[EP] AEONN – The Thing You Breed

Un EP à l’émotion sauvage et visuelle, que l’on croit pouvoir tenir entre nos mains avant qu’il nous échappe et vive sa propre existence sous nos yeux écarquillés.

AEONN The Thing You Breed 600x600

À la première écoute, on n’ose croire à ce que l’on entend : une musique difficilement classable, qui paraît voler de ses propres ailes au-dessus de terres post-rock, atmosphériques et indus. À la seconde écoute, on reste sans voix, transporté par les charmes mélancoliques et entêtants de cinq titres aux mélodies et arrangements travaillés à l’extrême. À la troisième écoute, on comprend enfin que Nicolas Fleury (AEONN) n’est pas un compositeur comme les autres, loin de là. Que, parmi les genres souvent sans saveur qu’il a choisi d’explorer, il est avant tout un chercheur d’harmonies, un bâtisseur de mélodies désespérément accroché aux détails qui, seuls, donneront une dimension autant épique qu’intime à sa musique. « The Thing You Breed » est autre, différent de ce que l’on peut attendre d’un disque aux allures de bande originale de film mais qui demeure beaucoup plus évocateur.

On est ainsi invité à un voyage interstellaire entre post-rock évasif et constellé d’étoiles prêtes à chuter dans le vide spatial (Alarma), rock technique et mélancolique (Silent Guardian) ou encore électro percussive car plongée dans un bain de guitares et batterie mettant en valeur les nombreuses qualités créatives de l’artiste (Fury). Même si tous ces qualificatifs paraissent au final beaucoup trop réducteurs ; les chansons d’AEONN sont hybrides et déversent leurs formes harmoniques dans un torrent de sentiments entre chaleur, tristesse et introspection. L’esprit de Martin Gore s’invite dans des charmes vocaux moins innocents que leur apparence le laisse croire au premier abord (Between Us), dans cette envie constante de conserver la valeur intrinsèque d’instruments soignés et désirables. Les mécaniques du cœur sont alors démontées et exhibées dans un écrin de velours sublime et chaud (The Thing You Breed), allant même jusqu’à offrir aux sonorités synthétiques un aspect acoustique rarement entendu (The Storm).

Certains se souviennent peut-être du choc que fut, à sa sortie, l’album de VAST, « Visual Audio Sensory Theater » ; ce mélange encore jamais découvert de six cordes, de rythmes indus et de tonalités de claviers intemporelles et douces. « The Thing You Breed » va encore plus loin. Il est une plongée dans les abysses de la mélodie, dans ses épures et ses couleurs pastels. Un dessin au fusain qui prend forme au fur et à mesure des découvertes multiples que l’on y distingue et desquelles on devient, sans jamais s’en rendre compte, totalement dépendant. La voix nous guide, sobre et lumineuse, nue et dévoilant son spleen sous des formes sensibles et admirablement pensées et offertes. Constat immuable : AEONN veut nous libérer de chaînes trop lourdes à porter, de dépendances musicales inutiles, en nous confiant un espoir sonore auquel on a peut goûté jusqu’ici. Car il ne cherche jamais à dépasser les limites qu’il s’est imposées, les exigences qui sont les siennes dans la quête du détail phonique parfait. Des chants et musiques qui sont ailleurs, lointains, et atteignent leur paroxysme lorsque les notes s’étirent et se confondent dans un incroyable déluge de larmes que l’on ne peut retenir. Une beauté froide mais tellement parfaite, une couleur brillante dans un ciel chargé de nuages menaçants.

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Les dimensions du temps éponymes du musicien sont autant de portes ouvertes vers un univers aussi pâle que flamboyant. Tout ce que l’on désire maintenant, c’est un album complet qui, on le sait d’ores et déjà, n’a pas fini de nous étreindre et de nous bercer, par ses sortilèges, dans nos plus éprouvants moments de l’existence.

« The Thing You Breed » d’AEONN est disponible depuis le 1er décembre 2014.


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Raphael

En quête constante de découvertes, de surprises et d’artistes passionnés et passionnants.

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