[LP] Monolog – Hasta La Evolucion

Après l’aventure Rain et d’autres errances musicales enrichissantes, Pierre Maury dépasse ses espérances pour mieux s’offrir un bain de jouvence imprévisible et profond.

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Autant l’admettre immédiatement (ce sera une bonne chose de faite) : Pierre Maury aura été taxé de différents qualificatifs, tous plus restrictifs les uns que les autres. Au hasard : « clone de David Bowie » (ce qui est plutôt flatteur), « témoin du rock des glorieuses 80’s », « hyperproductif acharné »… Soyons francs : d’accord, ceux-là lui collent à la peau depuis toutes ces années passées avec son premier projet, Rain. D’accord, il est ainsi, et beaucoup plus. Mais ce serait oublier l’engagement sans faille d’un artiste à part, toujours prêt à relever d’autres défis, à apprivoiser de nouvelles langues musicales au fil d’un dévouement brut et sans fard. Discret mais stakhanoviste, l’homme est simplement incapable de poser ses bagages dans le confort d’une chambre noire et de s’y reposer sur des lauriers aussitôt asséchés. Non, il faut aller de l’avant, tailler à la serpe les idées reçues et déchirer les matelas confortables pour accepter les égratignures. Maintenant baptisé Monolog, l’entité artistique de l’homme revêt des contours passéistes certes, mais étonnants et faisant l’unanimité dans une démarche entre électro-pop et cold wave modernes.

Les mélodies imprègnent le système pileux : parfois elles démangent et donnent envie de se frotter contre des lames métalliques afin de soulager un besoin urgent de purification (Vita Nova) mais, le plus souvent, elles sont autant d’aiguilles, de vaccins contre la morosité ambiante, dans une atmosphère pourtant sombre et menant à l’égarement de l’âme (Bedstars, The Gift). Pierre maîtrise ses sons, tricote et triture sans se soucier d’un quelconque canevas : entre immédiateté rock intense et puissante (Novo Vision) ou pop froide et pénétrante (Brand New World), l’artiste démêle les fils enchevêtrés d’un rock glacé mais terriblement prenant, comme autant de bruits blancs qui percutent le tympan et le bouleversent pour toujours. On oscille entre élans électroniques sensuellement lovés contre des guitares aiguisées (Behind Your Back, New Soul) ou schizophrénie latente et discrète, seule capable de mieux charmer et s’insinuer dans les synapses fatigués mais en quête d’une nouvelle drogue harmonique (Bedstars, Ten Lines Ringfinger). Le voyage hallucinogène devient ainsi plus coloré, moins analogique, dans un ultime mais indispensable besoin de regarder dans le vide, les yeux fixés vers un point que d’autres ne peuvent voir ; on erre dans les méandres d’un rêve fait de négatifs photographiques, d’opposés apaisés et labyrinthiques (Another Land). Marche sur ces terres gelées et je te dirai qui tu es.

Ce sont ces multiples aspérités qui font l’art de Monolog. Ces anfractuosités dans lesquelles les mains glissent malgré notre envie irrémédiable de nous y accrocher. Alors que les éléments s’éveillent sans se déchaîner, que nos corps sont remués en tous sens (soit par envie de bouger, soit par traumatisme mélodique ; et il est ici omniprésent), la voix voltige, évoque dans les graves et les aigus des mélopées presque éternelles de jouissance mais aussi de réserve. Comme si donner ne voulait pas pour autant dire s’offrir à corps perdu. « Hasta La Evolucion » est un couloir exigu, peu éclairé mais au fond duquel on distingue ce qui peut être la porte vers le salut d’un esprit cotonneux et asservi ; ou, au contraire, celle d’un club inconnu. Échangiste peut-être, si l’on considère ce besoin du musicien de ne jamais laisser les mêmes traces, au fil des titres ; de saisir ses instruments avant de les jeter dans les bras de nouvelles muses et s’en approprier les meilleurs effets. Téméraire, risqué et clairvoyant, l’album n’est pas un hommage, comme beaucoup, à un renouveau implosant au fil du temps. Il parle un autre dialecte. Il engendre l’excitation, le délire, la soumission à un genre qui devient autonome et se suffit à lui-même. Comme ces visages en gros plan qui se modifient, offrent une palette d’émotions toutes plus belles les unes que les autres. Et derrière lesquels se cachent soit l’amour, soit les ténèbres de l’âme.

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L’hiver approche ; et en ces temps de bouleversement, « Hasta La Evolucion » nous offre désir et plaisir, confort et réflexion. Puis creuse les lignes de nos mains et les entrecroisent pour mieux affirmer sa place dans nos existences frileuses et furtives.

« Hasta La Evolucion » de Monolog, disponible depuis le 24 octobre 2014 chez D-Monic.


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Raphael

En quête constante de découvertes, de surprises et d’artistes passionnés et passionnants.

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