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[Interview] Polo & Pan

Dimanche 9 juillet 2017. La formation électro Polo & Pan débute sa tournée d’été au festival Terres du Son, près de Tours. Alors qu’il était en train de repasser ses costumes de scène dans sa loge, le duo accompagné de ses deux chanteuses a joué au jeu des questions/réponses avec indiemusic. Entretien avant le moment suspendu qu’a été leur concert.

crédit : Yann Puron

  • On vous le demande toujours, mais c’est important de le rappeler : qui est Polo, qui est Pan ?

Pan (Alexandre Grynszpan) : Salut, moi c’est Pan. Je m’appelle Pan parce que ça vient de Peter Pan, personnage que j’affectionne particulièrement.

Polo (Paul Armand-Delille) : Moi c’est Polo. Je m’appelle Polo parce que mon prénom c’est Paul, voilà c’est comme ça.

  • Nous sommes en ce moment en pleine séance de repassage pour les costumes, j’imagine ?

Pan : Oui ce sont des tenues de scène qui ont été créées par la charmante Marguerite ici présente.

Marguerite Bartherotte : Bonjour ! G.KERO, ça s’appelle. J’ai une marque de vêtements donc j’en profite pour habiller mes beaux amis qui sont en plus très talentueux. J’habille les garçons et les filles avec des jolis kimonos en soie.

  • Qui est donc la personne qui repasse ?

Victoria Lafaurie : Moi, je suis la femme de ménage de Polo & Pan (rires). Je m’appelle Victoria et je chante occasionnellement.

  • Ce soir, le concert est une version live, ce n’est pas un DJ set. Vous avez prévu des choses particulières ?

Polo : Ce soir, on fait notre live qui dure une heure et où l’on va jouer un petit peu nos morceaux. On va passer par la Canopée, on va passer par des éléments aquatiques ou par le feu avec « Dragon Pom Z ». Voilà c’est notre petit set, c’est notre voyage, on va prendre la caravelle tous ensemble ce soir.

Victoria : Elle est passée d’ailleurs tout à l’heure, on l’a vue !

  • Il va y avoir une caravelle, une petite mise en scène ?

Pan : La caravelle, c’est un moyen de transport hybride. C’est autant une voiture qu’un avion ou un bateau. C’est toute sorte de moyens de voyager dans des destinations qu’elles soient concrètes, imaginaires ou fantasmées. Donc ce soir, ça va être un peu tout ça, ça va être un voyage !

  • « Caravelle », c’est aussi le nom de votre premier album. Vous avez fait le choix de faire des morceaux où l’on chante en français. C’est de plus en plus rare. Est-ce que vous pouvez nous expliquer ce choix ?

Pan : Ce qui est marrant, c’est que ce soit rare en fait. Parce que cette langue que l’on nous a apprise dès notre plus tendre enfance, même si Paul est franco-américain, c’est une langue que l’on affectionne particulièrement et qui n’est pas forcément la plus facile à faire sonner. Mais elle reste très musicale. Elle est riche. C’est naturellement que l’on a décidé de chanter en français.

Polo : Nous, on aime beaucoup la musique électronique, la dance music, etc., mais on vient aussi de la chanson et même de la grande chanson française. Il y a une tradition et peut-être que dans les années 90 beaucoup d’artistes qui ont voulu chanter en anglais pour élargir un peu le public. Mais en ce moment, on n’est pas les seuls. Il y a beaucoup d’artistes de la scène française qui renouent avec le français. Et on est ravis de faire partie de ça.

  • Vous pensez à des groupes comme Paradis notamment ?

Polo : Exactement. Flavien Berger, Paradis…

Pan : Fishbach, Juliette Armanet, l’Impératrice… Tout un tas de jeunes talents. Et la Femme évidemment, bien sûr que l’on adore.

  • Vous avez choisi de signer sur le label Hamburger Records. Est-ce que vous pouvez nous expliquer ce choix ?

Pan : Et bien parce que l’on est des grands gourmands, que l’on aime tout ce qui a trait à la bouffe comme les hamburgers et ce n’est pas le seul label puisque l’on est sur deux labels. L’autre s’appelle Ekler’o’shock. Tu vois, je ne mens pas quand je te dis que l’on est gourmands ! Et en dehors de cette petite blague culinaire, c’est avant tout des amis et ce sont des gens qui ont un grand sens de la musique et qui ont ce respect pour les décisions que l’on a envie de prendre. Ce ne sont pas des gens qui ont voulu mouler un groupe. Ils ont adhéré à notre univers, ça fait plusieurs années que l’on travaille ensemble et on est ravis.

  • À la base, vous étiez tous deux DJs au Baron. Comment êtes-vous venus à la composition musicale ?

Polo : Eh bien, en fait, chacun de notre côté, on produisait un peu de musique. J’ai notamment monté plusieurs groupes et eu plusieurs expériences. J’ai monté un studio dans une usine à Asnières qui s’appelle La SIRA avec des copains. Alex faisait aussi du son sur Ableton et on bricolait déjà du son depuis longtemps et on s’est trouvés. On a commencé à bosser ensemble et ça s’est fait comme ça. De bonnes choses sont arrivées ensuite par notre rencontre. Donc voilà c’est parti de là.

crédit : Barrere & Simon

  • Comme vous le disiez, votre musique fait voyager. Que conseillerez-vous comme endroit, comme contexte pour écouter votre musique ?

