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[Live] Main Square Festival, jour 2

Si la première journée de cette treizième édition du Main Square Festival fut marquée par sa dualité rock/électro, cette deuxième journée, le samedi 1er juillet, offrit une plus grande diversité : entre la pop-folk de Talisco et la house de Kungs en passant par la soul de Rag’N’Bone Man, ce programme ravit les festivaliers et faillit nous faire perdre la tête à force d’allers-retours incessants entre les deux scènes.

Cage The Elephant © Louise Lemaire

Un duo de rockeurs pour commencer la journée sur la Main Stage ? L’initiative s’était avérée efficace la veille et elle l’est encore aujourd’hui avec The G. Les deux jeunes Corses ont été appelés in extremis en renfort pour remplacer le groupe islandais Kaleo, qui a déclaré forfait une semaine plus tôt. Ils ne cachent pas leur joie et la partagent avec les quelques festivaliers présents dans le public. À peine 12 et 16 ans, mais ils maîtrisent déjà tous les ingrédients d’un concert réussi : des morceaux entraînants et un échange actif à l’image, de ce « Are you ready for this fucking jump ? » lancé comme une invitation. Il ne leur manque plus que des titres vraiment accrocheurs qui resteront en mémoire une fois le concert passé et qu’on aura envie de réécouter. Philippe Manœuvre aurait déclaré : « Les Corses vont-ils sauver le rock français ? », en les évoquant. Et, si on entend cette formule un peu trop souvent de nos jours, cette fois-ci, on veut bien parier que, dans quelques années, The G aura sa place au sein d’une programmation bien rock comme celle proposée par le festival la veille.

Du côté de la Green Room, la journée débute sagement avec le groupe d’indie pop Walking On Cars. Les refrains sont toutefois entraînants, et le public semble apprécier cette douceur, bien loin de l’hystérie d’hier. Les mélodies des Irlandais apaisent les cœurs des moins férus de rock qui ont pris une sacrée paire de décibels depuis l’ouverture de la citadelle pour ce week-end.

Cette ambiance tendre et joyeuse se poursuit sur la Main Stage avec Talisco. Fort de la sortie de son deuxième album, « Capitol Vision », le Bordelais et ses deux musiciens affichent un large sourire. Le public ne résiste pas à la bonne énergie de ses compositions pop-folk, tant elles sentent bon l’été et respirent le positivisme. On peut tout de même regretter qu’aucun titre ne se démarque franchement, même si on reconnaît les premières notes de « The Keys » et « Your Wish » pour avoir toutes deux illustré une publicité. Un show sympathique, donc, mais qui manque d’intensité, surtout en comparaison de ce qui s’annonce sur la Green Room.

L’australien Xavier Rudd se présente pieds nus et a des allures de hippie moderne. Sa musique est en accord avec sa prestance atypique : tel un gourou bienfaiteur, il enchaîne les morceaux devant des festivaliers captivés, qu’ils soient connaisseurs ou non. On est comme happé par l’énergie positive et tranquille qui se dégage de ses compositions aux accents folk et reggae. On a attendu avec impatience, intrigué, le moment où il joue du didgeridoo, cet instrument traditionnel en bois utilisé par les Aborigènes du nord de l’Australie. Le point d’orgue de ce show hypnotisant fut sans aucun doute les morceaux qu’il interpréta avec une guitare acoustique posée sur les genoux, impressionnant de maîtrise.

L’exigence du Main Square Festival fait qu’on quitte un artiste de qualité pour un autre et ce sont les Américains de Cage The Elephant qui sont annoncés sur la Main Stage. Les cinq musiciens sont acclamés dès leur entrée, le bassiste Daniel Tichenor ayant clairement des airs d’écolier rebelle à la Angus Young avec sa casquette et sa veste militaire, mais la clope au bec. Le chanteur Matt Shultz les rejoint peu après et déboule telle une furie : il court d’un bout à l’autre de la scène, s’attardant même aux extrémités pour faire danser le public et se déhanche incessamment, son pantalon pattes d’éph’ noir et sa chemise rouge entrouverte finissant de lui donner un air de Mick Jagger. Il ne s’arrête que pour interpréter « Too Late To Say Goodbye », ballade rock mélancolique tirée de « Tell Me I’m Pretty », pour lequel ils ont obtenu le Grammy Award 2017 du meilleur album de rock. Pour ceux qui doutaient de la légitimité de cette récompense, il suffit de les observer sur scène : un concert éblouissant de technique jusqu’à la fin.

