[Interview] La Féline

Quelques semaines après nous avoir offert un « Triomphe » aussi inattendu qu’indispensable, nous souhaitions suivre les traces de La Féline afin de découvrir, en sa compagnie, ce qui constitue l’essence même de ses élans artistiques aussi magiques que profonds. En effet, le nouveau disque qu’elle nous a donné à entendre a laissé dans nos âmes et nos cœurs une empreinte précieuse, dépassant la pop pour aller rechercher l’origine de ses créations au plus profond d’elle-même, sans pudeur et avec un talent d’écriture et de compositions précis et sublimes. Rencontre avec Agnès, afin d’en apprendre davantage sur la naissance, le présent et l’avenir de ses chansons et leur importance fondamentale dans une existence qui serait si terne sans elles.

  • Bonjour Agnès et merci de bien vouloir répondre à nos questions ! Deux ans se sont écoulés entre « Adieu l’enfance » et ce nouvel album, « Triomphe ». Quelles ont été tes activités pendant cette période, notamment musicalement ?

C’est probablement la période de ma vie où j’ai le plus fait de musique, le plus composé, disons le plus intensément, en immersion, sur une période assez longue, pour pouvoir choisir parmi plusieurs directions possibles, approfondir et travailler mon son et le sens qu’a la musique pour moi aujourd’hui. Non seulement j’ai enregistré ce disque pour La Féline, mais j’ai aussi enregistré d’autres projets, encore non publiés. Autant dire, de ce côté là, que cette période de ma vie a été très heureuse. En parallèle, j’ai écrit des choses un peu plus théoriques. Mais je dois dire que la musique a dominé.

  • Ce qui frappe au premier abord, à l’écoute de « Triomphe », c’est sa richesse instrumentale, cette volonté de pousser chaque chanson dans ses retranchements en les rendant à la fois complexes et justes, entêtantes. Comment as-tu abordé le processus de composition avec ce nouvel album?

Je suis partie de beaucoup d’improvisations. D’un grand désir de musique, aussi. D’une folle envie de jouer, et de jouer dans la perspective de jouer avec d’autres et à d’autres. Ça peut paraître un peu abstrait dit comme ça, mais c’est en réalité très concret, au bout d’un moment. Ça devenait une sorte de drogue, de se donner rendez-vous avec Xavier Thiry et d’improviser sans relâche, pendant cinq-six heures, durant plusieurs jours d’affilée. J’ai composé et écrit à partir du matériau de ces improvisations, j’ai constitué mon petit voyage avec les moments d’improvisations qui m’avaient amenés le plus loin, ou que je sentais pouvoir incarner avec le plus de justesse.

  • Comment toi et Xavier Thiry vous partagez-vous les tâches entre la composition, l’enregistrement et la production ?

Xavier est d’abord un ami, quelqu’un qui me connaît et que je connais très bien, mais aussi bien sûr un excellent musicien, multi-instrumentiste et arrangeur. On part toujours du principe que je donne la direction, que je compose mes parties de guitare et mes mélodies de chant, que j’écris les textes. Xavier est un peu mon premier auditeur, bienveillant, mais aussi parfaitement sévère, et c’est exactement ce qu’il me faut. Cela étant, j’écris toujours à partir de climats sonores, d’ambiances de bribes de sons, de textures, de suites d’accords, à partir desquels j’imagine les chansons : de ce point de vue-là, Xavier a aussi un rôle à l’origine du processus, puisque nous explorons ensemble généralement ces ambiances, ces sons, notamment d’ailleurs pour ce disque.

  • L’âme de ce nouvel opus est plus folk dans son approche, plus humaine et palpable, voire acoustique. Était-ce nécessaire pour toi, afin d’accompagner le mieux possible tes textes et leur contenu ?

