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[Interview] Denis, moitié de Cranes Records

Déjà deux ans que Cranes Records existe, deux ans qu’un jeune label indé manceau fondé par deux étudiants d’arts reconvertis en producteurs de disques fait parler de lui et dynamise le paysage musical local.
À l’occasion du Disquaire Day ce samedi, Denis, l’une des deux têtes pensantes de Cranes Records nous a accordé une interview pour parler de l’histoire du label, de ses attirances musicales ainsi que des futures sorties. C’est parti !

Cranes Records

  • Bonjour Denis, Cranes Records fêtera ses deux ans et demi d’existence en juin.
    En appelant ton label ainsi, tu pensais vraiment qu’il ferait de si vieux os ?

La durée de vie moyenne d’un label indé, c’est deux ans et demi.
Pour nous, ça a un peu évolué, on prévoit le calendrier de sorties sur un an, rien à voir avec les débuts. On est toujours aussi regardants sur la qualité, et plus responsables. La musique peut être jetable, alors on défend encore sa pérennité avec le support vinyle.

  • L’esthétique shoegaze et post punk résume pour l’instant les sorties du label. En sera-t-il autrement à l’avenir ou souhaites-tu voir tes signatures perdurer dans cette vision ?
    Comment présenterais-tu l’identité musicale de Cranes Records ?

On navigue constamment autour des précédentes sorties alors ça nous laisse pas mal le choix.
On a des propositions régulièrement, et quand on refuse les projets c’est parfois pour ne pas sortir des disques trop attendus. D’ailleurs les groupes auxquels je pense trouvent ensuite de bons labels.

Split EP - The Dead Mantra & Dead Horse One

Split EP – The Dead Mantra & Dead Horse One

L’année prochaine, nous aurons doublé notre nombre de sorties, on prend plus de libertés en imaginant un ensemble, plutôt que des disques individuellement. Nos groupes ne sont pas enclavés dans des styles, la ligne directrice n’est pas imposée.
Au niveau musical, on a tout de même une préférence pour le rose et le noir.

  • L’implantation du label au Mans, c’est peu commun. Ça c’est fait pour quelle(s) bonne(s) raison(s) ?

Je ne sais pas si c’est une bonne idée. En tout cas, j’ai l’impression que ça en a motivé plus d’un ; cette ville en a besoin, mais on ne le fait jamais pour elle. Peu importe où l’on s’implante, ça ne change pas grand-chose que l’on soit au Mans (carrefour des grandes villes du nord et de l’ouest) ou non.

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  • Vous êtes deux à gérer tout le label, Ragnar et toi. Le projet est-il né dans cette configuration ? Comment te répartis-tu la charge de travail avec ton collègue ?

On était deux au début (comme dans 99% des labels indés), maintenant on a une équipe d’amis qui aident à la communication ou la distribution.
Pour les décisions et la conception, on travaille souvent à deux et à distance. C’est simple : on imagine dans 20 ans si tel ou tel disque sera toujours sur notre platine, ou si telle ou telle pochette marchera encore. On laisse mûrir une idée avec le temps, on valide autant de fois que possible, et on prend la décision une fois rassurés. Le travail préalable aux sorties est long, parce que les disques doivent durer.

  • Avant cette aventure avec le label, quels furent ton bagage et celui de ton partenaire ?

Le label est né dans une école d’art, avec un Ragnar fan de vinyles, et moi plutôt musicien que chômeur. C’était un début en matière de production, d’édition et de distribution, pour sculpter des objets en lien avec l’histoire de l’art et de la musique, un esprit qu’on entretient.

  • En plus de deux ans, tu as été amené à développer un réseau de distribution pour écouler et rendre disponible les disques estampillés Cranes Records à travers la France voire à l’étranger. Comment as-tu construit ces relations de confiance avec les disquaires et les distributeurs indépendants ?

Bac Cranes Records

Avec le temps, je remarque plus de confiance des distributeurs. Malgré l’effet de nouveauté qui est retombé, les boutiques sont toujours là pour nous soutenir. Certaines défendent vraiment bien nos disques, via leurs blogs ou dans leurs shops, en nous dédiant par exemple un cartel dans leurs bacs.

