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[LP] WYVE – Birth

En dépassant le stade de la simple électro-pop pour la faire éclater dans des sphères aussi célestes que mélancoliques, WYVE signe un premier album admirable et sans aucun défaut ; une gageure difficile à respecter en ces temps musicalement prolifiques, mais qui nous permettent de découvrir des projets aussi impliqués artistiquement qu’émotionnellement dans leurs créations. « Birth » est un disque qui touche la lumière et s’en imprègne pour mieux éclairer nos routes désertes et solitaires.

Deviens ce que tu veux être, sans trop t’interroger sur les conséquences mais en profitant pleinement de chaque chose, de chaque rencontre, de chaque événement qui pourrait bouleverser ta vie ; c’est, en substance, ce que nous incite à faire le duo parisien WYVE avec « Birth », premier opus aussi hypnotique que révélateur de beautés cachées dans les recoins de nos âmes trop souvent embrumées. Nous amenant à contempler notre moi intérieur tout en nous guidant à travers huit pistes extatiques et libératrices, Michaël Dietrich et Maxime Toussaint ont mis tout leur savoir-faire dans des compositions dépouillées, parfois fragiles et sur le fil, mais avec un talent d’équilibristes qui touche au génie. Chaque instrument, chaque arrangement, aussi discrets soient-ils, amènent à leurs titres une douceur au spleen reposant et nous consolant de nos drames quotidiens. Une véritable thérapie entre électronique et humanisme.

Les guitares caressent nos peaux froides et les réchauffent sur le magnifique « Birth », naissance tout en délices et gestes tendres, nous invitant à pénétrer dans la loge noire de WYVE, là où tout est possible, et surtout le meilleur. Lorsque les deux comparses ne nous dévoilent pas des moments emportés et éclairés, mini-symphonies du désespoir et de la rédemption (« Only You », « Drifting Away »), ils envoient dans nos membres meurtris une décharge électrique bienvenue et amenant à la danse (« I Wanna Go ») avant de faire exploser toute la dimension artificielle et extraterrestre de leurs sonorités les plus sauvages et pénétrantes (« Breathe »). Il aurait été simple de se contenter de laisser les machines faire tout le travail, mais il n’en est rien ici : car le numérique se met au service de l’individu, de ses pensées les plus profondes, de ses obsessions les plus perturbantes (le fulgurant « Drifting Away ») ou bercées d’illusions (« Lost »). WYVE pousse cette rencontre à son paroxysme, sans jamais omettre un seul instant la puissance sensitive de ses œuvres, poésies mécaniques de nos psychés consolées et entendues, puis exposées au grand jour par un projet qui ne craint ni de se révéler, ni de refléter nos tourments les plus sombres pour mieux les exorciser.

« Birth » est autant la naissance d’un groupe exceptionnel que la maïeutique de nos tremblements innés, de nos absences, de nos tristesses. Un disque tout sauf inoffensif, troublant et merveilleux, charriant ses rivières glacées et ses torrents de lave avec une justesse et une intelligence admirables. Pour un premier essai, on tient là un coup de maître, hantant nos jours et nos nuits et nous protégeant de nos démons et de nos peurs les plus inavouables. Une inoubliable errance dans l’invisible, dans la brume, alors que des mains accueillantes nous ravissent et nous capturent pour nous mener vers notre délivrance.

« Birth » de WYVE, sortie le 17 mars 2017 chez Modulor.

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