[LP] Grimme – The World Is All Wrong But It’s All Right

En acceptant de jouer le jeu enivrant et captivant de Grimme, chacun d’entre nous se retrouve immédiatement submergé par des émotions rappelant aussi bien l’enfance que les échecs, les espoirs, les doutes et les passions les plus tourmentées mais vitales. Un disque totalement à part dans le paysage hexagonal, écrit et composé avec une incroyable science de l’émotion et de la construction rythmique et harmonique. Une aventure captivante, que l’on ne peut cesser d’écouter encore et toujours pour en découvrir tous les bijoux d’orfèvre qu’il recèle.

Grimme The World Is All Wrong But Its All Right 600x600
crédit : Aleksandra Sobol & Grimme

Est-il encore possible d’être littéralement transporté et bouleversé par un album de ses premières notes à ses ultimes accords, sentant au plus profond de nos chairs que l’on est face à une œuvre vivante, en mouvement, source de lumière et de plaisir tout en incitant chacun d’entre nous à se l’approprier, à y lire nos propres histoires ? Avec son premier disque, « The World Is All Wrong But It’s All Right », le compositeur lyonnais Victor Roux, alias Grimme, marche dans les pas de ces créateurs se plaisant à bouleverser les mélodies et les structures, faisant des artifices des sources humaines et acoustiques trépidantes et, plus que tout, radicalement immersives. Avec ce joyau brillant de mille feux, l’artiste a travaillé sans relâche à une lecture profonde et précise de l’âme, des désirs et réjouissances de petits moments existentiels revêtant alors une importance primordiale dans notre évolution. Une pièce maîtresse, majeure et magique.

Il ne nous viendra à aucun moment l’idée saugrenue de comparer la démarche artistique de Grimme à d’autres projets, tant celle-ci demeure aussi originale qu’inédite et relevant du jamais entendu, si l’on peut l’appeler ainsi. Le sourire aux lèvres gravé sur nos visages par la pop organique du titre éponyme et de « From The Birds », dialogue entre les cuivres et le timbre confident et accueillant de Victor, nous met à l’aise pour mieux nous faire quitter la terre ferme et errer dans des limbes nuageuses et paisibles. Contemplant ce monde en récession et en décomposition à travers les yeux d’un enfant qui donnerait tout pour bâtir de nouveaux terrains de jeux accueillants et aimants (« I’ve Gone To Sleep »), Grimme invite les cordes à donner un mouvement volontaire, à nous faire marcher vers des lieux oniriques et intimes (« Lordship Lane » ou l’énergétique et obsédant « Split Violins ») jamais foulés par l’homme ni par sa capacité inhérente à vicier tout ce qu’il touche. Peu importe que notre planète soit vouée à la destruction, sans pour autant que l’opus sombre inutilement dans la fable écologique la plus facile et inutile ; non, dans ces arabesques touchantes et prégnantes, on accepte avec confiance et un désir croissant de se laisser capturer par des danses nocturnes autour de feux sacrés (« Sail On »), de retrouver les bras de l’être aimé en lui faisant découvrir des lieux toujours plus éclatants que sa prison de verre (« Alexandra’s Palace ») ou, enfin, d’unir ces chants libres et ces instruments à l’importance capitale dans une fulgurance finale d’une beauté à couper le souffle (« From A King To A Jack »).

Alors oui, notre lieu de survie et de progrès est malade, pollué et devient, au fur et à mesure d’une pseudo-évolution, l’objet de toutes les rancœurs et des plus grandes déceptions. Mais, tandis que Grimme observe et écrit, sur le carnet de ses mémoires et de ses pensées, des airs et chansons proches de nous, de notre imaginaire et de nos besoins quotidiens, ces sentiments asséchés qu’une eau régénératrice va bientôt, à travers « The World Is All Wrong But It’s All Right », nourrir et faire renaître et refleurir, la blancheur immaculée d’un espoir trop tôt ignoré revient devant nos yeux et prend forme pour mieux épouser nos contours et nos peaux si pâles, illuminant nos regards de mille teintes pures et multiples. Un disque vertueux et indispensable, qui ne cesse de nous obséder et de nous prendre dans ses filets pour mieux soigner nos tourments.

Grimme 600x610
crédit : Guillaume Genetet

« The World Is All Wrong But It’s All Right » de Grimme est disponible depuis le 24 mars 2017 chez Hot Puma Records / Vibrations sur le fil / Absilone.


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Raphael

En quête constante de découvertes, de surprises et d’artistes passionnés et passionnants.

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