Rag’n’Bone Man n’a pas encore gagné de Grammy Award, mais cela se pourrait dans quelles années, au vu de la qualité et du succès de son premier album, « Human ». Il débute son concert avec « Wolves », dont sa choriste entonne l’intro si reconnaissable et entraînante. Sa musique soul est l’exception d’un week-end qui explore tous les genres. D’une extrême justesse, sa voix douce et puissante enveloppe la foule qui se laisse bercer sur « Lay My Body Down ». Les festivaliers acclament bien évidemment ses tubes « Human » et « Skin », ce dernier étant interprété dans une version plus lente et contemplative que la version originale. Pour son premier passage au Main Square Festival, Rag’n’Bone Man délivre un concert sans accroc et satisfait pleinement les festivaliers.

Sur la Main Stage, une autre artiste qui s’est imposée avec un seul album arrive sur scène : Jain. Du haut de ses 25 ans, elle fait figure de tête d’affiche française du festival, tant son électro-pop entraîne tout sur son passage : un double-disque de platine pour « Zanaka », deux Victoires de la Musique en 2017, une identité musicale et visuelle bien définie et, surtout, des refrains que chacun a eu au moins une fois en tête. Les festivaliers du Main Square ne dérogent pas à cette règle et chantent avec euphorie les refrains de « Come » et « Makeba ». La chanteuse descend même au bord de la foule pour enregistrer quelques festivaliers qui deviennent ainsi les voix du « Come, come, my baby come ». On décerne à Jain la palme du concert le plus sympathique et participatif pour le public car, en plus de ce sample, elle fait crier le public et effectue sa traditionnelle sortie dans sa bulle. On s’attendait en revanche moins à sa reprise du générique de « L’inspecteur Gadget », qu’elle fait chanter par le public.

Le concert qui suit sur la Main Stage fut beaucoup moins bienveillant ; mais, niveau communion avec le public, on a atteint le paroxysme avec Die Antwoord. Les Sud-Africains étaient les seuls à rivaliser avec System Of A Down en terme de tee-shirts à leur effigie, et même le chanteur de North Rain en portait un alors qu’il se produisait sur la Green Room la veille. Si l’expression qui vient à l’esprit de tout le monde pour qualifier les shows de Die Antwoord est « un joyeux bordel », il ne s’agit pas d’une exagération, tant les spectateurs s’abandonnent complètement et se défoulent aux rythmes effrénés des morceaux de ce groupe hors-norme. Les festivaliers les plus téméraires nous montreront fièrement les traces des nombreux pogo réalisés durant ce concert. Les autres se contenteront de danser frénétiquement et d’acclamer la longue liste des morceaux emblématiques portés par la voix si particulière de Yolandi Visser et le flow de Ninja : « Baby’s On Fire », « Ugly Boy », « I Fink U Freeky », « Banana Brain », « Fatty Boom Boom »…

Enfin, pour ceux qui n’étaient pas préparé à recevoir une telle claque, le Main Square laisse toujours le choix et ils ont pu se réfugier du côté de la Green Room qui accueillait Kungs. Il est le nouveau DJ français qui fait danser la planète, alors les festivaliers comptent bien en profiter. Le jeune prodige ne leur laisse pas une seconde de répit et leur sert un set qui enchaîne méthodiquement les tubes d’hier (« Voulez-vous » d’ABBA, « Jump » de Studio Allstars) avec ceux d’aujourd’hui (« Shape Of You » d’Ed Sheeran, « Starboy » de The Weeknd), en passant par ceux des autres DJ français : David Guetta, Daft Punk, Martin Solveig et Justice. Il intercale bien évidemment ses propres morceaux qui l’ont fait connaître et que l’on entend un peu partout : « This Girl », « I Feel So Bad » et « Don’t You Know ». Un peu trop simple, diront certains, mais il suffit de jeter un coup d’œil du côté du public pour en observer l’efficacité.

La soirée se poursuit dans le même ton avec Major Lazer, à grands renforts de canons à confettis, effets pyrotechniques et danseuses. Alors que Kungs faisait chanter le public, les morceaux mixés par Diplo sont plus électro, réservant leurs tubes « Lean On » et « Watch Out For This » pour le final. Pour l’ambiance, la devise du trio de DJs fait son effet : « When I say Major, you say Lazer ! ».

La soirée se termine avec un autre trio électro sur la Green Room : Dirtyphonics. Si on se sent un peu agressé par leurs sons extrêmes et le rythme caractéristique du dubstep, les festivaliers qui ont été frustrés par le manque de place pendant le show de Major Lazer peuvent se rattraper et se défouler pleinement. Ils ne seront pas les seuls, puisque Matt Shultz, l’inépuisable chanteur de Cage The Elephant, les rejoint à la fin de leur set pour une dernière danse.

Ce dernier concert est à l’image de cette incroyable journée au sein de la citadelle d’Arras : il prouve que tous les genres peuvent cohabiter et que la communion avec le public prime sur tout le reste.

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