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[Interview] Virginie Nourry, fondatrice de Rock in Loft

En s’affirmant au fil des éditions comme « le plus In des Off », Rock in Loft s’impose désormais comme l’un des rendez-vous incontournables des professionnels des musiques actuelles en France et ce, plusieurs fois dans l’année (Le Printemps de Bourges, les Francofolies de la Rochelle, le MaMA (Paris) et le BIS (Nantes)). Rencontre avec l’initiatrice de ce projet, Virginie Nourry, à quelques jours seulement de son off dans le cadre des Francofolies de la Rochelle, le 14 juillet prochain.

crédit : Rhythm and Town

  • Pour commencer, peux-tu me parler de ton parcours et de ta rencontre avec Carole Chartaux, ta partner in crime dans l’aventure Rock in Loft ?

Je suis artiste depuis une quinzaine d’années, j’ai eu plusieurs projets, en groupe, en solo, en indépendante, en maison de disques… En 2015, j’ai décidé de commencer à m’occuper d’autres artistes. Je fais de la prod, du management, de l’édition. Mais aussi du coaching scénique, et de l’accompagnement artistique et stratégique. Et j’ai continué ma propre activité artistique en parallèle avec un nouveau projet. Carole était très fan de mon premier groupe, Ilis. Elle venait sur tous les concerts et me proposait son aide pour le merchandising, etc. Au fur et à mesure, nous sommes devenues amies et elle a commencé à se charger de la promotion web de mes projets, puis du coup, du Rock in Loft.

  • Rock in Loft est né de l’idée d’officialiser le Off des grands rendez-vous des professionnels de la musique actuelle tout en apportant une visibilité à des groupes par le biais de showcases. Comment ce projet audacieux a-t-il vu le jour ?

C’est en voulant présenter mes artistes à des professionnels au Printemps de Bourges à cette époque-là que m’est venue l’idée du Rock in Loft. Je connaissais bien les conventions pros où j’allais très souvent en tant qu’artiste, et je savais la difficulté de faire venir le réseau pro à nos concerts. L’offre est énorme et les pros sont souvent dans ce genre de lieu avant tout pour faire du réseau, discuter entre eux. J’ai voulu lier les deux : proposer aux pros un endroit privatisé où ils peuvent se rencontrer, échanger entre eux, faire du réseau et où je les mets en relation avec des artistes qui ont un projet, une actualité, et qui présentent quelques titres en showcase.

Slim Paul (Toulouse), l’un des artistes qui jouera au Rock in Loft le 14 juillet prochain à la Rochelle.

  • Qu’est-ce qui fait la singularité d’un tel évènement ?

La singularité c’est que c’est réservé aux professionnels, et à quelques chanceux fans qui gagnent les concours organisés par nos partenaires. C’est donc convivial, dans des lieux originaux, et on essaie de faire un accueil de plus en plus classe et sympa pour les artistes et les pros. Cela passe par de nouvelles idées à chaque session : je mets en place de la déco, un grand open-bar, des cadeaux à gagner, des animations, une équipe de bénévoles super chouettes avec des oreilles de chat, et plein de choses pour que tout le monde se sente bien… sauf moi qui suis super stressée (rire) !

  • La première de Rock in Loft, c’était en avril 2015 à l’occasion du Printemps de Bourges. Nous y étions d’ailleurs présents afin de découvrir The Plans, Jagas et Kursed dans un appartement situé à quelques rues du cœur du festival.

Yes, tout à fait ! En fait, c’était plutôt une édition 0, qui était très différente de la suite. Je n’avais pas encore l’intention d’en faire un concept : c’était juste un concert en appartement pour présenter mes artistes. La vraie session numéro 1 fut aux Francofolies qui ont suivi.

  • Tu as jusqu’ici investi trois des principaux moments forts de l’année pour les pros : le Printemps de Bourges, le MaMA et les Francofolies de La Rochelle. La prochaine étape ne serait-elle pas de s’attaquer aux Trans Musicales de Rennes ?