Oui, je suis contente de te l’entendre dire, et un peu accablée quand les gens répètent qu’il s’agit d’un disque « synthétique » parce qu’ils l’ont lu quelque part. J’ai toujours des attirances un peu contradictoires, d’un côté pour une musique ouvertement électronique où l’incarnation individuelle passe au second plan, voire disparaît, et une fascination réelle pour la musique plus incarnée, jouée à hauteur d’hommes, avec moins de médiations technologiques – même s’il y a toujours des médiations technologiques, et beaucoup, même quand vous vous contentez d’enregistrer une chanson au coin du feu. Toujours est-il qu’après « Adieu l’enfance » et son esthétique plus froide, j’ai eu le sentiment que la pudeur extrême du disque – que servaient justement bien les synthés et la boîte à rythmes – bridait un peu de possible générosité. C’est un long chemin, mais disons que « Triomphe » est un disque qui voudrait accueillir les gens dans une sorte de ronde, un dispositif plus ouvert, moins exclusif.

  • Les chœurs et voix ont une place capitale sur ce nouveau disque, et ton timbre est plus affirmé, plus sûr de lui. Quelle est l’importance du langage vocal dans tes chansons ?

C’est probablement le cœur : je compose beaucoup sur la base d’un rythme et d’une voix. Je viens de dire que les climats comptaient aussi. Mais la voix, c’est l’instrument que je maîtrise le mieux : je peux monter haut dans les aigus, faire sonner les mots comme bon me semble. C’est une sorte de petit super-pouvoir avec lequel on peut créer mille choses, sans instrument autre que son corps, et je suis contente de l’avoir laissée s’exprimer un peu plus dans ce disque.

  • On passe en deux ans de « Adieu l’enfance » à « Triomphe » ; y a-t-il une complémentarité thématique entre les deux, le passage d’un âge à un autre, une forme de sagesse acquise avec l’expérience ?

Probablement, oui. Je suis obsédée par la question de la justesse : le fait que la pop (au sens large, la musique populaire) est un art dont l’excellence tient dans l’incarnation et dans l’intensité de cette dernière, et je ne suis pas capable de me projeter intensément dans une chose à laquelle je ne crois pas ou plus. Quand j’ai écrit « Adieu l’enfance », j’y croyais follement, je pouvais presque m’effondrer en la chantant. Il y a un moment où une catharsis a eu lieu : quand je chante « Samsara » maintenant, ou « Trophée », c’est à cela que je crois. L’idée de la sagesse me parle profondément, même si je suis très méfiante avec tous les faux sages, justement.

  • Les thèmes que tu abordes sur « Triomphe » sont variés, mais toujours exprimés à travers une poésie et des images laissant possibles plusieurs visions et interprétations. Est-ce une manière de laisser l’auditeur trouver sa place dans ta musique, de le faire participer ?

Sans doute, oui. Le paradoxe, c’est que chaque chanson a en fait un sens très précis : « Senga », avec sa citation de Walt Whitman dans le refrain, sa structure en reflet de ma propre personne, tout cela est très déterminé ; mais comme c’est un peu bizarre, ça évoque aux gens une sorte de poésie libre. Mais moi, je suis enfermée dans ma poésie, elle m’impose sa nécessité. Que d’autres s’en emparent à leur guise me convient très bien, en revanche. Disons que s’il y a un peu de poésie là-dedans, je veux bien qu’elle soit libre, mais ça ne veut pas dire qu’elle est gratuite.

  • « Senga » dresse un parallèle saisissant entre l’instinct humain et animal, la peau de la bête couvrant celle de l’être et pouvant être aussi douce que blessante. Sans s’arrêter à la simple opposition entre les pulsions primaires propres à l’homme, exprimes-tu dans cette chanson une part de toi-même, de ta créativité ?

C’est l’anagramme de mon nom, qui se projette justement loin de ma personne actuelle, du moins de ses conditions actuelles de vie. Il y a, je crois, quelque chose de très enfantin dans cette chanson – j’ai toujours aimé les musiques de dessins animés, et il y a un peu de ça -, c’est une histoire que j’ai pu me raconter, enfant, pour m’endormir.