Polo : Le disque est quand même vachement protéiforme, il se passe plein de choses donc ça pourrait être pour plein de moments dans la journée. Ça peut être pour le matin pour se réveiller, il y a de la douceur. Il y a des morceaux qui sont destinés à la nuit, à la fête. On va dire qu’en général, on a une couleur assez solaire. On fait une musique du jour, assez positive. Moi j’aime bien l’écouter dans le train, les paysages défilent… C’est un bon moment pour écouter notre musique.

  • Puisqu’il pleut, vous allez donc pouvoir ramener le soleil ?

Polo : On en est capables.

Pan : Mais la pluie est également l’un de nos visages. C’est vrai d’ailleurs qu’il y a un morceau que l’on a fait qui s’appelle « La Pluie » et que l’on n’a jamais sorti. C’est un doux bruit, un bruit rassurant. C’est aussi un son que l’on aime beaucoup. Il y a l’idée de la protection, de la bulle. Et tu vois, quand tu es sous une tente comme ici actuellement et que tu entends ce petit clapotis, eh bien, en fait, c’est aussi une source sonore très confortable.

  • On parle justement de son « naturel ». Pierre Henry a disparu il y a quelques jours, que vous évoque son œuvre ?

Pan : Pierre Henry est un pilier de la musique concrète, expérimentale et électronique. On a collaboré avec les nouvelles relèves de ce genre de musique comme Jacques qui fait du micro-sampling et des performances en live suite à ça. C’est fascinant. Nous, on fait moins ce travail en live, mais en studio on adore puiser dans le son en lui-même et même dans les bruits puis les transformer, leur passer une couche de vernis, en faire des claviers… Et je pense que la force en ce moment des groupes s’explique grâce aux nouvelles technologies, par la facilité d’avoir un home studio et de pouvoir transformer n’importe quel son qui est intéressant. Pour des mecs comme Pierre Henry, ça devait être beaucoup plus compliqué. Il y avait un vrai savoir-faire. Maintenant, je pense que c’est très accessible et que c’est en ça que la musique est variée. Puisqu’à défaut de trouver des nouveaux procédés musicaux, il faut puiser dans la vie de tous les jours, dans les sons. Donc voilà, on est peut-être humblement les dignes héritiers de ces gens comme Pierre Henry.

Polo : Ils ont tout inventé. Et nous, on arrive… C’est vrai qu’il n’y a pas eu beaucoup de nouvelle technologie récemment qui a permis de changer la musique. Ça fait longtemps que la musique électronique a été inventée, les synthés, les ordis… C’est quand même assez vieux, ça a trente ans ou quarante ans. Et nous, on est dans un métissage. On ne peut pas créer de musique entièrement neuve. Et on est beaucoup dans les références, dans l’histoire et dans des imaginaires qui existent déjà et on essaie de les mélanger les uns avec les autres plutôt que de faire de la création pure. Mais on a aussi cet esprit d’explorateurs et d’expérimentateurs que Pierre Henry a initié, et on va essayer de continuer à développer cet aspect dans notre musique.

  • Puisque l’on parle d’exploration, lorsque l’on écoute votre album « Caravelle », j’ai l’impression que l’on voyage beaucoup dans notre esprit, en introspection. On retrouve l’idée des voyages extérieurs aussi. Est-ce que c’était le feeling que vous vouliez donner sur le fil de l’album ?

Pan : Oui, tout à fait. On va prendre même l’exemple du Brésil qui est une source d’inspiration extraordinaire pour nous. On a fait plusieurs morceaux issus de la bossa et en fait on n’est jamais allés là-bas. Donc l’idée de l’introspection, c’est aussi l’idée du fantasme. C’est l’idée d’avoir une vision très subjective des choses, de les déformer. On peut même parfois parler de psychédélisme dans notre musique à l’image de « Dorothy » où l’on a voulu détourner les codes du Magicien d’Oz. On a voulu les rendre complètement psychédéliques à travers ce clip où il y a des switchs complets et ça devient presque apocalyptique. On est en tout cas dans l’idée du fantasme, clairement. Le détournement de la réalité passe par ça.

  • C’est vrai qu’il y a un côté hallucinatoire dans votre musique. Ça aussi c’était réfléchi, voulu ?

Polo : Je pense que c’est un truc qui ressort souvent chez nous en tant que DJs. Il y a plein de ces influences qui se mélangent en nous depuis beaucoup d’années. C’est pas de la musique entièrement psyché, mais il y a des petites notes, parce que c’est de la musique que l’on aime bien. On a une passion pour les dessins animés et l’univers de l’enfance où tout est possible et où il se passe des transformations. On imagine ce qu’on veut. C’est ça notre psychédélisme.

Pan : Le psychédélisme, c’est un petit laps de temps. C’est quelque chose de très automatique qui sort de toi. On a passé énormément de temps à finaliser et à peaufiner les morceaux. Mais souvent, le gros du truc arrive très spontanément. Peut-être qu’en une ou deux semaines, on est capables de fournir une première maquette, et parfois, pendant un an ou deux on va la transformer. Mais ce psychédélisme, il vient de cette chose qui t’arrive spontanément, je pense.

Interview réalisée en collaboration avec Radio Campus Tours

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