Nous avons également fait le BIS (Biennales Internationales du Spectacle) à Nantes, et une édition spéciale à Montpellier où je vis. Ensuite, j’ai décidé de rester à trois sessions par an, car cela me prend énormément de temps et de travail pour chaque session, que j’organise toute seule, et, car ça ne rapporte pas assez d’argent pour que je puisse me permettre de ne faire que ça comme activité. J’ai donc été obligée de garder les pieds sur terre, même si c’est le fait d’avoir la tête dans les nuages qui me permet d’avoir la folie de faire tout ça ! Quant aux Trans Musicales, il y a déjà les Bars en Trans comme Off qui prend beaucoup de place, je ne trouvais donc pas très utile d’en rajouter un en plus.

WYVE (Paris), également à l’affiche du Rock in Loft pendant les Francofolies de La Rochelle.

  • Au fil des éditions, Rock in Loft s’est trouvé un slogan : « Le plus in des Off ! ». Il faut dire que l’évènement prend à chaque occasion de l’ampleur et gagne en notoriété aussi bien auprès des pros (tourneur, médias…) que des musiciens avertis. Cet évènement, c’est d’abord et avant tout un temps d’échange, de rencontre et de découverte ?

Oui, c’était le but. Quand j’ai organisé le concert en appartement pour mes artistes à Bourges en 2015, je me suis aperçue à quel point les pros ne savent plus où donner de la tête : on les invite et sollicite partout ; dans le In, dans le Off, pour des cocktails, etc. J’ai voulu créer une marque que tout le réseau connaisse, et c’est pour cela que j’ai énormément travaillé sur la communication, la charte graphique marquante, des éléments percutants pour que les gens retiennent le nom, et qu’au fur et à mesure, on les fidélise. De plus en plus de pros viennent sur chaque session maintenant, car ils savent qu’ils sont bien reçus, mieux qu’ailleurs ! Qu’on leur offre à la fois du champagne, des surprises, etc. Mais aussi que la programmation est toujours réfléchie et intéressante pour eux, car sont présents souvent des artistes sur le point de breaker dans leur carrière, et d’autre plus inconnus, mais tout autant talentueux. Cela aboutit à chaque fois sur des signatures d’artistes avec des éditeurs, labels, tourneurs ou des programmations dans des concerts et beaucoup de retombées médiatiques.

  • Tu investis désormais des lieux atypiques (une ancienne église pendant le Printemps de Bourges en avril dernier) et tu peux compter sur des partenaires fidèles et renommés à l’instar de Longueur d’Ondes, Ulule, Tsugi et Oüi FM. Trouver un lieu, des partenaires et bien sûr des groupes, ça demande, on l’imagine, du temps, de l’argent, beaucoup d’énergie et un vrai sens de l’organisation. Comment gères-tu ta petite entreprise ?

À vrai dire Rock in Loft n’est pas une entreprise, c’est juste la partie événementielle de ma boîte à moi, qui s’appelle Le petit chat noir records. C’est donc seulement une partie de mon activité. Mais qui effectivement m’a demandé de plus en plus de temps ces deux dernières années, vu l’ampleur que cela a prise. Au départ, je produisais tout, et puis je me suis vite aperçue que je devais arrêter. Des prods m’ont contacté pour faire de nouveaux Rock in Loft, en participant financièrement. Nous avons donc continué comme ça, et avec l’aide de Ulule, principal sponsor de l’évènement. Mais je cherche actuellement de nouveaux partenaires pour pouvoir pérenniser le concept.

  • Parlons également de ton travail de programmation sur ces évènements : comment choisis-tu les artistes qui jouent dans le cadre des Rock in Loft ? Quels sont tes critères essentiels ?

Je cherche avant tout des artistes qui ont une actualité et pour qui il est vraiment intéressant à ce moment-là de leur carrière d’avoir cette opportunité. Ensuite, il faut des artistes qui acceptent le concept de jouer de manière électro acoustique, en sachant s’adapter aux lieux que nous trouvons. Enfin, je fais de vrais choix artistiques, et j’essaie que chaque session ait sa propre cohérence et également une cohérence au regard du festival In.

