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[Interview] Alban Coutoux, programmateur de la Route du Rock

Programmateur emblématique de la Route du Rock depuis le début des années 2000, Alban Coutoux convie, au fil des saisons, pointures indépendantes, artistes émergents et festivaliers comblés. À quinze jours de la tenue de la 27e Collection Été, qui réunira notamment PJ Harvey, Editors, The Jesus and Mary Chain, Temples, DJ Shadow, Thee Oh Sees et Soulwax, celui qui écrit l’histoire du festival breton aux côtés de François Floret (directeur du festival) nous raconte, avec authenticité et passion, cette singulière aventure indé et finement iodée.

crédit : Yves Bigot

  • Du 17 au 20 août 2017, la Route du Rock revient pour une 27e Collection Été. Pourquoi avoir choisi ce terme « Collection », emprunté à la mode, pour parler des éditions estivales et hivernales du festival ?

C’est François qui a trouvé cette belle appellation lorsque nous avons décliné le festival en deux éditions depuis l’hiver 2006. C’est vrai que le clin d’œil à la mode est judicieux : en plus des saisons qui se succèdent, il y a la volonté de présenter les tendances musicales du moment et d’être au plus proche de l’actualité.

  • Cette 27e Collection Été met à l’honneur non seulement le rock sous toutes ses formes anglo-saxonnes (notamment psyché avec The Jesus and Mary Chain, Temples, Thee Oh Sees, Foxygen, Yak ou encore Allah-Las), mais également des pointures de l’électro et du hip-hop, à l’instar de l’épatant projet électro-rock des frères Dewaele, Soulwax, et du producteur hip-hop californien, Joshua Paul Davis aka DJ Shadow, sans oublier la Hambourgeoise Helena Hauff, nouvelle reine de la techno outre-rhinoise. Quelle place souhaites-tu accorder à ces projets au sein d’une programmation résolument rock ?

Le mélange rock et musiques électroniques est quand même assez ancien ! Depuis le début des années 80 avec New Order, Primal Scream au début des années 90, Madchester… La liste est très longue. Notre édition la plus électronique est sûrement celle de 2000 avec Laurent Garnier, Death In Vegas, Roni Size… Ce qui importe, c’est de construire les soirées de la manière la plus cohérente possible pour terminer par le groupe le plus explosif. En ce sens ; LCD Soundsystem, !!! et Battles ont été de formidables clôtures de festival par le passé. Pour revenir à 2017, DJ Shadow, Soulwax (avec cette formation à trois batteurs) et Tale of Us s’inscrivent parfaitement dans cette optique de terminer la soirée en dansant.

  • Cette année, les seuls groupes français joueront sur la scène gratuite de la plage de Bon Secours : Calypso Valois le vendredi, Le Comte le samedi et Petit Fantôme le dimanche, sans oublier le digger rémois Prieur de la Marne en DJ set. Une petite présentation maison de ces différents projets s’impose !

Prieur de la Marne, l’idée était là depuis quelque temps mais c’est en voyant son dispositif scénique unique (perché sur une chaise de maître-nageur avec ses platines) que c’est devenu évident de l’inviter pour mixer sur la plage. Il faut s’attendre à une sélection totalement éclectique, passant de pépites oubliées de la chanson française aux hymnes pop, comme à son habitude ! Le Rennais Le Compte promet quant à lui une electronica onirique toujours en évolution, aux boucles aériennes et éthérées. Calypso Valois, c’est juste après l’écoute de son premier disque que nous l’avons invitée : deux titres de pop synthétiques irrésistibles. Pour Petit Fantôme, nous attendions tous la suite de « Stave » avec impatience, hâte de découvrir les nouveaux titres de son album à paraître à la rentrée.

  • Quelles sont les composantes de la programmation de la Route du Rock ? Autrement dit, qu’est-ce donne, selon toi, à la Route du Rock son ADN si singulier et qui concourt depuis tant d’années à en faire l’un des rendez-vous incontournables des festivaliers français ?

C’est assez difficile de répondre à cette question, l’important est de rester sincère et fidèle à ses idéaux originels : proposer des artistes hors-normes, peu exposés en France. C’est en restant intègre et honnête dans notre démarche que les festivaliers nous accordent leur confiance.

  • Tu es depuis 2004 à la tête de la programmation de la Route du Rock ; comment maintient-on l’exigence de la découverte ? Et comment arrives-tu à conserver la passion et la curiosité des débuts ?

Il faut toujours garder l’envie, la curiosité, d’écouter un nouveau groupe sans aucun a priori, lire la presse, discuter avec les artistes, les labels, les agents, les disquaires… Et toujours avoir peur de passer à côté d’un artiste majeur !

  • Quelle serait ta définition d’une tête d’affiche idéale ? Et, au regard de la programmation de cette année ou des années précédentes, à quels artistes pourrais-tu faire allusion en ces termes ?

PJ Harvey qui jouera le vendredi cet été illustre parfaitement cette idée de tête d’affiche idéale : une artiste au succès public et critique indéniable mais qui a su conserver son intransigeance artistique, sans jamais se répéter, en explorant constamment de nouvelles pistes au fil de ses albums depuis 1992. On pourrait également citer Nick Cave, Portishead, Sonic Youth…

  • La Route du Rock, ce sont également des retrouvailles : après Savages l’an passé, c’est au tour de PJ Harvey, de Mac DeMarco ou encore de Temples de remettre les pieds au Fort Saint-Père. Qu’est-ce qui contribue à la fidélité de ces artistes envers le festival ?

On espère à chaque fois que les artistes conserveront un souvenir particulier de leur passage à Saint-Malo. Pour l’instant, aucun groupe n’a refusé de revenir jouer au festival : l’accueil ne doit pas être trop mauvais ! Plus sérieusement, les artistes sont sûrement sensibles à la cohérence artistique de la programmation, beaucoup jouent ou vont jouer avec des groupes qu’ils apprécient. Le respect et l’écoute attentive dont font preuve les festivaliers sont également des éléments importants pour les groupes : ils savent qu’ils sont attendus et appréciés.

  • Autre grand rendez-vous de cette édition : Interpol rejouera dimanche 20 août son premier album, « Turn on the Bright Lights », qui fête cette année ses 15 ans. Un concert évènement, quand on sait que le groupe de Paul Banks était à l’affiche de la Route du Rock en 2001 pour y présenter ce même album. Quels souvenirs gardes-tu de ce premier concert et quelles sont tes attentes quand à cette performance anniversaire ?

En 2001, honnêtement, personne ne les connaissait, ça a été une découverte incroyable pour beaucoup : ces quatre New-Yorkais avec leur rock tendu et viscéral, habillés tout en noir, avaient une classe folle. En 2002, ils sont revenus triomphants pour présenter cet album magnifique « Turn On The Bright Lights ». Le fait de jouer un album en intégralité est toujours un grand moment pour les fans, Sonic Youth l’avait fait avec « Daydream Nation » en 2007, The Notwist avait rejoué « Neon Golden » en 2015 et ces concerts restent des moments inoubliables. On espère bien sûr avoir autant de frissons avec Interpol !

  • La programmation de la trentième édition de la Route du Rock, y penses-tu déjà ?

Non ! Mais à celles (hiver et été) de 2018 évidemment !

  • Hormis du beau temps, le bon déroulement et le maintien de tous les concerts (l’épisode Björk, remplacée in extremis par Foals en 2015), que peut-on souhaiter à la Route du Rock cet été ?

Simplement de beaux concerts, de belles émotions et de belles rencontres. C’est un peu la définition d’un festival réussi, non ?

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