à sa force mentale retrouvée et chérie. De ce fait, on ne peut qu’affirmer que l’album qui nous est donné tient du génie le plus pur, n’ayant que faire des portraits tout juste esquissés et des contraintes réductrices d’une certaine idée de l’écriture. Une offrande qui ne trouvera sa résolution qu’entre nos mains, dans notre interprétation du journal intime de Hurray for the Riff Raff. Autant dire qu’un cadeau aussi chaleureux et prometteur d’éveils de nos consciences s’accepte sans rechigner une seule seconde. Une perle lisse, sans aspérité, mais brillante et éblouissante.

crédit : Eric Ryan Anderson

« The Navigator » de Hurray for the Riff Raff est disponible depuis le 10 mars 2017 chez ATO Records / [PIAS].

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