  • Le clip qui accompagne le single laisse d’ailleurs une place très importante à l’imaginaire, à l’interprétation, sans jamais montrer l’animal/humain traqué de manière précise. Comment s’est déroulé le tournage de cette vidéo et peux-tu nous parler de ta collaboration avec Grégoire Orio et Grégoire Couvert, ainsi que les conditions de tournage, qui semblent à l’image assez complexes, de ce véritable court-métrage ?

En fait, j’étais absente lors du tournage, mais j’avais soumis à As Human Pattern l’idée du scénario. Dans la mesure où la chanson avait cette part de naïveté, de douceur réconciliatrice, inspirée du poème transcendantaliste de Walt Whitman où l’homme et la nature fusionnent, je voulais que les images déploient une autre dimension du sens : précisément, le fait que cette douce naïveté est synonyme de danger pour la norme sociale, et que celui qui souhaiterait l’embrasser en paie toujours le prix vis à vis des hommes. Il y avait cette histoire de « la folle de Montcalm » dont j’avais entendu parler : l’histoire d’une femme « sauvage », retrouvée nue dans les bois en Ariège au XIXe siècle, et capturée, à plusieurs reprises, par des villageois, jusqu’à ce qu’elle en meure. C’est le fil conducteur du clip, qui laisse la résolution, la « capture » en suspens.

Pour tenir ensemble le sentiment de la nature et cette violence, il m’a semblé que Grégoire Orio et Grégoire Couvert de As Human Pattern, dont j’avais découvert le travail par leurs collaborations avec Mondkopf, étaient les vidéastes parfaits. De fait, ils se sont emparés du scénario de façon assez brillante, et la performance de la danseuse Hélène Rocheteau dans le clip est remarquable, je trouve.

  • Sur « Le Royaume », il y a un paradoxe mélodique frappant entre les chœurs, obsédants et harmoniquement parfaits, et ce saxophone en roue libre, parfois dissonant, mais qui apporte une touche presque surréaliste à l’ensemble de la chanson. Comment est venue l’idée d’intégrer cette piste de cuivre sur le reste du titre ? Et pour quelle raison ?

C’est très beau décrit ainsi ! Je ne m’étais pas fait la réflexion. Mais, en effet, ce morceau est un peu construit comme un temple, avec ses colonnes, son architecture très symétrique ; et, tout à coup, avec ce saxophone, on se trouve à ciel ouvert, peut-être pour le plaisir de voir ce beau temple s’effondrer ! Je crois que, musicalement, il y a une base très répétitive dans ce morceau. Je cherchais une sorte de transe avec l’harmonique obstinée de la guitare qui court sur toute la chanson : et, justement, cette « pauvreté » volontaire des modulations autorise – à mes oreilles en tous cas – une explosion. Je pensais à une sorte de mélange de Ohm et de Robert Wyatt en enregistrant ce morceau, le solo de sax’ était déjà dans ma tête depuis le départ. En enregistrant Yoann Durant, saxophoniste incroyablement inspiré, que j’ai rencontré à PAF, justement, et que nous aurons d’ailleurs le privilège d’avoir le 16 mars à la Maroquinerie, sur ce morceau, il était évident pour moi qu’une plage serait laissée à sa liberté. Et il s’y est prêté au-delà de nos espérances ; je n’ai même pas le souvenir que nous ayons fait plus d’une prise.

  • Dans « Séparés », la notion de rupture se rapproche d’une forme de disgrâce. Est-ce parce que tu considères que l’amour, quand il s’achève, peut devenir dangereux et blesser à jamais ceux qui vivent cette séparation, voire les éloigner socialement ?

