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[LP] Cigarettes After Sex – Cigarettes After Sex

Attendu avec une impatience croissante autant par la critique que par un public que les premiers extraits glanés au fil du temps ont immédiatement fédérés, le premier album de Cigarettes After Sex vaut tout ce que l’on pouvait espérer de lui. Voire beaucoup plus.

Difficile de se promener quelque part, dans les grandes villes, les métros ou les milieux artistiques sans entendre parler du phénomène du moment, du groupe qui va bouleverser la musique de 2017 ou, pour certains, de la décennie. À l’heure où London Grammar sort un second album déjà réussi et aux ambiances ravissantes et sensibles, quel effet supplémentaire pourrait donc produire Cigarettes After Sex ? Un nom déjà prometteur, comme vont le diront les fumeurs que vous connaissez certainement (un peu comme la première clope qui accompagne le café, le matin). La seule différence réside dans l’effet produit par la chimie mélodique que les New-Yorkais, originaires du Texas, mettent en œuvre sur ce premier disque éponyme (la pochette elle-même prouve que cet opus sera une mise à nu totale ou ne sera pas). Bâti autour d’une Sainte Trinité regroupant Julee Cruise, Red House Painters et Cocteau Twins, le quatuor démontre chaque seconde qu’il dépasse ces influences, certes présentes, mais n’étant qu’un prétexte atmosphérique au véritable trouble dans lequel « Cigarettes After Sex » nous plonge. Des torrents d’émotions fortes, une sensibilité à fleur de peau, des minutes qui s’étirent, sensuelles et mélancoliques. Rien de plus, rien de moins. Mais c’est déjà beaucoup.

Imaginez une larme qui coule, lentement, au ralenti, le long de la joue de l’être que vous aimez le plus au monde. Visualisez cette scène, ce plan à la fois simple et chargé de sens. Puis, levez la main et caressez sa joue, délicatement, affectueusement. « K. » serait ce premier mouvement d’un opéra intime auquel nous sommes conviés, là où tout est plongé dans le noir et où les guitares résonnent tendrement, chants de sirènes échouées et appelant à l’aide (« Each Time You Fall In Love », « Flash »). Écouter Cigarettes After Sex, c’est contempler les volutes de fumée d’une musique aux confins du sensible et de l’introspection. La bande originale d’une virée nocturne en solitaire, qu’elle dévoile les éclairs d’un orage menaçant mais magnifique (« Apocalypse ») ou la bruine rafraîchissante d’une fin de printemps, au son des voitures roulant sur l’asphalte humide (« Sweet », « John Wayne »). Et, comme un bonheur n’arrive décidément jamais seul, le projet, que l’on chérit déjà sans pour autant totalement savoir pourquoi (à part, sans doute, la pureté innocente de son art divin ?), nous réserve six minutes d’apothéose avec le sublime et transperçant « Opera House », qui demeurera pour longtemps la chanson la plus réconfortante qu’il nous ait été donnée d’écouter depuis bien longtemps. Des formats simples, des rythmes lents et légers, quelques effets sur les instruments électriques et la voix. Il suffit de peu pour atteindre l’extase.

Destiné à rester à notre chevet lors de nos nuits blanches, de même que pendant les moments de trahison et de solitude que d’autres nous imposent, « Cigarettes After Sex » murmure, coule sur nos peaux sèches et hydrate chaque pore de notre être, aussi bien visible que caché sous nos masques quotidiens. Un disque exceptionnel et accueillant, à écouter comme si notre vie en dépendait. Ce qui, finalement, n’est pas loin de la vérité…

crédit : Ebru Yildiz

« Cigarettes After Sex » de Cigarettes After Sex est disponible depuis le 9 juin 2017 chez Partisan Records.

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