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[Live] Dour 2017, jour 2

La deuxième journée de Dour 2017 était funk, hip-hop et rock’n’roll à souhait. Retour sur les meilleurs moments des concerts du jeudi 13 juillet avec The Lemon Twigs, Loyle Carner, Lee Fields, Kate Tempest, Temples et The Strypes.

The Lemon Twigs – crédit : Alice Tabernat

En ce début d’après-midi, Pikachu fuit la chaleur sous le chapiteau de la Petite Maison dans la Prairie et secoue la tête au son des joyeuses mélodies de The Lemon Twigs. À première vue naïves, les compositions des frangins Brian et Michael D’Addario recèlent de surprises. Véritables joyaux pop polyphoniques et multi-rythmiques, les chansons étonnent un public de curieux et ne sont pas sans rappeler le Magical Mystery Tour. Si la flûte à bec vous semble être un instrument désuet, voire absolument inutile, celle de Brian magnifie une reprise de « Fish and Whistle » de John Prine.

Finalement de The Lemon Twigs s’échappe un vent frais qui rend à la pop sa candeur et sa folie. Aucun morceau ne rentre dans le carcan classique de la pop song et c’est tant mieux, car si les titres ne sont pas véritablement novateurs et flirtent bien avec les 70’s comme en témoigne l’interprétation de « I Walk With a Zoombie » de Roky Erickson, ils renouent avec une certaine candeur et une folie édulcorée trop souvent délaissées aujourd’hui. Faire de la musique nécessite certes du sérieux, mais ne bride pas la créativité à un unique modèle où la sensibilité ne peut être sublimée de façon détachée, enfantine presque.

Les chœurs de « The Isle of Aran » ouvrent le concert de Loyle Carner. Le jeune rappeur anglais déambule sur scène entre un fauteuil en cuir et une fausse discothèque. L’ambiance est intime ; nous ne sommes plus en festival, mais chez nous tandis que le flow fluide, détendu et articulé du Londonien caresse le public. Le naturel qui se dégage depuis la scène est prenant et s’immisce doucement dans la foule. Les yeux des spectateurs sont illuminés comme plein de gratitude et d’admiration pour les deux amis – le DJ est également MC -, qui partent dans un freestyle énergique sur scène. Loyle Carner a réussi le pari de proposer un hip-hop sincère, agréable, tout simplement humain.

Vestes bleues à sequins, lunettes noires, croix dorée au cou, Lee Fields pénètre sur scène avec une prestance divine. Pour sa troisième performance à Dour, il présente son dernier album « Special Night » en compagnie du band The Expressions. S’inscrivant dans la parfaite continuité des classiques de la Motown ou de la Stax (pensons à notamment à Otis Redding), les compositions habitées par sa chaude et forte voix illuminent le chapiteau et ravissent le public. Lee Fields domine la scène par sa présence et son aura de duc entraîne les nombreux curieux dans de douces rêveries, si bien que St. Paul & The Broken Bones paraîtra très fade en comparaison.

Très heureux de pouvoir (enfin) apprécier la poétesse, dramaturge et rappeuse Kate Tempest en live, nous nous rendons heureux et déterminés vers la Boombox. En une heure, nous infiltrons la vie de sept voisins d’une rue londonienne à 4:18 AM. Le concert est à la foi tendu et décontracté, il retranscrit parfaitement les émotions produites par les idées noires des protagonistes. Nous comprenons que chacun est seul, comme isolé, face à lui-même et de ces réflexions nocturnes en découle une colère profonde, résultat d’un sentiment de peur de l’abandon. Le concert est captivant, ce n’est pas une séance de récitation de poèmes, mais bien la « mise en vie » de ces histoires et de ces pensées qui finalement nous concernent tous.

Plus rythmées, structurées, mais cependant toujours aussi attachantes, les nouvelles compositions de Temples rayonnent dans l’atmosphère brumeuse de la Caverne. L’idée du chapiteau enfumé correspond bien au groupe de Kettering, il s’allie à sa facette bohémienne et vaporeuse. La voix haut perchée et délicate de James Bagshaw embellit la poésie des morceaux. Les classiques que sont « Shelter Song », « Mesmerise » et « Colour To Life » s’avèrent toujours aussi efficaces auprès du public, néanmoins nous retiendrons d’abord la superbe interprétation enlevée et éthérée de « Strange or Be Forgotten ».

En deux accords de guitares, The Strypes nous extirpe de nos rêveries. Droits dans leurs costumes dignes des dandys les plus rock’n’roll de l’histoire, les Irlandais sont surpris par la fureur et le dynamisme du public enchaînant pogos et bains de foule. Le bassiste s’agite dans tous les sens tandis qu’impassible derrière ses verres fumés, Ross Farrelly alterne entre guitare rayée, harmonica et tambourin.

Clairement rock’n’roll, le concert ne laisse place à aucun moment de répit : les nouveaux morceaux ne sont pas moins bien accueillis que les tubesques « Blue Colour Jane » ou « What a Shame » car le public n’est que faiblement composé de fans. La plupart des spectateurs découvrent réellement le groupe et c’est ici l’une des particularités de Dour : l’éclectisme et la curiosité du public permettent au festival de programmer aussi bien du rap que du rock de qualité, l’intérêt économique d’une affiche avec de gros noms vendeurs n’étant pas primordial. La seule présence d’artistes rares et pointus permet à Dour de tirer son épingle du jeu.

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