  • Cette année, tu vas sortir 5 LP, exclusivement en vinyle. C’est ambitieux, non ?
    Accueilles-tu de nouveaux artistes à travers ces sorties et qui sont-ils ?

Chaque sortie d’album, c’est un peu comme une Saint-Valentin, on fait ça avec beaucoup d’amour… D’ailleurs, l‘hôtel 4 étoiles est réservé en mai pour un groupe de Melbourne aussi bon dans l’humour que dans la noirceur. Un soir de juin, on a rendez-vous dans une forêt bucolique avec une witch pop de Tijuana. La baignoire recouverte de pétales est pour un jeune groupe rennais indie-shoegaze. Enfin, le bisou sous les cerisiers en fleur est donné à un duo de Tochigi (Japon) début 2015.
Il ne manque plus que les attendus The Dead Mantra et Seventeen At This Time qui tourneront en boucle à la rentrée 2014. On a vraiment l’impression de sortir des disques sensibles et soignés, c’est ce qu’on préfère.

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  • Le choix du vinyle, c’est né d’une constatation qu’à quantité égale, ça s’écoulait bien mieux que le CD ?

C’est le contraire pour certains qui vendent des CDs pour rentabiliser une sortie vinyle plus rapidement. De notre point de vue, cette thèse est dure à vérifier, on ne vend que du vinyle.

  • Cranes Records ne vend que du vinyle mais également en digital non ? Notamment via Bandcamp. Les deux supports : vinyle et coupon digital sont-ils devenus indissociables pour faire parler d’un projet aujourd’hui selon toi ?

Pour soulever la question du coupon de téléchargement, le meilleur exemple chez nous est l’EP « Joy » de White Night Ghosts. Parce que la solution de téléchargement est en fait le vinyle : ce vinyle est vierge, il n’y a rien dessus, à l’exception des macarons qui transforment le disque en coupon.

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Pour les autres sorties c’est seulement un accès à la meilleure qualité disponible en numérique. Avant de créer Cranes, on avait le projet de créer No Records, un label de disques vierges fait de disques encore jamais sortis, mais conçus de A à Z par les musiciens, avec tracklist, nom du LP, etc. comme si l’objet pouvait suffire au collectionneur ou au fan du groupe. Notre première approche de la production est le fait d’enjeux conceptuels, j’espère donc que quelqu’un nous volera l’idée.

On attend la fin du Disquaire Day pour répondre à ta question.

  • En tant que label indé, quelle relation entretiens-tu avec tes confrères ? Des sorties communes, des splits ou des co-prod comme on voit parfois entre Kythibong et Africantape sont-ils à l’ordre du jour ?

On apprécie le travail des autres, mais on est assez concentré sur nous-mêmes. Ce n’est pas dû à un manque de confiance, mais plutôt d’opportunités. Si un autre label nous propose une alternative intéressante au « partageons ensemble les frais », c’est autre chose. Notre prochaine sortie sera d’ailleurs une coproduction, la première. Il s’agit du LP de Harry Howard & The NDE (le frère du regretté Roland S Howard et son groupe) : avec Beast Records (qui gère le shop Rockin Bones à Rennes) et Spooky Records de Loki Lockwood, une figure des studios australiens. La proposition était de nous approprier visuellement le disque, on a choisi comme solution la plus radicale de s’exhiber sur la pochette.

Dead Horse One -  Heavenly Choir Of Jet Engines

Dead Horse One – Heavenly Choir Of Jet Engines

  • Ragnar est en ce moment à Tijuana. Le Mexique est-il un vivier de groupes shoegaze ? Quelles tendances dans les musiques alternatives se dessinent là-bas au regard de ce qui se passe en France ?

Le shoegaze n’est pas du tout une musique majeure là-bas. Cette ville bouge comme Le Mans ; contrairement à sa taille, elle est comparable à une petite ville française.
Les scènes alternatives sont essentiellement garage, et en général c’est la musique Norteña qui est la plus écoutée.

  • 2014, une année qui commence bien ?

2014, une année qui commencera en mai.

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