C’est encore plus adolescent que cela, je crois. Je n’écris pas beaucoup de chansons d’amour, à vrai dire ; probablement parce que j’ai la chance de vivre un amour heureux, et depuis assez longtemps. Donc, la tragédie que raconte cette chanson est une tragédie projetée : c’est la pure angoisse de la perte, de perdre quelqu’un sans qui votre vie perdrait un peu de sa couleur, de sa valeur même. La disgrâce, c’est la représentation du malheur qui s’abattrait sur moi (sur nous) si je perdais cette personne. Je ne dirais pas que toute séparation est une disgrâce (parfois, c’est plutôt un salut), mais il arrive aussi d’être lié à certaines personnes d’une manière qui vous semble si absolue que la perspective de les perdre vous paraît simplement inconciliable avec le fait de vivre heureux, et peut-être même de vivre.

  • Qui est « La femme du kiosque sur l’eau » ?

C’est cette dame d’un certain âge qui jouait du luth sur un kiosque, en Chine, où j’ai fait un voyage il y a maintenant dix-sept ans. Je crois que je me trouvais alors dans la région de Canton. C’est un souvenir un peu confus, mais que j’ai chéri jusqu’ici, car cette image était en fait sonore (et l’eau compte dans ma représentation mentale du son). Car la femme chantait, avec ce son de gorge très spécifique que l’on n’entend jamais dans la musique occidentale, et que je mime dans le contrechant de la partie a capella du morceau. Là aussi, il y a beaucoup de projection, beaucoup de syncrétisme, une façon de s’affranchir de certaines limites occidentales, mais en toute ignorance, simplement à partir de la sensibilité, d’une empathie à ce chant lointain qui m’a touchée. « Triomphe » a cette propension baroque : c’est un disque qui assume le kitsch de l’exotisme (du moins, dans mon esprit), et qui voudrait en préserver l’innocence, l’épiphanie première, qui n’est pas kitsch justement, mais pleine de fascination pour ce qui est autre, différent.

  • « Triomphe » commence sur « Senga », sur l’animal-totem et la place de l’être humain dans une société qui ne lui convient peut-être pas, et s’achève sur « Nu, Jeune, Léger » qui, alors, prend les allures d’une innocence retrouvée après le parcours que représente l’album dans son ensemble. Cette cohérence d’écriture, cette avancée au fur et à mesure des minutes d’écoute, est-elle primordiale pour toi, notamment quand il s’agit d’organiser tes chansons d’un point de vue logique et concret sur disque ?

Oui, c’est une déformation hégélienne peut-être ; tout est procès ! Mais la musique est un art du temps. Je ne me vois pas dire la même chose au début et à la fin : je ne m’adresse jamais à l’auditeur autrement que pour ce genre de voyage. Quelqu’un m’a fait remarquer que si l’on déchiffrait autrement « Triomphe » sur la pochette, on pouvait lire « trip ». En effet, c’est un trip, quel que soit le sens qu’on lui donne. Les chansons amènent à des états de conscience différents, pour moi autant que pour les auditeurs, je l’espère. Cela dit, il ne faut pas être trop rigide non plus avec cette logique. Il faut savoir rebattre les cartes et laisser la musique engendrer sa suite. Si j’avais ordonné le disque uniquement en fonction de la logique des paroles, par exemple, je l’aurais construit différemment. Mais « Nu, Jeune, Léger » a toujours été le point d’arrivée – pour un autre départ -, c’est vrai.

  • Pourquoi as-tu utilisé, sur beaucoup des titres de cet album, le thème de la nature, qu’il s’agisse de la forêt ou de la mer, notamment ?

