[Live] Cherry Plum et La Maison Tellier au Chabada

« Ils partaient traquer sans relâche, la beauté, là où elle se cache », chante Helmut Tellier sur « Cinq est le numéro parfait ». Cette fameuse beauté, Cherry Plum et La Maison Tellier l’ont chacun capturée à leur manière, en offrant, sur la grande scène du Chabada, deux prestations singulières et généreuses, donnant du corps, du sens et de l’âme à des œuvres éminemment personnelles.

La Maison Tellier par Fred Lombard 2 600x400

Cette soirée avait un goût tout particulier pour Cherry Plum. C’était d’abord l’occasion très belle de jouer à la maison, mais tout autant celle de dévoiler sur scène son tout nouvel et second EP, éponyme, renforcé par la présence de trois musiciens (Antoine David à la batterie, Pierre Pleyber à la basse et Xavier Pourcher aux claviers) venus grossir les rangs du duo folk originel. Avec un vrai souci de cohérence et une sincérité touchante, le groupe angevin va décliner, pendant une agréable demi-heure, les émotions éclectiques et organiques de ses nouvelles et plus anciennes compositions.

Cherry Plum par Fred Lombard 600x400

Chacun y trouvera sa part de bonheur ; dans les ballades folk intimistes ou entraînantes (le génial « Bounce With Daisy », issu du premier EP « Sick Bay »), dans les grands moments de blues (sans le spleen) où s’invitent les fantômes de Jim Morrison (les excellents « Good Days » et « Stupid Cupido »), ou encore dans les ambiances de western modernes qui nourrissent l’imaginaire du projet (« Poison » et « Waiting for My Soul »). Sébastien Chevillard séduit avec sa voix chaude et posée, s’imbriquant avec ses gestes maîtrisés ou totalement possédés. Le grand homme, au sourire malicieux et plein d’assurance, embarque son public avec instinct, quand son complice de toujours, Samuel Gallienne l’accompagne avec attention et intention à la guitare. La fin du set sera donnée sur le sublime « How Strange Is The Man », déjà magnifique sur disque, désormais magnifié par la performance scénique ample et impliquée de ces cinq sombres héros du désert morriconien.

Présente en ombre chinoise ou sous les lumières brûlantes des feux de scène, la fratrie Tellier nous raconte l’autre belle histoire de cette soirée. Le public, en veine, en aura pour son compte, tant le quintet est généreux et (bon) joueur ce soir (comme tant d’autres, on veut le croire). Ce sera, pour mesdames et messieurs, pas moins de vingt titres offerts sans condition, ceux du nouvel album « Avalanche » et un chansonnier (un terme on ne peut plus adéquat) des précédents, un recueil de portraits et d’histoires, un regard attachant, souvent cynique et critique sur la société, livré avec son lot de piques et de traits d’humour qui font toute la personnalité attachante du projet normand. Emmenée par le compère Helmut au regard tendre, la formation folk-rock embarque le Chabada dans son univers à textes singulier, que chacun interprète et ressent à sa manière.

La Maison Tellier par Fred Lombard 600x400

Que l’on s’attache aux compositions, mariant cuivre et guitares, épopées folk et envolées rock avec brio, ou aux textes, maniés avec une délicatesse et une certaine audace, La Maison Tellier est de ces groupes brillants et d’expérience qui savent mener de front un concert intense, émouvant et honnête, brillant autant par son rythme que par son implication totale. Une performance qui s’ouvrait sur le magnifique et viscéral « Haut, Bas, Fragile », sur lequel un guitare-voix intimiste gagnait le cœur et l’âme d’un public tandis que le groupe investissait l’espace sonore aux cuivres, aux guitares et à la batterie ; et qui se terminait par ce même solo, seul face à la scène pour Helmut, sur le folk touchant de « La maison rose ». C’était un joyeux bordel de titres, une avalanche d’émotions où la beauté était partout ; dans les arrangements au naturel de La Maison Tellier, dans ses intermèdes anecdotiques et hilarants, dans cette reprise bluesy démente de « Killing in the Name », dans cette version live changeante de « Sur un Volcan » ou dans celle, toujours jubilatoire, de « La Peste » et son refrain de circonstance en cette période de gastro hivernale : « Aime ton prochain comme toi-même, mais aime-le de loin ». On a ri, on a chanté, on a bu, on a dansé et on a tellement aimé ce moment partagé avec Helmut, Raoul, Alexandre, Léopold et Alphonse Tellier. On était tous un peu de la Maison Tellier, vendredi soir dernier, au Chabada d’Angers.


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Fred

rédacteur en chef curieux et passionné par les musiques actuelles et éclectiques

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