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[EP] Angelfish Decay – Hypnotised Tourist

En mélangeant la délicatesse de cordes à l’importance harmonique capitale et des élans entre folk et blues rock, Angelfish Decay signe un disque totalement à part et immédiatement affectueux, car parcourant des terrains vagues laissés en jachère mais sur lesquels ne tardent pas à pousser de véritables fleurs musicales aussi admirables que vénéneuses.

Beaucoup de groupes ou artistes utilisent les instruments acoustiques, et plus particulièrement les violons, altos, violoncelles et contrebasses, pour renforcer des idées sonores toujours plus profondes grâce à l’apport primordial de ces sources extatiques. Mais, toujours rangés dans les tiroirs d’arrangements finalement peu valorisés, ils ne sont jamais mis en avant, ne pouvant alors pas apporter leur réel capacité de langage et d’émotions à la palette d’artistes peu enclins à leur laisser la place qu’ils méritent. Que l’on se rassure cependant : avec « Hypnotised Tourist », les Parisiens d’Angelfish Decay remettent les pendules à l’heure, soufflant une inspiration nouvelle grâce à l’utilisation parcimonieuse et essentielle d’un quatuor vital et vivant, accompagné de rythmes bruts ou chaloupés et portés par un chant habité et puissant. Le résultat ne fait pas que sortir de l’ordinaire : il devient vite passionnant car inattendu, inespéré et radical. Ce dont on ne va certainement pas se plaindre…

La frénésie vibrante et palpitante de « Go Somewhere » ouvre le bal ; ou plutôt, les hostilités. Car les mélodies d’Angelfish Decay sont surtout là pour en découdre avec le tout-venant populaire et tracer leur chemin à grands coups de coudes et d’archets. L’invitation n’en est que plus belle, quelque part entre le dépouillement et l’évocation sans faille d’une terre aride où dialoguent voix et musiciens, modifiant en cours de route leur propos afin de mieux le mettre en valeur. « Smart Phone », le blues à l’âme, se pare d’une aisance électro le métamorphosant en une substance aussi visqueuse que douce, recouvrant tout sur son passage, à commencer par nos cerveaux totalement captivés. « Today » invoque le funk et l’ampleur d’un rock où les chœurs, délicieux et tribaux, pénètrent l’essence même d’une humanité ici mise à nu et interprétée avec conviction et dévotion. « Pylons » s’étire, langoureusement, illuminé par un rayon de soleil artificiel, un éclairage au néon où l’ordinateur devient palpable, mouvant. « City Noise », enfin, capte les bruits d’une ville nocturne, des clubs et de lieux peu fréquentables mais par lesquels on se sent irrésistiblement attiré.

Il fallait oser se démarquer, offrir aux cordes leur réelle importance dans les tourments de créations aussi souples que l’argile et aussi râpeuses que le silex ; c’est pourtant ce qu’est parvenu à accomplir Angelfish Decay avec cet EP capital, tournant non négligeable dans la sphère artistique hexagonale. On se prend à laisser couler dans nos veines la sève sulfureuse de pistes douces-amères, laissant un goût aussi sucré qu’âpre sur nos langues et dans nos âmes troublées et hypnotisées. Nul doute que le phénomène doit prendre une dimension encore plus trépidante sur scène ; en attendant, « Hypnotised Tourist » marque une étape inoubliable, sulfureuse et sensuelle, que l’on n’est pas prêt d’oublier !

« Hypnotised Tourist » d’Angelfish Decay est disponible depuis le 10 février 2017 chez Microcultures.

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