[Live] Von Pariahs et Spectres au Chabada

Le mercredi 30 mars dernier au Chabada d’Angers, le temps d’une soirée plongée de prime abord dans les ténèbres électriques puis réchauffée par des déluges magnétiques, Spectres et Von Pariahs auront porté à maturité les fruits défendus d’un rock qui se donne à corps perdu. Après une première partie de soirée assurée avec austérité par les terribles Anglais, Von Pariahs, auteur du fabuleux « Genuine Feelings » en février dernier, aura conquis le public comme jamais en délivrant ses hymnes fiévreux et passionnés. Une prestation qui aurait mérité un sacre pour le sextuor nantais dans un club tristement à moitié plein. Et, si les absents ont toujours tort, le public présent n’a pas regretté un seul instant le déplacement !

Von Pariahs © Fred Lombard
Von Pariahs

La soirée démarre sous les augures spectraux de l’ensemble shoegaze de Bristol. Les nuées soniques des Anglais envahissent et engloutissent le club du Chabada à travers leurs riffs tranchants, rasant les murs et scrutant avec violence les corps endoloris d’un public tétanisé. Accompagné des lourdes frappes d’Andy Came, le trio de cordes formé par le bassiste Darren Frost (un nom prédestiné ?) et les guitaristes Adrian Dutt et Joe Hatt entraîne l’auditeur toujours plus loin dans les abysses terribles du noise. Spectres va, pendant quarante minutes d’un set impitoyable et imperturbable, livrer une messe noise, puissante et dévastatrice, bien plus absconse que sur disque (l’éprouvant « Dying », sorti en février 2015 chez Sonic Cathedral), tant le chant de Joe Hatt se trouve noyé et fondu dans le bruit d’ensemble.

Le regard porté vers le sol et n’esquissant aucun sourire ni presque aucun sentiment, la formation anglaise inonde le club du Chabada d’un tsunami de bruit sourd et étouffant, presque trop lourd et pesant sur la longueur. Sévère, implacable, impitoyable, Spectres porte bien son nom, tant les êtres qui lui donnent vie évoquent et réveillent les fantômes les plus solitaires et les plus hantés. Le chant de son leader anti-charismatique et antéchristique, noyé dans le bruit, porte la tension combative et rageuse d’un groupe en transe intérieure, bouillonnant et sans compromission. « Make some fucking noise » ; une raison de vivre et de périr pour le band de Bristol. Au-delà des cent décibels (le public, en recul par rapport à la scène, sera là pour en témoigner) tout au long d’un run aussi physique qu’austère, le quatuor anglais n’écosse pas son terrible règne.

« Veni, vidi, vici ». L’expression aussi célèbre que l’imperator romain résume parfaitement la prestation conquérante de Von Pariahs en terres angevines et voisines, le groupe étant venu enflammer une salle de concert en panne de chauffage la nuit dernière.
Emmené par son frontman Sam Sprent au meilleur de sa forme olympique, enhardi par les premiers rangs d’une foule conquise et hors de contrôle, le sextuor rock nantais – aux deux disques d’or dans nos cœurs – va tout donner sans répit et sans rappel. La setlist, composée de quatorze titres et testée depuis le début de la tournée, présentant la majeure partie de « Genuine Feelings » complétée des incontournables d’« Hidden Tensions », mettra tout le monde d’accord. Lancé sur un « Tough Violence  » à l’incandescence exaltée, Von Pariahs va, dès le premier titre, donner le meilleur de lui-même, sans jamais faiblir, et encore moins trépasser. S’enchaîneront alors, dans le même élan spontané et sincère, les fièvres filantes de « Don’t Go » et de « Seize That Moment ». Les corps désormais échauffés, les rotules bien huilées, c’est la gorge déployée que le public s’écrira « Genuine Feelings » en chœur avec l’ami Sam.

En tension et en (dis)torsion, les six membres du crew nantais vivent le concert comme ils transpirent un jeu uni, fabuleusement investi et formidablement donné. Ce concert passionné, généreux, haletant et sans temps mort sera un concentré et une succession d’hymnes (joués) forts et bruts, instantanément fédérateurs. Un moment de jouissance collective où les corps passionnés s’uniront dans une frénésie chaleureuse. Quel pied, alors, de laisser nos corps se libérer sur le très sensuel « I Want Her », avant le triptyque de souvenirs du premier album où s’enchaîneront « Skywalking », « Trippin » et « Someone New » ! Immense machine à tubes rock où les Stones croisent U2 sans que ça fasse tâche, Von Pariahs a trouvé son rythme de croisière et tient bon la barre, porté par les vents augustes du rock and roll.
Sans rappel comme à leur habitude, les Nantais termineront leur set sur les critical hits « Take Control » et « Bike Crash » ; une bien belle manière de mettre fin à un putsch d’une heure qui aura mis en émoi la salle tout entière, sans la moindre opposition. Sur scène, Von Pariahs donne tout à la fois, sans se contenir. Les enjeux sont définitivement là : convaincre et embarquer ! Au Chabada, les six rockeurs ont, une fois de plus, prouvé que leur réputation n’est plus à faire. Reste pour nous la sensation d’avoir vécu un beau et grand moment de rock, collectif et intense, passionné et mémorable ; et, pour Von Pariahs, d’écrire en lettres de noblesse la suite de son histoire, tant il mérite non plus de jouer dans les clubs, mais bien de remplir les plus grandes scènes de France et d’ailleurs. Full love and support!


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rédacteur en chef curieux et passionné par les musiques actuelles et éclectiques

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