La partie programmation est vraiment la partie qui me passionne le plus : j’essaie de m’investir de plus en plus dans des missions de programmation dans d’autres lieux. Je pense que j’ai à la fois une bonne connaissance du métier, des artistes qui montent, et plein d’idée pour essayer de susciter la curiosité des publics. C’est un challenge motivant.

  • Comment se passe ensuite ton travail auprès des professionnels, souvent déjà très sollicités sur place, de venir à votre rendez-vous ? As-tu l’impression que ton évènement est en passe de devenir un temps fort des évènements officiels ?

Comme je le disais précédemment, ce qui est important pour moi, c’est qu’au fur et à mesure le bouche-à-oreille se fasse, et que les pros prennent l’habitude de venir, ce qui fonctionne de mieux en mieux. Je communique beaucoup sur les réseaux sociaux, mais aussi sur place avec des ballons, des affiches, des visuels originaux, et puis quand je discute avec les pros dans les festivals, le concept les intéresse à chaque fois… surtout pour l’open-bar champagne (rire). J’espère que le Rock in Loft devient un temps fort des festivals, et j’espère qu’il le sera encore plus d’ici quelques mois !

À découvrir également au Rock in Loft de La Rochelle : Lord Ruby (Lyon)

  • Et d’ailleurs, quelles relations entretenez-vous avec l’organisation des évènements officiels ?

Pour l’instant on n’en a jamais parlé vraiment avec eux, à part Émilie Yakich du Chantier des Francos qui souhaitaient simplement que nos sessions ne fassent pas de l’ombre aux artistes en développement qu’elle présente de son côté au Chantier, et j’essaie donc de respecter cela en termes d’horaires. De son côté, Gérard Pont a toujours retweeté ou partagé nos évènements… Je n’en ai jamais parlé avec lui, mais je suppose qu’il trouve donc l’initiative intéressante. Et je suis à sa disposition pour en parler s’il veut intégrer le Rock in Loft dans le In (rires).

  • La prochaine édition de Rock in Loft aura lieu ce vendredi 14 juillet à l’occasion des Francofolies de La Rochelle. Que peut-on attendre de cette édition ? Et prévois-tu de l’ouvrir à quelques festivaliers, hors professionnels afin qu’ils puissent également découvrir ces groupes dont la presse parlera très certainement demain ?

Je peux t’en dire un peu plus sur le lieu magique que nous avons cette fois-ci, puisqu’il s’agit d’une grande pièce avec baie vitrée, avec vue sur le Port de La Rochelle. Nous avons aussi une belle terrasse qui donne aussi sur le port et que nous allons investir aussi pour permettre aux pros de prendre leurs huîtres et vins blancs au soleil entre les showcases. L’évènement ne sera jamais ouvert au public, c’est le concept. Par contre on permet à quelques fans de gagner des invitations via des concours organisés par nos partenaires.

  • En conclusion, Virginie, tu es la chanteuse masquée d’un groupe qui fait de plus en plus parler de lui dans la presse spécialisée. Que peux-tu nous dire de plus sur ta double vie ?

Haha, oui, comme cela, on pourrait croire que je suis Zorro. Quand j’ai décidé de reprendre un projet musical, je ne voulais plus batailler pour le faire connaître comme je le faisais avec mon projet précédent. Je trouve très sain d’avoir tout séparé du coup. Mon activité principale, c’est de manager des artistes, développer mes éditions, faire de la programmation, etc. À côté, j’écris et je crie parce que j’en ai besoin. Parce que ça me fait tripper. Parce que c’est viscéral. Et je trouve très bien de séparer les deux. Être masquée, anonyme, et ne pas démarcher avec ce projet-là me permet d’être beaucoup plus sereine. Je préfère vendre des concepts, des artistes que j’adore, parler d’eux, que de supplier pour qu’on écoute ma musique. Comme je suis hyperactive d’idées, j’ai prévu de lancer un nouveau projet musical cet été. Très différent : lumineux, dansant, souriant. Style que je pourrai faire écouter à mes enfants (rires).

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