« Adieu l’enfance » était un disque d’intérieur et d’intériorité, très urbain aussi (avec des titres comme « Zone », « Midnight »). J’ai eu envie de retrouver après cela mon amour enfantin de la nature, des bois, des animaux mêmes. La petite fille d’« Adieu l’enfance » est cachée dans la forêt. Elle y reste sur « Triomphe », mais elle a choisi d’avoir moins peur. Cet amour de la nature est en partie nostalgique, évidemment. À l’âge de l’Anthropocène, ça apparaît comme un fantasme romantique. Mais il reste la nostalgie, et le soupçon que le futur lui redonnera peut-être ses droits. J’ai travaillé avec l’artiste vidéaste Hugo Arcier il y a quelque temps pour un de ses projets intitulé « Nostalgia For Nature ». J’avais fait le texte et la voix off d’un très beau petit film en 3D qu’il a réalisé et qui a fait le tour du monde dans les centres d’art contemporains. Cette nostalgie de la nature me travaille depuis longtemps. Je pense aussi souvent aux longs passages ambigus d’Adorno dans la « Dialectique de la Raison » sur les mangeurs de lotus de « L’Odyssée », ces hommes dénués d’obligations sociales, sorte de junkies des origines dans une nature pacifiée, dont on ne sait s’ils ont précisément trouvé la clé du bonheur humain ou n’en sont que l’impasse.

crédit : Alexandre Guirkinger
  • En tant que journaliste et chroniqueuse, quel regard portes-tu sur la musique française actuelle ? Y a-t-il des artistes, passés ou présents, auxquels tu es attachée ?

Il y a une très belle scène aujourd’hui en France, pas vraiment unifiée d’ailleurs : certains sont sur des majors, d’autres beaucoup plus indie, voire carrément sans le sou. J’ai beaucoup de respect pour des groupes comme Poni Hoax ou Mustang, que je trouve trop peu reconnus pour leur talent – sans doute parce qu’on les sent assez rétifs au système – ou pour quelqu’un comme Cheval Blanc. Et puis, il y a une ribambelle d’artistes féminines audacieuses : Gisèle Pape, Maud Octallinn, Eskimo, Maud Lübeck. En tant que journaliste, je n’écris pas sur cette scène, car j’y appartiens en partie, et cela me met en porte à faux. Mais j’avais fait pour Libé une playlist « France discrète » à la fin de l’année 2016, où j’essayais de faire entendre quelques-uns de ces glorieux travailleurs de l’ombre. Quant aux artistes passés, il y en a un certain nombre. Avec « Triomphe », je vois mon triangle sacré entre Manset, les derniers Talk Talk et les premières chansons de Taos Amrouche..!

  • De même, en tant que journaliste et chroniqueuse, n’est-ce pas difficile de parvenir à te positionner comme une véritable auteure-compositrice, et comment abordes-tu ce que d’autres écrivent sur ton art ? Quelle est ton sentiment en te retrouvant, en quelque sorte, « de l’autre côté de la barrière » ?

Tout musicien, à mon sens, a un point de vue sur la musique des autres. Tous n’écrivent pas, mais il me semble que s’exprimer sur la musique des autres, en tant que musicien, reste une chose assez naturelle. Le prix de cette activité de critique, en revanche, c’est que cela a aiguisé ma conscience, d’une certaine manière : j’écris sur les disques d’autres artistes comme j’aimerais qu’on écrive sur les miens. C’est-à-dire en les écoutant beaucoup, en m’intéressant aux détails, en m’efforçant de ne pas resservir les mêmes approximations. Alors, quand certains écrivent des choses trop superficielles (du genre « la féline sort ses griffes »), ça me chagrine un peu (même s’il est arrivé qu’un titre aussi bateau soit suivi de très bons articles).

  • Quels sont tes projets dans les mois à venir, notamment pour porter « Triomphe » ?

Je viens d’enregistrer une collaboration avec Laetitia Sadier (Stereolab) dont nous sommes très fières toutes les deux. Vous en aurez des nouvelles bientôt. Peut-être que cela pourra porter le disque de l’autre côté de la Manche, d’où nous avons déjà de très beaux retours, qui sait ?

  • Souhaites-tu ajouter autre chose ?

Rendez-vous le 16 mars à la Maroquinerie !


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